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Blog de mes curiosités

Articles avec #utopie catégorie

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Epoque contemporaine, #Amérique du Nord, #utopie
« Food Coop » de Tom Boothe - Cinéma Mercury ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

« Food Coop » de Tom Boothe - Cinéma Mercury ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

En son temps la mission cinéma de l’espace Magnan avait créé un rendez-vous qui s’intitulait Les Inaperçus et qui reprogrammait des films pas ou fugitivement vus à Nice… et il y avait matière. C’est un peu ce rôle que tentent d’assumer chacun à tour de rôle les cinémas Rialto et Mercury. Ce dernier reprogramme dans le cadre du Festival des Jardins de la Côte d'Azur le film documentaire de Tom Boothe Food Coop sorti sur les écrans en novembre 2016.

Après avoir goûté aux nourritures spirituelles avec A Voix haute – La Force de la parole de Stéphane De Freitas et Ladj Ly, le film de Tom Boothe nous ramène à des nourritures plus terre à terre en nous emmenant à New-York à la découverte de la coopérative alimentaire de Park Slope,  supermarché autogéré qui a ouvert ses portes en 1973 à l’aube du retournement de la conjoncture économique mondiale.

Ce supermarché autogéré revendique 16 000 membres. A raison de trois heures de travail bénévole par mois, chaque membre acquiert alors le droit d’y acheter des produits alimentaires bio à des tarifs défiant toute concurrence. Ce magasin implanté dans la mégapole multimillionnaire de New-York à proximité de Wall Street ne cesse d’intriguer. L’enjeu du film est de décortiquer à la fois les enjeux de ce type de magasin, son fonctionnement, ses qualités comme ses défauts.

Le film poste par poste, du créateur au balayeur, enjeu par enjeu, du bio au recyclage, questionne l’aventure collective avec le moins de fard possible. Le parti-pris est certes partisan mais  sans pour autant faire l’impasse sur les difficultés, les imperfections, les écueils du modèle. Il est en fait filmé pour ce qu’il est, il est à regarder pour ce qu’il représente : une  originale et formidable aventure humaine qui dure depuis près de cinquante ans.

 

« Food Coop » - Film documentaire de Tom Boothe – États-Unis, France - Date de sortie 2 novembre 2016 –Durée 1h 37min

« Food Coop » de Tom Boothe - Cinéma Mercury ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com« Food Coop » de Tom Boothe - Cinéma Mercury ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

« Food Coop » de Tom Boothe - Cinéma Mercury ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Musique, #Europe, #Patrimoine, #utopie, #fantastique, #Amour, #Violence, #Jalousie
[Cinéma – Archives audiovisuelles de Monaco – Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo - Salle Garnier – Monaco] Metropolis : un  originel original

Le monde de 2026 tel que Fritz Lang le représente en 1927 est un monde dichotomique avec une cité dirigée par un tyran et une caste de riches oisifs dans la partie supérieure de la cité et une foule de prolétaires qui travaillent sous la terre pour assurer le bien-être des premiers. Le scénario était écrit d’avance, il est vieux comme Roméo et Juliette d’avant William Shakespeare ; Freder, le fils du tyran Fredersen s’éprend évidement de la belle Maria sorte de Rosa Luxembourg idéalisée, égérie des prolétaires et renie sa caste.

Cette éternelle ficelle qui n’en finit plus de faire recette explique sans doute la longévité de l’amour que le public porte à Metropolis. Mais elle n’est pas la seule. Le deuxième élément qui provoque l’engouement réside dans la pastique particulière du film : le film présente des éléments d’architecture et des éléments du machinisme similaires à ceux des Temps Modernes de Charlie Chaplin sorti neuf ans plus tard. En cela, le film a témoigné d’une époque, la seconde révolution industrielle et témoigne encore aujourd’hui d’un passé souvent regretté, souvent fantasmé, celui de la cause ouvrière.

Il demeure enfin un dernier point qui classe irrémédiablement Metropolis parmi les chefs d’œuvre : c’est la musique originale de Gottfried Huppertz qui accompagne le film et qui le rend paradoxalement éternellement muet et éternellement vivant, qui en fait une sorte d’objet cinématographique inclassable. Si la musique de Gottfried Huppertz n’a rien de musicalement révolutionnaire, elle habite et anime le film en tenant lieu de dialogues, bande son et bruitage. En un mot comme en cent, elle procède du film sans lequel elle ne serait rien et sans laquelle le film n’aurait pas le même impact. Jouée par un orchestre philharmonique de Monte-Carlo bien dirigé par Giole Muglialdo, les élans musicaux et sa sempiternelle Marseillaise appelant à la révolte ont envahi la salle Garnier pendant que les images envahissaient la scène.

La version originelle et originale de Metropolis semblait perdue à tout jamais. C’est pourtant cette version que le public a découvert salle Garnier. Chacun pensait effectivement que le négatif des scènes coupées après la première exploitation du film à Berlin avait été irrémédiablement détruit en 1927. Le miracle est venu en 2008 de Buenos Aires où les conservateurs du musée du Cinéma ont déniché, dans leurs archives, une copie 16 mm très abîmée du film avec le montage originel. Le film s’est alors enrichi de vingt-six minutes supplémentaires, restaurées avec difficulté, montrant un affrontement inédit entre Fredersen et son rival Rotwang et de nouveaux angles de vue sur la cité.

Après les succès de la Nouvelle Babylone de Grigori Kozintsev et Leonid Trauberg, du Mécano de la « Général » de Buster Keaton, de Folie de femmes d’Erich von Stroheim entre autres, le public attend bien évidement avec avidité la nouvelle proposition conjointe des Archives audiovisuelles de Monte-Carlo et de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo afin de découvrir ou de redécouvrir sur grand écran les trésors de notre patrimoine.

Archives audiovisuelles de Monaco et Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo - Metropolis de Fritz Lang ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comArchives audiovisuelles de Monaco et Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo - Metropolis de Fritz Lang ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comArchives audiovisuelles de Monaco et Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo - Metropolis de Fritz Lang ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Archives audiovisuelles de Monaco et Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo - Metropolis de Fritz Lang ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Patrimoine, #Urbanisme, #Politique, #Tourisme, #utopie, #Lumière, #architecture
Crespi d'Adda ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Crespi d'Adda ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Coincé dans la confluence de l’Adda et du Brembo, le visiteur pense d’abord, amusé à une sorte de jeu de piste puis, contrarié, à une sorte de farce puis, furibard, souvent renonce faute de panneaux qui indique ce site… classé au patrimoine mondial de l'humanité établi par l'Unesco. Il faut carrément arriver au bord de la commune de Capriate San Gervasio proche de Bergame pour trouver Crespi d'Adda, nom de la cité ouvrière du XIXème siècle bâtie par la famille Crespi.

Dans la lignée des patrons éclairés, chrétiens ou libéraux du XIXème, les Crespi souhaitent à la fois se lancer dans l’aventure capitaliste avec une usine de tissage, durant la première révolution industrielle en Italie et de prendre soin de "leurs" ouvriers en leur offrant des conditions de vie qui, pour l’époque, semblent fort avantageuses.

Le site de confluence des deux cours d’eau permet aux Crespi, Cristoforo Benigno d’abord puis Silvio son fils par la suite, de profiter de vastes terrains dont personne ne veut pour implanter les grandes unités industrielles, profiter de la force motrice de l’eau et surtout construire leur utopie : un "Village idéal au travail" à côté de leur usine.

Ainsi, "depuis le berceau jusqu'au cercueil", de son château, l’entrepreneur Crespi veille sur son monde d’ouvriers auxquels il a attribué une maison avec un jardin et un potager, maisons souvent jumelles, veille sur les services nécessaires à leur épanouissement : une église, une école, un hôpital, un centre culturel, un théâtre, un stade, des thermes, une caserne de pompiers, amène, grande première l’éclairage publique dans la cité, veille sur le trépas de tous.

Mais le collectivisme n’empêche pas l’empreinte sociale du lieu. La grande rue sépare le site en deux entités opposées : l’usine le long de l’Adda et les maisons des ouvriers de l’autre. Les services publics école, thermes dispensaire et église forment le cordon sanitaire entre les deux mondes, les deux temps de la vie de l’ouvrier. Le château du patron est en revanche isolé à côté de l’usine entouré de hauts murs tandis que les notables : le médecin et le curé sont logés sur les hauteurs. L’utopie paternaliste se marque topographiquement jusqu’au cimetière qui, comme la fin de vie, se situe au bout d’une route sans retour mais où les patrons enfouis dans un mausolée sont entourés de leurs ouvriers aux tombes plus rustres.

Las ! Le paternalisme ne résistera pas davantage que d’autres utopies au temps et l’expérience Crespi d’Adda mourra avec la faillite de l’usine lors de la crise mondiale, avec les événements qui secoueront l’Italie puis l’Europe à cette époque et par les changements de la condition ouvrière.

L’intérêt du site réside dans sa conservation : tout semble s’être assoupi. En fait le site industriel suivra crise après prospérité, prospérité après crise, les aléas de tout site industriel européen et survivra jusqu’en 2004 l’empêchant de sombrer dans le délabrement. Les maisons occupées par nombre de descendants d’ouvriers d’alors se sont embellies et l’emplacement même du site, loin des voies de communication majeures a empêché sa reconversion en une zone commerciale.

S’il veut vivre en tant que mémoire, Crespi d’Adda, heureusement classé par l’UNESCO au titre de la mémoire ouvrière et de la mémoire utopiste, doit cependant trouver un juste équilibre entre le mausolée qu’il tend à devenir (Valorisation a minima, indications spartiates, accessibilité non visible) et le parc d’attraction qu’il ne doit surtout pas devenir. Il ne manque à ce site aucune bonne volonté, il manque simplement à ce site un projet structurant qui pourrait faire résonner encore le brouhaha pendulaire du monde ouvrier quand il entre et quitte l’usine.

La Sortie de l'usine Lumière à Lyon fut le premier film tourné avec le Cinématographe des frères Lumière. Une mémoire industrielle est donc un fabuleux matériau de mémoire et de création artistique, Crespi d’Adda en a les vertus, Crespi d’Adda en aura-t-il un jour l’ambition ?

Cité ouvrière Crespi d'Adda ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comCité ouvrière Crespi d'Adda ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comCité ouvrière Crespi d'Adda ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Cité ouvrière Crespi d'Adda ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comCité ouvrière Crespi d'Adda ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comCité ouvrière Crespi d'Adda ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Cité ouvrière Crespi d'Adda ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Nature, #Amour, #environnement, #utopie
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Deux ans après Adieu Berthe, l'enterrement de Mémé, fantaisie funéraire hilarante, Bruno Podalydès revient sur les écrans avec Comme un avion. Pour sa nouvelle comédie, le réalisateur a convoqué, comme souvent, un plateau d’exception : Sandrine Kiberlain en épouse, Agnès Jaoui en amante, Vimala Pons en objet de désir, Michel Vuillermoz et Jean-Noël Brouté en joyeux déjantés. Même Pierre Arditi, dans son propre rôle, est de la partie. La principale nouveauté dans le casting est l’interversion des deux frères : Denis Podalydès en simple patron laisse le rôle principal à Bruno Podalydès qui se retrouve à la fois devant et derrière la caméra.

Comme un avion traite de la crise de la cinquantaine sous un mode jubilatoire autour du personnage de Michel qui, passionné par l'aéropostale et l’aviation sans avoir jamais piloté, se retrouve à errer les rivières de France… en kayak. Le ton est donc donné, le film se revendique clairement comédie et trace dans le sillage de la farce bucolique et champêtre.

Le spectateur qui découvre un film quel qu’il soit est confronté à un vrai choix : il peut lire synopsis et critiques avant la projection au risque de perdre en découverte comme il peut aller à l’aventure et confronter ses impressions après avoir vu le film. Il peut alors dans ce deuxième cas de figure baigner dans le bonheur avec une critique unanime, se retrouver au milieu du gué ou nager à contre courant, pour rester dans le ton fluvial du film. Autre élément important, comme une œuvre émet et qu’un spectateur reçoit, le niveau de perception est forcément aléatoire en fonction de la journée, l’état d’esprit, l’heure, le confort, etc.

Comme un avion réalise une quasi-unanimité parmi la critique professionnelle : « fable bienveillante et malicieuse » pour les Cahiers du cinéma, « Renoirien tendance Prévert : pour le côté communautaire, blagues à l’emporte-pièce, humour potache » pour Les Inrockuptibles, « comédie mille fois hilarante » pour Positif. Dans mon humble perception, le film s’était surtout enfermé dans son propre piège au point de tourner en rond comme son héros. L’ensemble était certes agréable à regarder sans pour autant emporter entièrement l’adhésion.

Tout l’intérêt de l’œuvre est là : elle questionne sans chercher à apporter de réponse toute faite et elle force à la réflexion, elle heurte, elle ennuie, elle divise et elle incite au débat argumenté, elle marque, elle séduit, elle transporte et il faut en rechercher les causes.

Il faut donc voir Comme un avion pour savoir si, comme Vincent Ostria dans l’Humanité, vous pensez qu’avec Bruno Podalydès « On tient peut-être notre meilleur auteur de comédie, tout simplement ».

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Amour, #Epoque contemporaine, #Europe, #utopie, #Politique, #Festival de Cannes, #mort, #Cinéma, #Violence, #Bad boys
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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Remarqué pour son premier long métrage Alyah à la Quinzaine des Réalisateurs en 2012, Elie Wajeman revient en ouverture de la Semaine de la Critique en 2015 avec un nouveau défi : le film historique en costumes et suit la vie interne d’un groupe d’anarchistes infiltré par un brigadier à l’extrême fin du XIXème siècle à Paris.

L’entame du film est exceptionnelle et aborde la condition ouvrière de manière frontale. Avec un réalisme visuel et surtout sonore impressionnant, le film nous fait pénétrer dans une fabrique emblématique de la première révolution industrielle : une tréfilerie et usine à clous.

Comme dans Alyah, Elie Wajeman décrit d’abord l’histoire d’une déchirure, d’un choix. Partagé entre pays natal avec ses défauts et pays d’appel avec ses miroirs aux alouettes, Pio Marmaï dans Alyah était confronté à un choix compliqué. Dans les anarchistes, Jean Albertini (Tahar Rahim) se trouve très rapidement pris au piège entre sa mission d’infiltration et de dénonciation et sa nouvelle vie dans un milieu dont il ne connaissait ni les codes ni les bons côtés.

Porté par une équipe de comédiens dont chacun habite son personnage (Swann Arlaud, Guillaume Gouix, Karim Leklou, Cédric Kahn, Sarah Le Picard), le film devient petit à petit une addition de portraits attachants, certes tous interprétés avec talent, mais qui finit par faire passer le collectif au second plan. En fait, le film illustre le propos du personnage incarné par Guillaume Gouix : il «préfère la parole à l’action ». Le film est ambitieux mais à force d’embrasser trop de sujets, il étreint mal ses choix, ses partis-pris.

Si les tensions qui animent le groupe notamment sur le meurtre politique ou l’ambivalence de la pensée anarchiste faite de volontés libertaires et de réflexes conservateurs (cf. la gifle administrée à Adèle Exarchopoulos) sont esquissées, le conflit qui ronge Jean Albertini et le choix cornélien devant lequel il est placé est plus indicible. Son personnage tient in fine plus du cynisme que du tiraillement. Il cadre d’ailleurs de ce point de vue avec le cynisme général de la police pour qui la fin des anarchistes justifie tous les moyens.

Cela aurait pu être un parti-pris assumé sauf que ce n’est pas ce que le synopsis annonce.

Festival de Cannes - Semaine de la Critique - Elie Wajeman - Les Anarchistes - Guillaume Gouix - Swann Arlaud - Adèle Exarchopoulos ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comFestival de Cannes - Semaine de la Critique - Elie Wajeman - Les Anarchistes - Guillaume Gouix - Swann Arlaud - Adèle Exarchopoulos ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Festival de Cannes - Semaine de la Critique - Elie Wajeman - Les Anarchistes - Guillaume Gouix - Swann Arlaud - Adèle Exarchopoulos ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comFestival de Cannes - Semaine de la Critique - Elie Wajeman - Les Anarchistes - Guillaume Gouix - Swann Arlaud - Adèle Exarchopoulos ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Festival de Cannes - Semaine de la Critique - Elie Wajeman - Les Anarchistes - Guillaume Gouix - Swann Arlaud - Adèle Exarchopoulos ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Nature, #Danse, #Arts plastiques, #arts numériques, #environnement, #utopie, #Théâtre, #Peinture, #Violence
© Théodore Charles un-culte-d-art.overblog.com
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Récital de Diana Damrau à l’opéra de Monte-Carlo ou installation du Logoscope ? Tel est le dilemme de cette soirée rapidement tranché par le titre alléchant de la proposition du Logoscope révolution agraire, installation performance à l’aire de l’anthropoScène. Cela titille davantage ma curiosité que les airs connus de Lucia di Lammermoor, I Capuleti e i Montecchi, I Puritani, La Sonnambula, La Traviata, Simon Boccanegra entrecoupés d’ouvertures d’opéras célèbres.

L’article publié sur ce blog en date du 22 février 2015, s’intitulait Le Logoscope : 18 ans et toujours aussi farceur et rendait compte d’un spectacle intitulé Abats en concert. Je pensais en être quitte mais c’était sans compter sur l’équipe du Logoscope et en particulier Agnès Roux et Mimoza Koïke qui ont décidé dans une sorte de flash-back logoscopique de nous renvoyer aux origines… des abats que le Logoscope nous a servis en concert un mois plus tôt.

En voulant répondre à la question : « quel type d’anticipation peut-on encore envisager ? », l’union des plateformes arts numériques et arts vivants du Logoscope s’est savamment penchée sur le problème. Composée de la danseuse -chorégraphe Mimoza Koïke, des artistes à media multiples Agnès Roux et Christian Selvatico, de la scénographe costumière Leslie Bourgeois avec la complicité de deux danseurs des Ballets de Monte-Carlo : Bruno Roque et Asier Edeso, l’équipe artistique nous a livré sa vision de la problématique.

Transcendant mon cher Ionesco qui estimait que "Vouloir être de son temps, c'est être déjà dépassé.", la réponse du Logoscope à la question n’a pas tardé à fuser. Toujours en écho à Ionesco : « On ne peut prévoir les choses qu'après qu'elles soient arrivées", le même Logoscope s’est appliqué à nous démontrer qu’on pouvait prévoir le passé en écrivant de l’anticipation : en gros, l’anticipation est déjà derrière nous.

Invité à monter sur scène pour observer l’installation au plus près, le spectateur peut y observer à l’avant-scène, deux personnages grimés et sombres comme sur le tableau dans une posture reproduisant l’Angélus de Jean-François Millet. Poursuivant sa pérégrination scénique, il observe alors au sol la représentation de parcelles agraires (avec salades) et au fond de scène, remplaçant l’église, trois corps sanguinolents suspendus à une barre symbolisant les deux aspects nutritifs de l’activité paysanne : l’agriculture et l’élevage.

Seul élément contemporain de cette scène inerte pendant toute la partie « visite au musée », un dispositif écran suspendu en fond de scène, relayant par caméra interposée ce qui se déroule au sol transformant la vision et la version que le spectateur a de la scène.

Passé cette période de recueillement éternel des deux paysans de l’Angélus de Millet, l’ensemble s’anime, les paysans vaquent, les trois danseurs deviennent basse-cour et avancent sur pointe, cassant leur corps à chaque pas, un manteau de fourrure rappelle subrepticement que l’élevage est affaire de bêtes à poil et à plumes. Et soudain l’humanité se déshumanise : la part animale de l’homme reprend le dessus et cherche à dominer définitivement ce monde qu’il était sensé partager avec les autres espèces. D’élément dans la chaine alimentaire, il devient élément perturbateur.

Commencé sur le mode de l’invitation au Voyage de Baudelaire « Là, tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté », le recueillement devient agitation, voire chaos. Le « changement d’époque géologique qui aurait débuté à la fin du 18ème siècle avec la révolution industrielle » dixit le logoscope fait de la Terre un laboratoire d’apprentis sorciers où le cannibalisme symbolisé sur scène n’est jamais très loin en termes d’avidité des espaces et des êtres. Le gaspillage s’invite sur scène et les salades saccagées embaument la salle.

Le logoscope est remonté à une des sources ambivalentes de notre humanité : la production de masse qui présente l’immense vertu de nous satisfaire matériellement mais au prix de quels déséquilibres ? Production agricole en masse peu respectueuse des espèces, production industrielle en masse cannibalisatrice en ressources puis inexorablement colonisation en masse à l’aune du XXème siècle, conflits en masse dès 1914 et élimination en masse avec les génocides de l’époque contemporaine.

« Notre monde vient d'en trouver un autre (et qui nous garantit que c'est le dernier de ses frères, puisque les Démons, les Sibylles et nous, avons ignoré celui-ci jusqu'à cette heure ?) » disait Montaigne parlant des Amériques, le Logoscope nous en fait découvrir un autre, sauf que c’est … le nôtre.

Monaco - Logoscope - Révolution agraire © Théodore Charles un-culte-d-art.overblog.comMonaco - Logoscope - Révolution agraire © Théodore Charles un-culte-d-art.overblog.comMonaco - Logoscope - Révolution agraire © Théodore Charles un-culte-d-art.overblog.com
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Publié le par Théodore Charles
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© Théodore Charles un-culte-d-art.overblog.com
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Depuis le début des années 1990 il construit son univers, récupérant des objets et matériaux dans son environnement ou dans ce qui a fait son environnement. Le néon son objet de prédilection, en devient le symbole, le fétiche, le totem… génération néon. Né quarante ans après, son objet fétiche eut sans doute été l’écran.

Qui ? Mais Pedro Cabrita Reis, enfin ! Vous ne le connaissez pas ? Ne rougissez pas, je n’avais jamais vu son travail avant de voir son exposition Les lieux fragmentés à l’Hôtel des Arts de Toulon. Méconnaître le travail de Pedro Cabrita Reis n’est pas grave en soi mais ne pas aller la découvrir alors qu’il est présenté à proximité est plus problématique. Avant votre future visite, je vous livre mon ressenti.

Pedro Cabrita Reis aime sculpter l’environnement dans lequel il travaille et le terme d’installation s’adapte beaucoup plus à sa philosophie que les termes d’exposition ou d’accrochage. Les lieux fragmentés, titre de ses implantations générales s’appliquent également à certaines de ses œuvres conçues in situ pour s’adapter au lieu qu’elles colonisent devenant ipso facto uniques.

Comme l’enfant que je fus… il y a de plus en plus longtemps, construisait sa cabane en s’adaptant au milieu ambiant : branchages et fougères dans les bois, cagettes et tissus dans les greniers, balles de foins et ficelle dans les granges, Pedro Cabrita Reis utilise dans ses créations, les objets usuels les plus ordinaires (portes, fenêtres, etc.) qu'il associe à des matériaux industriels (néons, poutrelles d'acier et briques).

Là où l’enfant que je fus… il y a encore plus longtemps qu’il y a deux minutes, s’initiait sans le savoir aux matériaux, aux formes, à l’architecture, Pedro Cabrita Reis réutilise la démarche pour créer des compositions abstraites qui questionnent le logement, l'habitat, la construction et le territoire.

Les lieux qu'il évoque, les lieux qu’il construit sont imprégnés de ses souvenirs personnels mais rendant compte de son époque, des nôtres également. Les lieux qu'il évoque, les lieux qu’il construit sont chargés de sens en nous interrogeant sur les matériaux, leur heure de gloire, leur profusion, leur abandon, leur recyclage ajoutant une dimension environnementale à sa réflexion sur le bâti.

Si comme moi, vous préférez profiter pleinement de cette exposition, pénétrer dans cet espace sans y être perturbé par une présence anthropique envahissante, vous pouvez jusqu’au 19 avril 2015 vous présenter à l’hôtel des Arts de Toulon tous les jours dès 10 h 00, vous partagerez pendant quelques minutes le monde imaginé par Pedro Cabrita Reis avec une solitude, un calme et une sérénité garantis.

Pedro Cabrita Reis Unnamed word - Melacolia - Favorite Place - Lieux frgmentés © Théodore Charles un-culte-d-art.overblog.comPedro Cabrita Reis Unnamed word - Melacolia - Favorite Place - Lieux frgmentés © Théodore Charles un-culte-d-art.overblog.com
Pedro Cabrita Reis Unnamed word - Melacolia - Favorite Place - Lieux frgmentés © Théodore Charles un-culte-d-art.overblog.comPedro Cabrita Reis Unnamed word - Melacolia - Favorite Place - Lieux frgmentés © Théodore Charles un-culte-d-art.overblog.com

Pedro Cabrita Reis Unnamed word - Melacolia - Favorite Place - Lieux frgmentés © Théodore Charles un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Arts plastiques, #Epoque contemporaine, #Epoque moderne, #utopie, #Bande dessinée, #Amour, #Violence, #Mythe, #guerre, #Urbanisme
[Arts Plastiques – Hôtel des Arts – Toulon] Enki Bilal : ma madeleine de Proust

« Sur le printemps de ma jeunesse folle,

Je ressemblais l'hirondelle qui vole,

Puis ça, puis là; l'âge me conduisait

Sans peur ni soin où le cœur me disait. »

Et au hasard des rencontres, pourrais-je dire pour terminer cet églogue de Clément Marot, je faisais des découvertes qui n’arrivaient pas à étancher ma curiosité. C’est donc « sur le printemps de ma jeunesse folle » à l’époque de mes études universitaires que j’ai découvert les bandes dessinées d’Enki Bilal. Pour ma jeune personne, nourrie au graphisme d’Hergé, de René Goscinny, d’Albert Uderzo ou de Marcel Gottlieb dit « Gotlib », le choc fut rude et il me fallut un temps d’adaptation pour découvrir autre chose, une autre sensibilité qui venait perturber ma perception du 8ème art.

L’Hôtel des Arts de Toulon rend hommage à Enki Bilal et indirectement à ma jeunesse dans un foisonnement qui correspond à l’artiste … et à moi-même : multiplicité des supports (murs, toiles, pellicules), multiplicité des formats et multiplicité des techniques (gravures, peintures, films). L’exposition a, en outre, l’immense mérite de mettre de côté la simple chronologie des albums et des personnages ce qui aurait été très tentant au profit d’une mise en regard des thèmes et des emprunts.

Et au milieu de ces visions futuristes, dont la justesse parfois surprend toujours un peu, surnagent les thèmes intemporels : l’amour, la violence, la solitude et surtout quelques portraits aisément reconnaissables comme Montaigne ou Georges Perec qui traversent et traverseront les siècles comme autant de contrepoints aux utopies futuristes comme autant de bouées pour notre humanité.

Montaigne et Perec entourant un couple©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comMontaigne et Perec entourant un couple©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comMontaigne et Perec entourant un couple©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Montaigne et Perec entourant un couple©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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