Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

un-culte-d-art.overblog.com

Blog de mes curiosités

Articles avec #musique catégorie

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #architecture, #Patrimoine, #Moyen âge, #Musique, #Photographie, #Religion, #Tourisme
Abbaye de l'Épau - Sarthe ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Abbaye de l'Épau - Sarthe ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Qui veut comprendre la subtilité monastique du Moyen-âge peut se rendre dans la Sarthe et aller à la rencontre de deux abbayes si proches et si lointaines à la fois : l’abbaye de Solesmes et l’abbaye de l’Épau. L’une vit encore au rythme des laudes, sexte, none, vêpres et complies tandis que la seconde a adopté un rythme plus touristique. Si elles sont toutes deux bénédictines, la clunisienne Solesmes est encore habitée par les moines tandis que la cistercienne abbaye de l’Épau appartient désormais au conseil général de la Sarthe.

La plus ancienne est l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes dont les origines remontent à 1010. La charte de fondation est confirmée le 30 mars 1073 par Guillaume le Conquérant, suzerain du nouveau seigneur de Sablé, Robert le Bourguignon. Le Templier Robert de Sablé, seigneur de Sablé, grand-maitre de l'Ordre du Temple et compagnon de Richard Cœur de Lion durant la troisième croisade lui fait don d’une partie des redevances. La  dalle funéraire de ce généreux bienfaiteur est d’ailleurs toujours  visible dans l'église abbatiale.

L'abbaye de l'Épau est en revanche fondée en 1229 par la reine Bérangère veuve de Richard Cœur de Lion décédé trente ans pus tôt. Agée de 59 ans âge respectable pour l’époque, elle cherche à s’attirer avant de succomber les grâces du Très Haut qui la fera d’ailleurs passer de vie à trépas l’année suivante lui permettant de rester définitivement dans l’abbaye qu’elle a fondée.

La révolution vide les lieux de ses occupants : l’abbaye de Solesmes devient la maison de campagne d'un certain Henri Lenoir de Chantelou tandis que l’abbaye de l’Épau est transformée en gigantesque hangar agricole. Le cloître disparaît vers cette époque.

L'abbaye de l’Épau qui a failli disparaitre à plusieurs reprises se trouve définitivement sauvée par le conseil général de la Sarthe qui l’acquiert en 1958. L’abbaye de Solesmes connaît une autre trajectoire. Le 11 juillet 1833 la vie monastique reprend au prieuré de Solesmes grâce à un groupe de jeunes prêtres du diocèse du Mans emmenés par l'abbé Prosper Guéranger. Ré-expulsés au moment de la séparation de l’Église et de l’État, les moines ont la permission de revenir au cours de l'année 1922 accueillant plusieurs personnalités par la suite notamment le poète Pierre Reverdy.

L’une comme l’autre, les deux abbayes ont une mission culturelle désormais assumée dans le siècle : celle de Solesmes, haut-lieu du chant grégorien, est également connue pour les nombreux enregistrements de musiques ancienne et baroque. Si elle ne se visite que très partiellement, elle ouvre les portes de son église abbatiale pour une simple visite patrimoniale entre deux offices ou pour lesdits offices. Seul bémol, les moines que le public croise  semblent porter toute la misère du monde sur leurs frêles épaules et ça a l’air plutôt lourd à l’exception de celui qui officie au magasin et qui doit livrer quotidiennement un combat contre le démon  qui le harcèle : l’ordinateur relié à sa caisse enregistreuse.

L’abbaye de L’Épau a choisi une autre voie : des expositions photographiques accueillent le visiteur. Si abondance de biens ne nuisait pas, l’abbaye de l’Épau pourrait sembler de ce point de vue exceptionnelle. Mais le parti pris de l’accumulation d’expositions diverses et variées dans le dortoir des moines, l’église abbatiale, le scriptorium, la salle capitulaire et les jardins frise l’indigestion. Les différentes expositions sont inégales, quelques unes montrent un certain intérêt mais rien ne semble les rattacher au lieu dans lequel elles se trouvent, comme si elles étaient étrangères  en ce monde, comme une greffe qui ne prendrait pas, comme une paire de guêtres à un lapin.

Cependant, ni la mélancolie des moines de l’une, ni la surexposition de l’autre ne sauraient  détourner            le public de ces deux lieux qui invitent au calme, à la retenue et à la méditation.

abbaye Saint-Pierre de Solesmes et Abbaye de l’Épau ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comabbaye Saint-Pierre de Solesmes et Abbaye de l’Épau ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
abbaye Saint-Pierre de Solesmes et Abbaye de l’Épau ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comabbaye Saint-Pierre de Solesmes et Abbaye de l’Épau ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
abbaye Saint-Pierre de Solesmes et Abbaye de l’Épau ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comabbaye Saint-Pierre de Solesmes et Abbaye de l’Épau ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
abbaye Saint-Pierre de Solesmes et Abbaye de l’Épau ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comabbaye Saint-Pierre de Solesmes et Abbaye de l’Épau ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

abbaye Saint-Pierre de Solesmes et Abbaye de l’Épau ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Voir les commentaires

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Danse, #arts numériques, #Musique, #Patrimoine
Ballets de Monte-Carlo - « L’Été danse » - "Massâcre" de Jeroen Verbruggen - "Memento Mori" de Sidi Larbi Cherkaoui ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Ballets de Monte-Carlo - « L’Été danse » - "Massâcre" de Jeroen Verbruggen - "Memento Mori" de Sidi Larbi Cherkaoui ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Deux habitués des Ballets de Monte-Carlo proposent dans le cadre de L’Été danse deux créations mondiales avec une contrainte de plateau : base de scénographie unique : le carré du plateau contre un disque de lumière aérien. Cette scénographie en mode « quadrature du cercle », pose immédiatement l’opposition entre le carré représentant le monde créé, la matière, le savoir et le cercle symbolisant l’infini, les puissances célestes, la Connaissance. Mais comment combiner la quadrature du cercle ?  

Jeroen Verbruggen dans Massâcre revient aux fondamentaux avec une vision du Sacre du Printemps qui tranche avec les interprétations qu’ont pu en donner les grands chorégraphes de Martha Graham à Georges Momboye ou Marie Chouinard en passant par Maurice Béjart, Pina Bausch, Jean-Claude Gallotta ou Angelin Preljocaj. Le Centenaire des Ballets russes dignement fêté en 2010 en Principauté en avait proposé plusieurs interprétations.

Sur une interprétation de l’œuvre d’Igor Stravinsky arrangée par Benjamin Magnin, Jeroen Verbruggen donne le ton : il inverse la proposition et tente de faire revivre, dans d’autres conditions, la réception de l’œuvre à ses origines. Il bouscule donc les codes d’une œuvre qui les avait déjà profondément bouleversés cent ans plus tôt. L’arrangement musical de Benjamin Magnin saccade un peu plus la partition donnant aux gestes chorégraphiques cette apparente forme heurtée. A la scénographie organique, terreuse de Pina Bauch Jeroen Verbruggen opte pour une scénographie métallique, post-humanisée que l’on retrouve dans l’asepsie de certains jeux vidéos que les costumes édulcorés à la fois gomment et renforcent. L’accueil est plutôt frais pour une proposition pourtant innovante.

Memento Mori de Sidi Larbi Cherkaoui est en revanche suivie d’une ovation. Hormis le côté virtuel, tout oppose les deux propositions, ce qui explique sans doute la différence de réception. Sidi Larbi Cherkaoui joue à plein la dimension science fiction et l’imaginaire de la Guerre des Étoiles.  Contrairement à la conception de Jeroen Verbruggen, la danse se fait ici plus ronde, plus fluide, plus onctueuse. Les mouvements collectifs ou individuels s’enchainent sans heurts simplement interrompus à deux reprises par deux interventions parlées qui tombent à plat car peu audibles et en anglais… deux bonnes raisons de s’en passer ! La création musicale de Woodkid qui accompagne finit contrairement à la chorégraphie par délaisser l’onctueux pour le poisseux, elle n’offre aucun intérêt sinon de faire entendre quelque chose qui plaît à tout le monde et à personne et effectivement, vue l’ovation, ça fonctionne !

Ballets de Monte-Carlo - « L’Été danse » - "Massâcre" de Jeroen Verbruggen - "Memento Mori" de Sidi Larbi Cherkaoui ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comBallets de Monte-Carlo - « L’Été danse » - "Massâcre" de Jeroen Verbruggen - "Memento Mori" de Sidi Larbi Cherkaoui ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comBallets de Monte-Carlo - « L’Été danse » - "Massâcre" de Jeroen Verbruggen - "Memento Mori" de Sidi Larbi Cherkaoui ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Ballets de Monte-Carlo - « L’Été danse » - "Massâcre" de Jeroen Verbruggen - "Memento Mori" de Sidi Larbi Cherkaoui ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Voir les commentaires

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #baroque, #Epoque moderne
17èmes Musicales du Trophée – La Turbie - Ensemble Concerto di Viole ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

17èmes Musicales du Trophée – La Turbie - Ensemble Concerto di Viole ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Selon l’adage romain et à La Turbie à deux pas du trophée, cela semble de circonstance Là où Attila passe, les champs trépassent, sauf que depuis deux ans aux  Musicales du Trophée de La Turbie, l’adage est devenu Là où Barbara vient, le  baroque se tient. En effet l’alliance entre Ars viva et son directeur artistique Michel Mugot et Barbara Begelsbacher grande promotrice des musiques ancienne et baroque permet annuellement d’assister à un concert original d’une qualité infinie.

Pour son troisième concert, Ars Viva accueille l’ensemble Concerto di Viole pour un concert intitulé Promenades baroques, véritable invitation rétrospective au voyage dans la musique française pour ensemble de violes de gambe accompagnées par la très inspirée Annick Fiaschi-Dubois, musicologue spécialiste de Marc-Antoine Charpentier.  Rebeka Rusó, Brian Franklin, Arno Jochem et Brigitte Gasser qui ont tous étudié à divers moments à la Schola Cantorum Basiliensis sont réellement virtuoses. En jouant sur des violes de différentes tailles, qui reproduisent le timbre des voix humaines aux différents âges de la vie (enfance, adolescence, maturité vieillesse), ils ont suscité à la fois la curiosité de découvrir tous ces types de viole et l’admiration pour leur virtuosité.

L’attraction de la soirée était bien évidemment la viole de gambe du luthier autrichien Jakobus Stainer né vers 1619 à Absam près d’Innsbruck et décédé en 1683 ce qui en fait un contemporain et un voisin de mes plus lointains ancêtres, les Hopp, avant qu’ils ne migrent après la guerre de Trente ans pour repeupler le plus catholiquement du monde la Lorraine dévastée. Facilement reconnaissable à sa tête de lion, elle est tenue par Rebeka Rusó.

Avec Départ à l’aube, le quatuor donne le ton de la soirée  la soirée en mélangeant musique ancienne du XVIème siècle (Etienne Moulinié) et musique baroque de la première partie du règne de Louis XIV avec Henry du Mont. Le reste de la soirée est plus chronologique avec Sur le Chemin des monastères qui propose deux œuvres du XVIème l’une civile d’Eustache du Caurroy reprenant le thème d’Une jeune Fillette, air emblématique de l’époque dans ses quatre fantaisies, l’autre plus spirituelle  avec le cantique Mit Ernst, o Menschenkinder de Hans Leo Hassler. La courte excursion dans l’Angleterre d’Henry Purcell redonne à l’auditoire une  vigueur que le cantique avait temporairement réfrénée.

La seconde partie de la soirée met en avant deux grands violistes de l’époque du Roi Soleil : Marin Marais que le film d’Alain Corneau Tous les Matins du monde avait fait découvrir au grand public et François Couperin que chacun connait par l’hommage que lui a rendu Maurice Ravel. Enfin Pour le coucher du Roi et du public, le concert pour quatre parties de violes  de Marc-Antoine Charpentier ont achevé le tour d’un  siècle  de violes avec quatre musiciens inspirés.

17èmes Musicales du Trophée – La Turbie - Ensemble Concerto di Viole ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com17èmes Musicales du Trophée – La Turbie - Ensemble Concerto di Viole ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
17èmes Musicales du Trophée – La Turbie - Ensemble Concerto di Viole ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com17èmes Musicales du Trophée – La Turbie - Ensemble Concerto di Viole ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

17èmes Musicales du Trophée – La Turbie - Ensemble Concerto di Viole ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Voir les commentaires

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Amour
17èmes Musicales du Trophée à La Turbie - Concert Richard Wagner

17èmes Musicales du Trophée à La Turbie - Concert Richard Wagner

Il fallait oser… ils l’ont fait. Pour son premier concert, l’association Ars Viva dans le cadre des 17èmes Musicales du Trophée à La Turbie n’a pas lésiné. Douze musiciens, pas un de plus pas un de moins et une Mezzo soprano dirigés par la facétieux Fabrice Pierre ont interprété des œuvres de Richard Wagner dans l’église Saint-Michel de La Turbie.  Difficile de dire lequel des deux exploits est le plus osé : jouer des œuvres de Richard Wagner en formation de poche ou faire résonner des héros païens (Prélude et Mort d’Isolde et le Siegfried Idyll) et louer les amours coupables sous-tendues par les Wesendonck Lieder dans un édifice consacré. L’ensemble était présenté comme d’habitude par la talentueuse Annick Fiaschi-Dubois.

S’il est un lien entre les trois pièces proposées, c’est bien l’amour mais l’amour sous toutes ses formes. Amour paternel avec Siegfried Idyll, composé pour la naissance de Siegfried Wagner son troisième enfant conçu avec Cosima von Bülow en juin 1869. Amours coupables avec les Wesendonck Lieder, écrits sur des poèmes de Mathilde Wesendonck, femme d'un des mécènes de Wagner et fruits de leur… très étroite relation dans la serre. Et enfin amours impossibles avec le Prélude et la Mort d’Isolde.

Si certains nourrissaient des doutes légitimes sur l’interprétation, la prestation de l’orchestre de poche a fait merveille emplissant l’édifice baroque d’une musique que ses occupations habituelles ne lui laissent pas le temps d’écouter. Les douze musiciens majoritairement issus de l’orchestre philharmonique (Liza Kerob et Gianni-Battista Ermacora  au violon, Federico Hood à l’alto, Thierry Amadi au violoncelle, Mariana Vouytcheva à la contrebasse, Noëlle Fichou-Vera à la harme, Raphaëlle Truchot-Barraya à la flûte, Mathieu Bloch au hautbois, Michel Mugot au basson, Didier Favre au cor et Gérald Rolland à la trompette) ont prouvé que le grand Richard était soluble dans le nombre.

Hormis Siegfried Idyll composé dès l’origine pour 13 musiciens, les deux autres œuvres nécessitent un effectif plus important  et une Mezzo Soprano. Pauline Loncelle entourée par les musiciens donne corps à Isolde et redonne vie à Mathilde Wesendonck. Son interprétation est parfaite et l’équilibre entre musiciens et chanteuse est idéale. Il est impressionnant de constater en tant que spectateur que les réactions que provoque la Mort d’Isolde sont intactes quel que soit l’effectif.

Enfin, si d’aventure la Mort d’Isolde vous a plongé dans une profonde mélancolie, retournez au curriculum vitae du facétieux Fabrice Pierre et parcourez le. Vous y apprendrez entre autres qu’il mène une double carrière (bien connue sous le nom de carrière de Pierre) ou encore qu’il a toujours été apprécié tant pour ses interprétations raffinées et rigoureuses que pour l’appétit et le bon goût avec lesquels il affronte les périls liés aux diners après-concerts (sic) ou enfin qu’il est invité dans de grands festival internationaux (Kuhmo, Prades, … Evian, Vichy et San Pellegrino).

Émotions, talents et humour, quelle merveilleuse soirée !

Voir les commentaires

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Europe, #Amour, #Violence, #Opéra, #Epoque moderne, #Bad boys, #Religion, #Politique, #Jalousie, #mort, #guerre
Le Prophète de Giacomo Meyerbeer - Théâtre du Capitole - Toulouse ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Le Prophète de Giacomo Meyerbeer - Théâtre du Capitole - Toulouse ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Evénement au Capitole de Toulouse et retour indirect de Voltaire après Candide (http://un-culte-d-art.overblog.com/2016/12/musique-theatre-du-capitole-toulouse-candide-energie-joie-et-optimisme-pour-la-fin-de-l-annee.html) avec la résurrection du Prophète, opéra en cinq actes de Giacomo Meyerbeer sur un livret d'Eugène Scribe et Émile Deschamps d'après l'Essai sur les mœurs et l'esprit des nations  de Voltaire. Véritable phénomène au cours du XIXème siècle, Le Prophète a finalement déserté les scènes françaises notamment en raison de ses coûts de production.

L’intrigue suit la vie de Jean de Leyde entre Dordrecht et Münster en Allemagne à l’époque du grand déchirement entre catholiques et protestants en Europe au XVIème siècle. Jean de Leyde, chef protestant des anabaptistes et autoproclamé « roi de Sion », directement inspiré par ses visions divines affirmées, administra la communauté anabaptiste de Münster de  février 1534 à juin 1535 en autocrate dans un climat délirant loin de toute préoccupation religieuse sérieuse. Marguerite Yourcenar dans L’œuvre au noir retrace également  cet épisode.

Dans la fosse, Claus Peter Flor, invité régulier du théâtre du Capitole et spécialiste des répertoires allemand et autrichien, montre toute son habileté dans le grand opéra français. Pendant trois heures quarante, il fait résonner l’orchestre faisant ressortir toutes les couleurs de l’œuvre.  Sur scène, le plateau n’est pas franchement francophone mais, heureuse surprise, la diction est parfaite même si elle s’épuise pour certains à la fin de l’œuvre.  John Osborn  toujours  en forme tient le rôle titre, sa mère scénique Fidès et sa fiancée scénique Berthe sont remarquablement interprétées par Kate Aldrich et Sofia Fomina. Les trois anabaptistes, Zacharie, Mathisen et Jonas qui reviennent de manière récurrente sont respectivement et parfaitement incarnés par Dimitry Ivashchenko, Thomas Dear (le seul francophone du groupe) et Mikeldi Atxalandabaso. Seul Leonardo Estévez fait une entrée catastrophique en Comte d’Oberthal avant de se rattraper dans le peu qu’il  lui reste à chanter.

Stefano Vizioli signe la mise en scène et c’est sans doute la partie la plus fragile de l’œuvre. Sa conception offre un certain nombre de qualités, il est notamment bien secondé par Alessandro Ciammarughi pour les décors et les costumes et par Guido Petzold qui module les espaces avec ses lumières. Les mouvements chorégraphiques très marqués par l’époque de l’œuvre même retravaillés par Pierluigi Vanelli  font anachroniques mais, surtout, sans travail et sans pensée réelle sur l’ambivalence de Jean de Leyde, véritable despote aux visions mystiques, Stefano Vizioli en fait un simple opportuniste alors que son personnage est beaucoup plus tourmenté. Cela ne lui permet pas de  travailler les tunnels de l’œuvre notamment dans sa dernière partie.  Cependant, le fait même de voir l’œuvre ressurgir atténue fortement ce bémol sur la conception du personnage central.

Le Prophète de Giacomo Meyerbeer - Théâtre du Capitole - Toulouse ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com Le Prophète de Giacomo Meyerbeer - Théâtre du Capitole - Toulouse ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com Le Prophète de Giacomo Meyerbeer - Théâtre du Capitole - Toulouse ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Le Prophète de Giacomo Meyerbeer - Théâtre du Capitole - Toulouse ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Voir les commentaires

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Epoque contemporaine, #Patrimoine, #Europe, #Amérique du Nord
Auditorium Rainier III - Monaco ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Auditorium Rainier III - Monaco ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Pour fêter, le printemps qui s’achève, l’été qui vient, les vacances qui approchent, la saison qui se termine, l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo a décidé de faire son show ! Le programme allie découvertes avec le Concerto pour percussion et orchestre de Friedrich Cerha et Tuning up d’Edgard Varèse pour deux premières exécutions à Monaco, musique festive très connue avec La Marche de Radetzky, opus 228 de Johann Strauss ou Mambo extrait de West Side Story de Leonard Bernstein et des œuvres festives plus rares comme les Œuvres orchestrales de Leroy Anderson ou encore la célèbre Symphonie n°45 en fa dièse mineur dite « Les Adieux » de Joseph Haydn.

Pour éviter la fuite du public les deux œuvres les moins connues sont placées en milieu de première partie et en début de seconde, le concert s’ouvre et se ferme par les deux « tubes » du classique : la Marche de Radetzky où le public qui se croit à Vienne le premier janvier peut taper (mal) dans ses mains ouvre le concert et Mambo où le public peut crier en toute impunité clôt le concert.

La Symphonie « Les Adieux » de Joseph Haydn véritable mise en scène de la rébellion de l’orchestre se taille toujours son petit succès. A l’origine ce fut pour suggérer subtilement au Prince Nicolas Esterházy que le séjour dans son palais d’été était un peu long que chaque musicien, l'un après l'autre, s'arrêta de jouer, souffla la chandelle de son pupitre et quitta la salle. O tempora ! O mores ! C’est désormais le technicien qui baisse l’intensité lumineuse à chaque départ de musicien jusqu’à ce que le noir tombe sur les deux violons muets.

Si l’orchestre s’est défoulé dans les Œuvres orchestrales de Leroy Anderson, chaque pupitre y allant de sa petite mise en scène et s’il a rendu hommage aux orchestres et au cinéma dans la courte pièce d’Edgard Varese, c’est bien la performance (plus que l’exécution) de Simone Rubino dans le Concerto pour percussion et orchestre de Friedrich Cerha qui a le plus impressionné.

Le Concerto pour percussion et orchestre de Friedrich Cerha est la plus récente des œuvres jouées ce soir et la plus originale. Il est en effet rare de voir autant de percussions différentes sur scène mais les voir devant l’orchestre est encore plus étonnant. Passé le premier étonnement, l’oreille s’intéresse à l’ensemble, à l’intégration des percussions dans l’ensemble harmonique, aux différentes sonorités des percussions. Après la découverte de La Boda de Luis Alonso, pour castagnettes et orchestre interprétée à la folle Journée de Nantes en 2013 par Lucero Tena1 et l’Orchestre Lamoureux dirigé par Fayçal Karoui, le public était ainsi convié à découvrir un autre type de concerto.

Mais l’Homme aux baskets rouges, Simone Rubino pour répondre à l’ovation du public a entrepris une autre performance en soliste laissant l’ensemble de la salle pantoise devant tant d’énergie, tant de technique et surtout tant de musicalité.

1 Lucero Tena se produira en concert dans le cadre de la programmation de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo le dimanche 18 février, à 11h00  à l’Opéra de Monte-Carlo - Salle Garnier

Voir les commentaires

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Epoque moderne, #Mythe
Teatro Regio - Torino - Die Zauberflöte de Wolgang Amadeus Mozart ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Teatro Regio - Torino - Die Zauberflöte de Wolgang Amadeus Mozart ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Que le public l’adore ou la boude, la production de Die Zauberflöte de Wolgang Amadeus Mozart est toujours un événement. Succession d’airs que les mélomanes attendent, ces bijoux musicaux compensent le côté ésotérique qui en glace plus d’un ; conte initiatique, il attire également volontiers des spectateurs non musiciens. Je ne sais quelle partie du public le spectacle mis en scène par Roberto Andò a attirée mais la salle était bien indisciplinée à Turin : applaudissement mal à propos comme en plein milieu de l’ouverture ou bavardages en série !

Le problème de l’opéra de Mozart est qu’il joue sur les symboles comme le triangle ou les chiffre trois, les trois Knaben, les trois portes, les trois dames. Il faut donc une mise en scène qui sans gommer le côté symbolique en limite l’indigestion afin de ne pas trop surligner leur présence. A ce jeu là, le réalisateur Roberto Andò a prudemment opté pour une voie médiane entre symbolisme rituel et conte de fées comme l’apparition des trois Knaben aériens dans leur barque. Il est grandement aidé par les costumes de  Nanà Cecchi et le jeu de lumière, très important dans ce conte initiatique, de Giovanni Carluccio.

La direction d’orchestre d’Asher Fisch mène allègrement orchestre et chœurs du Teatro Regio. Et les premiers plans sont dirigés musicalement ou scéniquement de main de maître. Ekaterina Bakanova et Antonio Poli campent une Pamina et un  Tamino parfaitement crédibles, tour à tour drôles et émouvants. Olga Pudova ne se laisse pas piéger par le rôle de la Reine de la Nuit. Antonio Di Matteo qui ne devait assurer qu’une représentation se taille son petit succès dans le rôle de Sarastro qu’il aura tenu tous les soirs et, enfin,  Markus Werba est un Papageno magnifique accompagné d’une Papagena (Elisabeth Breuer) absolument bluffante dans sa métamorphose.

En résumé, la prestation musicale est de grande qualité, la proposition scénique sans être d’une grande innovation, tient tranquillement son rôle et, s’il est permis de rajouter que la proposition culinaire proposée pendant l’entracte est absolument divine, quelle bonne soirée à l’impolitesse d’une partie du public près.

Teatro Regio - Torino - Die Zauberflöte de Wolgang Amadeus Mozart ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com Teatro Regio - Torino - Die Zauberflöte de Wolgang Amadeus Mozart ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com Teatro Regio - Torino - Die Zauberflöte de Wolgang Amadeus Mozart ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Teatro Regio - Torino - Die Zauberflöte de Wolgang Amadeus Mozart ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com Teatro Regio - Torino - Die Zauberflöte de Wolgang Amadeus Mozart ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com Teatro Regio - Torino - Die Zauberflöte de Wolgang Amadeus Mozart ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Teatro Regio - Torino - Die Zauberflöte de Wolgang Amadeus Mozart ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Voir les commentaires

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Amour, #Violence, #Opéra, #Patrimoine, #Bad boys, #mort, #Jalousie, #Moyen âge, #Mythe
"Il Trovatore" de Giuseppe Verdi - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Il Trovatore" de Giuseppe Verdi - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Créé en 1853, Il trovatore, opéra en quatre actes de Giuseppe Verdi sur un livret de Salvatore Cammarano et Leone Emanuele Bardare d'après le drame espagnol El Trovador d'Antonio García Gutiérrez de 1836 fait partie de la trilogie dite populaire avec Rigoletto et la Traviata. A ce titre, il présente la difficulté comme les deux autres ouvrages d’avoir été souvent monté et donc de ne manquer aucunement de références.

Respecter le texte, donner du sens, proposer une lecture originale de l’œuvre, c’est donc à cet exercice que s’est attelé Francisco Negrin  qui avait déjà signé la mise en scène de Macbeth de Giuseppe Verdi en 2011-2012.  Sa proposition s’élabore avec la complicité de Louis Désiré qui retrouve son champ de compétence avec la scénographie et Bruno Poet à la création lumière.  Le parti pris de mise en scène se lit dans la scénographie de Louis Désiré. Chacun des acteurs tel Sisyphe poussant son rocher pousse son destin symbolisé par une barre verticale à l’avant-scène qui servira tantôt à séparer l’espace, certaines fois à séparer entre eux les personnages antagonistes et qui deviendra, poussé par elle, ô suprême supplice, le propre poteau du bûcher d’Azucena.

Partant de ce constat visuel, Francisco Negrin nous montre que nul n’échappe à son destin voire le tricote à chacun de ses gestes, se le construit à chacune des étapes de sa vie. Les chanteurs et le chœur, parfaitement dirigés, occupent l’espace, le modèlent, le modulent. Un groupe d’enfants permet de jongler avec les strates temporelles, ils sont l’avenir,  ils renvoient dans le souvenir, ils marquent la temporalité. De la même manière, une flamme omniprésente  marque l’origine de la vengeance et rappelle aussi la vacuité d’échapper à son destin : le bûcher est annoncé. Les lumières complètent habilement cette proposition accentuant les couleurs froides de l’action, transformant certaines fois d’un rouge vif l’action en une scène incandescente. 

Dans la fosse, Daniel Harding, un an après sa brillante prestation au Printemps des Arts dirige un orchestre philharmonique visiblement aux anges si l’on en croit l’ovation que les musiciens lui ont réservée à chacune de ses entrées. Le public est évidemment sur la même longueur d’onde. Sur scène, le plateau est homogène et de haute tenue même si José Antonio Garcia déçoit un peu en Ferrando.  Nicolas Alaimo (le Comte de Luna) fait trembler la scène de sa sonore colère, Francesco Meli (Manrico) endosse le rôle titre avec fougue. La voix est belle, bien timbrée mais l’absence de transposition du célèbre Di quella Pira, le met fugacement en difficulté.  Maria Agresta est une fabuleuse Leonora, elle rend parfaitement toutes les facettes du personnage. Enfin, Marina Prudenskaja étonne en Azucena. Précocement vieillie, elle devient par une démarche chaotique qui ne se départira jamais une extraordinaire sorcière cabossée par les épreuves.

En ne reniant rien de la temporalité de l’époque, de l’atmosphère, sans chercher à faire une transposition hasardeuse pour metteur en scène pressé, Francisco Negrin donne un nouveau souffle au Trouvère en faisant ressortir d’une solide exégèse du livret et de la musique, une proposition très fataliste semblant illustrer à merveille la réflexion de Thomas Mann dans la Montagne magique : On ne veut jamais que son destin.

"Il Trovatore" de Giuseppe Verdi - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Il Trovatore" de Giuseppe Verdi - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Il Trovatore" de Giuseppe Verdi - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Voir les commentaires

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Musique, #Proche orient, #Adolescence, #Violence
« Sonita » de Rokhsareh Ghaem Maghami - Cinéma Rialto - Nice

« Sonita » de Rokhsareh Ghaem Maghami - Cinéma Rialto - Nice

Décidément, Les Inaperçus manquent cruellement sur la Côte d’Azur. Si Sonita de Rokhsareh Ghaem Maghami a fait une brève apparition, ce ne peut être qu’au Mercury en octobre et c’est donc avec bonheur que le Rialto l’a redonné en séance spéciale. Vraiment il manque soit une manifestation de rattrapage de tout ce qui est fugacement sorti sur la Côte d’Azur, soit il manque un public avisé qu’il ya urgence à former.

Sonita est un film documentaire de Rokhsareh Ghaem Maghami qui épouse tellement son sujet qu’elle finit d’ailleurs assez régulièrement devant la caméra  alors qu’elle devrait être derrière. Il faut dire que le film repose sur le destin de Sonita son principal personnage ou sa principale actrice c’est selon et que l’histoire menace à diverses reprises de se terminer fort rapidement par un mariage forcé en Afghanistan.

Sonita est adolescente lorsque Rokhsareh Ghaem Maghami la rencontre lors de repérages sur les migrants afghans en Iran. Sonita est l’objet dramatique rêvé : elle est refugiée, a fui de manière rocambolesque l’Afghanistan, se retrouve seule à Téhéran, adore le rap, se rêve en fille de Mickaël Jackson et de Rihanna. Mais Sonita est une fille, Sonita est une ressource financière matrimoniale pour sa famille, Sonita doit se marier et une femme afghane ça ne chante pas seule voire ça ne chante pas du tout.  

Ce qui change son destin et ce qui explique du même coup le changement de statut de la réalisatrice qui de réalisatrice devient actrice de son propre film, c’est la volonté de l’équipe artistique de tournage de payer la dot de Sonita pour éviter temporairement le mariage forcé. Si un problème éthique se pose, le film qui aurait pu s’arrêter brutalement repart de plus belle.

Sonita est un objet cinématographique ambivalent. Il joue évidemment sur les sentiments mais la musique, le rap de Sonita font mouche immédiatement. Son sens de la réalisation et son sens de la scène attirent les regards et les objectifs, sa musique et ses paroles ensorcellent.  Mais en même temps, le montage même du film laisse perplexe transformant une histoire exceptionnelle en  un schéma narratif chronologique se terminant immanquablement par un succès public sur scène… comme si Rokhsareh Ghaem Maghami était terrassée par son récit.

Il reste cependant le portrait d’une artiste en devenir, les passages remarquablement bien captés du rap psalmodié au rap orchestré et les mots qui fusent, frappent, dégainent avec une efficacité redoutable. Malgré ses défauts, Sonita crève l’écran.

 

« Sonita » - Film documentaire de Rokhsareh Ghaem Maghami avec Sonita Alizadeh, Rokhsareh Ghaem Maghami - Allemagne, Iran, Suisse - Date de sortie 12 octobre 2016 – Durée : 1h 31min

Voir les commentaires

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Opéra, #Musique, #Danse
« L’Opéra » - Film documentaire de Jean-Stéphane Bron - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

« L’Opéra » - Film documentaire de Jean-Stéphane Bron - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Tous les spectateurs qui avaient goûté à l’intelligente mise en scène de son film documentaire Cleveland contre Wall Street présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2010 se sont certainement précipités pour découvrir son nouveau film L’Opéra qui retrace la  saison 2015-2016 dans les coulisses de L’Opéra de Paris. Curieusement, tout le public des désormais célèbres retransmissions d’opéra en direct (comme si cela avait une incidence quelconque sur son déroulement) du Met’ brillait par son absence. Chose d’autant plus curieuse qu’il semble a priori plus cohérent de visionner un film documentaire dans une salle de cinéma et d’assister à une représentation d’opéra dans un théâtre lyrique mais peut-être ce public de connaisseurs attend-il la retransmission d’un film documentaire dans un stade de foot ou dans un lieu qui ne s’y prêterait pas.

Ceux qui avaient apprécié Cleveland contre Wall Street ne s’attendaient donc pas à un reportage avec le milieu, le début et la fin d’une production mais à une approche plus originale. En fait, loin des arcannes juridiques, financières, administratives, promotionnelles, Jean-Stéphane Bron s’est surtout attaché à remettre l’humain au cœur du dispositif. L’humanité de L’Opéra, ce sont non seulement ses différents champs (danse, concert, lyrique) mais également ses corps (les administratifs, les techniciens, les artistes, les usagers) et ses grades (soliste, choriste, musicien, directeur musical, directeur chorégraphique, directeur général, danseur, mélomane, mécène, etc.) pour reprendre un langage administratif.

Pour faciliter la visibilité dans les méandres de l’opéra, Jean-Stéphane Bron suit plus particulièrement quelques personnages : Stéphane Lissner, directeur général, Philippe Jordan, directeur musical ou Benjamin Millepied, éphémère directeur chorégraphique mais également quelques personnes plutôt habituées à l’ombre comme la régisseuse plateau. Le jeune baryton Mikhail Timoshenko endosse le rôle fort envié du fil rouge ; le public le retrouve de manière récurrente dans ses débuts à l’opéra, véritable incarnation de l’intemporalité de la scène s’ancrant dans la tradition et se tournant vers l’avenir.  

L’opéra filmé dans son quotidien évite le sensationnalisme des conflits trop marqués sans pour autant sombrer dans la candeur ou l’hagiographie. Stéphane Lissner est souvent représenté dans une grande solitude dans son bureau, dans sa loge, dans les bâtiments. Il est représenté en « dénoueur » de conflits plutôt combattif que ce soit lors des appels à la grève ou lors du départ de Benjamin Millepied. Les crispations entre le chœur et le metteur en scène reviennent de manière récurrente. Et évidemment, le renoncement à la dernière minute de Gerald Finley  pour tenir le rôle de Hans Sachs dans Die Meistersinger von Nürnberg (Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg) de Richard Wagner rajoute de l’électricité dans une équipe qui doit le remplacer au pied levé.

C’est donc bien toute l’humanité de ce microcosme qui fait la force du film dans lequel l’humour n’est jamais bien loin : les régisseuses plateau qui fredonnent  en coulisses les airs de  Die Meistersinger von Nürnberg et qui sont obligés de changer de tonalité régulièrement, la tête ahurie de Mikhail Timoshenko à qui le grand Bryn Terfel demande son aide pour apprendre le rôle de Boris Godounov, les enfants de l’opération « Les Petits violons » décontenancés par les instruments, la réunion administrative sur la quadrature du cercle « baisse du prix des billets, équilibre budgétaire »,  tout concourt aussi à la bonne humeur.

Mieux que les représentations du Met’… en direct, visionner dans une salle de cinéma enfin rendue à son objet premier le film documentaire L’Opéra de Jean-Stéphane Bron est un acte militant et mélomane. Pour les représentations d’opéra, le public pourra toujours se reporter sur la salle la plus proche, même à 200 kilomètres, pour les voir dal vivo réalisant ainsi dans la foulée un autre acte tout aussi mélomane et militant.

 

« L’Opéra » - Film documentaire de Jean-Stéphane Bron – Suisse, France - Date de sortie : 5 avril 2017 – Durée : 1h 50’

« L’Opéra » - Film documentaire de Jean-Stéphane Bron - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com « L’Opéra » - Film documentaire de Jean-Stéphane Bron - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

« L’Opéra » - Film documentaire de Jean-Stéphane Bron - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 > >>