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Blog de mes curiosités

[Danse – Teatro alla Scala - Milan] Wayne McGregor et Stravinsky : un malentendu ?

Milan - Teatro Alla Scala - Wayne McGregor Afterite / LORE Théodore Charles

Milan - Teatro Alla Scala - Wayne McGregor Afterite / LORE Théodore Charles

Trois ans après sa première apparition à la Scala le chorégraphe britannique Wayne McGregor revient pour un dyptique d’Igor Stravinsky : Le Sacre du Printemps et les Noces. Si l’attelage semble curieux, le point commun pourrait être, outre le compositeur lui-même, le fait que les ballets russes se sont emparés de ces deux pièces. Mais c’était sans compter sur le dramaturge Uzma Hameed qui, dans sa conception, fait des Noces, désormais intitulé LORE, la suite d'AfteRitele Sacre du Printemps.

Dans le public, une salle assez bizarre est composée à la fois de passionnés, d’amateurs éclairés, de curieux et de gens dont on se demande pourquoi ils ont atterri ici tant les téléphones portables sont de sortie. Si certains ont le bon goût de s’éclipser à l’entracte, une dame italienne qui est venue manifestement uniquement pour dire qu’elle était à la Scala se fait ramasser par le public en prenant une photo en plein spectacle avec flash mais n’en a pas moins continué à inonder ses copains et copines d’un spectacle dont elle n’a rien vu ou si peu et ressenti quelque chose encore moins. Il faut dire que le système de sous-titrage sur les fauteuils, pour absolument pas pratiques qu’ils sont, empêche de surcroit le noir complet.

Sur scène une serre et un plateau vide par ailleurs et des écrans en fond de scène. Dès le départ, il semble manifeste que le propos porte sur la niche écologique à préserver et les méfaits des humains sur la planète. Des images envahissantes viennent perturber la vision et nous explique très savamment ce que les Humains sont capables de faire à la planète. Plus surprenantes, les images de la recherche par les femmes chiliennes de leurs enfants victimes du régime de Pinochet, interrogent. A la fin la serre brûle… évidemment. Bref, au lieu de nous donner l’heure, Wayne McGregor nous explique le fonctionnement de la montre.

Pour peu qu’un curieux reprenne le propos d’Igor Stravinsky : « J'entrevis dans mon imagination le spectacle d'un grand rite sacral païen : les vieux sages, assis en cercle, et observant la danse à la mort d'une jeune fille, qu'ils sacrifient pour leur rendre propice le dieu du printemps », il s’interroge immédiatement sur certains éléments … et constate que le contresens n’est jamais très loin. Les victimes de Pinochet auraient donc été sacrifiées mais au nom de quoi ? Ou alors elles ne seraient que des victimes de l’apocalypse climatique qui nous menace ? Le propos se délite.  Se servir d’images dans une production est une idée louable si elles font sens, la manipulation apparaît dès lors qu’on en détourne le sens.

Chorégraphiquement, cela ne colle pas davantage. A la musique saccadée, énergique, névrotique d’Igor Stravinsky qui témoigne d’un véritable drame en train de se nouer, la très sage chorégraphie de Wayne McGregor ne prend aucun risque : les danses d’ensemble sont étrangement hyper-académiques et à l’unisson, les duos sont sans aspérité et finissent par fait sombrer le spectateur dans l’ennui. Elles semblent loin les chorégraphies de Pina Bausch, Marie Chouinard, George Monboye, Josette Baïz, Angelin Preljocaj, Shen Wei. Dans le film Singing in the Rain, les essais peu probants du cinéma parlant font qu’images et dialogues sont désynchronisés. C’est le cas ici, en vous bouchant les oreilles vous pourriez penser regarder Gisèle mais en écoutant la musique c’est l’impression d’une musique additionnelle collée sur un autre ballet.  C’est d’autant plus dommage que l’Orchestre dirigé par Koen Kessels sonne à la perfection.

Les Noces… pardon LORE, est donc post-apocalyptique car la fille a survécu… Un peu ténu mais pourquoi pas. Chorégraphiquement c’est moins poussif que le Sacre du printemps sans pour autant convaincre réellement.  Le public depuis longtemps soit a quitté la salle, soit s’est concentré sur la musique sans davantage prêter attention à ce qui se déroule sur scène. Il faut dire que l'instrumentation définitive de l’œuvre de Stravinsky pour quatre pianos, percussions et voix sonne merveilleusement bien. Et rien que pour cette performance, il était intéressant de fermer les yeux et de se concentrer sur la musique. Le triomphe des musiciens au moment des saluts le confirmera.

Milan - Teatro Alla Scala - Wayne McGregor Afterite / LORE Théodore CharlesMilan - Teatro Alla Scala - Wayne McGregor Afterite / LORE Théodore CharlesMilan - Teatro Alla Scala - Wayne McGregor Afterite / LORE Théodore Charles

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