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Blog de mes curiosités

Articles avec #amerique du nord catégorie

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Patrimoine, #Europe, #Afrique, #Amérique du Nord, #Amérique latine, #Violence
Nantes - Mémorial pour l'abolition de l'esclavage ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Nantes - Mémorial pour l'abolition de l'esclavage ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Dès que la mémoire est en jeu, les passions se déchainent. Ce n’est pas nouveau, les querelles des mémoires de la seconde guerre mondiale tardent à s’éteindre, celles d’Algérie n’en finissent plus de se rallumer. Quelles mémoires conserver ? Honorer ? Célébrer ? Vaste question.

Il était logique de penser que l’esclavage, la traite négrière et l’abolition de l’esclavage échapperaient à ces querelles. Que nenni, il se trouve toujours dans certains milieux des hommes pour transformer les mémoires en débats sur la « repentance et la reconnaissance victimaire (sic) ». Visiblement, avoir un regard assumé sur le passé est une épreuve de force pour certains qui brandissent jusqu’aux manuels scolaires pour montrer que l’expiation est à toutes les sauces. Visiblement, l’histoire bien belle, bien propre, bien jolie au pays des bisounours a encore ses défenseurs mais l’histoire ne sert-elle pas à mettre à distance, à forger l’esprit critique et  à confronter le fantasme aux documents ?

Le Mémorial de l'abolition de l'esclavage est situé à Nantes, à 200 mètres à l'ouest de la passerelle Victor-Schœlcher… tout un symbole. Nantes fut l’un des principaux ports négriers de France : ce n’est pas une « repentance victimaire » mais une réalité. Aménagé sous une promenade de 7 000 m2, l’espace conçu par l'artiste polonais Krzysztof Wodiczko et l'architecte américano-argentin Julian Bonder se trouve presqu'au niveau de la Loire évoquant ainsi les entreponts des navires négriers.

Dans cet espace est contée l’histoire de la traite négrière, les différentes abolitions entrecoupées d’écrits de contemporains de l’esclavage, d’extraits des œuvres d’Aimé Césaire, de textes officielles comme les différentes déclarations des droits de l’homme et partout le vocable Liberté décliné dans toutes les langues. Sur le quai en surface, comme il est loisible de lire le nom des bateaux, d’innombrables plaques de verre jonchent le sol avec le nom des différents bateaux ayant œuvré à ce trafic. Certains noms marient l’oxymore à l’envi : l’Amour, l’Espoir, les Amis, la Tendre Famille.

Pour qu’un mémorial serve, il se doit de faire réfléchir… ceux qui le veulent bien. Accolé à un centre de la mémoire, à un lieu de recherche, il pose les problèmes sans chercher à tout expliquer. Ainsi conçus ils sont plus efficaces que les simples journées de commémorations qui figent les mémoires dans une espèce de mausolée alors que les mémoires sont vivantes, qu’elles évoluent, qu’elles se complètent, qu’elles se confrontent. Le mémorial pour l’abolition de l’esclavage de Nantes ne cherche pas à faire un exposé didactique de l’esclavage, de sa traite et de son abolition. En disséminant les éléments il invite à aller plus loin.

Vous avez dit devoir de mémoire ? Ne serait-ce pas plutôt une nécessité ? Une saine réflexion ?  Soit exactement l’inverse d’une « repentance et d'une reconnaissance victimaire »

Nantes - Mémorial pour l'abolition de l'esclavage ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comNantes - Mémorial pour l'abolition de l'esclavage ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Nantes - Mémorial pour l'abolition de l'esclavage ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comNantes - Mémorial pour l'abolition de l'esclavage ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Nantes - Mémorial pour l'abolition de l'esclavage ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comNantes - Mémorial pour l'abolition de l'esclavage ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Nantes - Mémorial pour l'abolition de l'esclavage ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comNantes - Mémorial pour l'abolition de l'esclavage ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Nantes - Mémorial pour l'abolition de l'esclavage ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Europe, #Amérique du Nord, #Amour, #arts appliqués
« Tom of Finland » de Dome Karukoski - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

« Tom of Finland » de Dome Karukoski - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Traversant le XXème siècle et la libération sexuelle notamment homosexuelle, le finlandais Touko Laaksonen dit Tom of Finland est devenu une icône gay célébrée par tout le milieu homosexuel inspirant au passage certains autres groupes comme les Village People. Avec ses représentations fantasmatiques, fantasmagoriques et fétichistes d’hommes virils, musclés, désinhibés braillant leur fierté d’être gays à chaque page, Tom of Finland est l’objet de toutes les controverses : icône gay ou témoin d’une époque ? Artiste ou simple illustrateur ? Fantasmagorie ou pornographie ? Etc.

Avec un sujet, un homme, des modèles aussi sulfureux, le réalisateur finlandais Dome Karukoski prenait a priori des risques et faisait du même coup sortir définitivement Tom of Finland du placard mais quels aspects de la vie de Tom of Finland faire émerger ? Sa vie cachée en Finlande ? Sa virée aux États-Unis ? Les années orgiaques ? Les années SIDA ? Les années pendant lesquelles ses publications étaient symboles de libération totale ou les années de plomb au cours desquelles ses publications étaient vouées aux gémonies et pointées comme responsables de la propagation de l’épidémie ?  

Il y avait effectivement tellement de parti pris à adopter, tellement de ficelles à tirer dans cet écheveau que Dome Karukoski a fini par n’en prendre aucun  se contentant d’un biopic sans relief réel, ultra-chronologique, qui finit par transformer son personnage en un personnage lambda , plutôt vague témoin de la libération des mœurs et de la lente montée des fiertés homosexuelles qu’acteur de cette période par œuvres interposées.

Le biopic est un art difficile. Sauf à trouver l’idée de génie, la caractéristique principale du personnage central qui servira de colonne vertébrale, tout biopic normalement constitué ne finit par n’avoir pour seule colonne vertébrale que le temps qui passe. Écrasant les temporalités au point de rendre l’ensemble difficilement compréhensible pour quiconque n’aurait pas les éléments de contexte en tête, il se noie dans un flot de détail à la psychologie fumeuse comme si pour caractériser une vie, une action, une œuvre, il fallait remonter aussi loin et tout prendre en compte.

Tom of Finland n’échappe hélas pas à la règle et ce ne sont pas trois dessins érotiques et quelques rencontres dans les fourrés qui peuvent rendre compte du côté sulfureux de sa production. La grande intelligence du Jackie de Pablo Larrain ( http://un-culte-d-art.overblog.com/2017/02/cinema-le-rialto-nice-jackie-tout-sauf-un-biopic.html) résidait dans son parti pris sur la communication politique dont il avait fait la colonne vertébrale. En prenant comme seul angle la communication politique et en réduisant la vie de Jackie à ses années à la Maison Blanche de part et d’autre de l’assassinat de JFK, Pablo Larrain avait fait de son film un modèle à l’attention des futurs ciné-biographes.

Il semblerait qu’il n’ait pas encore été entendu.

 

« Tom of Finland » - Biopic, Drame de Dome Karukoski avec Pekka Strang, Lauri Tilkanen, Jessica Grabowsky - Finlande, Danemark, Allemagne, Suède, États-Unis - Date de sortie 19 juillet 2017 – Durée : 1h 56’

« Tom of Finland » de Dome Karukoski - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com« Tom of Finland » de Dome Karukoski - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com« Tom of Finland » de Dome Karukoski - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

« Tom of Finland » de Dome Karukoski - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Epoque contemporaine, #Patrimoine, #Europe, #Amérique du Nord
Auditorium Rainier III - Monaco ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Auditorium Rainier III - Monaco ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Pour fêter, le printemps qui s’achève, l’été qui vient, les vacances qui approchent, la saison qui se termine, l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo a décidé de faire son show ! Le programme allie découvertes avec le Concerto pour percussion et orchestre de Friedrich Cerha et Tuning up d’Edgard Varèse pour deux premières exécutions à Monaco, musique festive très connue avec La Marche de Radetzky, opus 228 de Johann Strauss ou Mambo extrait de West Side Story de Leonard Bernstein et des œuvres festives plus rares comme les Œuvres orchestrales de Leroy Anderson ou encore la célèbre Symphonie n°45 en fa dièse mineur dite « Les Adieux » de Joseph Haydn.

Pour éviter la fuite du public les deux œuvres les moins connues sont placées en milieu de première partie et en début de seconde, le concert s’ouvre et se ferme par les deux « tubes » du classique : la Marche de Radetzky où le public qui se croit à Vienne le premier janvier peut taper (mal) dans ses mains ouvre le concert et Mambo où le public peut crier en toute impunité clôt le concert.

La Symphonie « Les Adieux » de Joseph Haydn véritable mise en scène de la rébellion de l’orchestre se taille toujours son petit succès. A l’origine ce fut pour suggérer subtilement au Prince Nicolas Esterházy que le séjour dans son palais d’été était un peu long que chaque musicien, l'un après l'autre, s'arrêta de jouer, souffla la chandelle de son pupitre et quitta la salle. O tempora ! O mores ! C’est désormais le technicien qui baisse l’intensité lumineuse à chaque départ de musicien jusqu’à ce que le noir tombe sur les deux violons muets.

Si l’orchestre s’est défoulé dans les Œuvres orchestrales de Leroy Anderson, chaque pupitre y allant de sa petite mise en scène et s’il a rendu hommage aux orchestres et au cinéma dans la courte pièce d’Edgard Varese, c’est bien la performance (plus que l’exécution) de Simone Rubino dans le Concerto pour percussion et orchestre de Friedrich Cerha qui a le plus impressionné.

Le Concerto pour percussion et orchestre de Friedrich Cerha est la plus récente des œuvres jouées ce soir et la plus originale. Il est en effet rare de voir autant de percussions différentes sur scène mais les voir devant l’orchestre est encore plus étonnant. Passé le premier étonnement, l’oreille s’intéresse à l’ensemble, à l’intégration des percussions dans l’ensemble harmonique, aux différentes sonorités des percussions. Après la découverte de La Boda de Luis Alonso, pour castagnettes et orchestre interprétée à la folle Journée de Nantes en 2013 par Lucero Tena1 et l’Orchestre Lamoureux dirigé par Fayçal Karoui, le public était ainsi convié à découvrir un autre type de concerto.

Mais l’Homme aux baskets rouges, Simone Rubino pour répondre à l’ovation du public a entrepris une autre performance en soliste laissant l’ensemble de la salle pantoise devant tant d’énergie, tant de technique et surtout tant de musicalité.

1 Lucero Tena se produira en concert dans le cadre de la programmation de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo le dimanche 18 février, à 11h00  à l’Opéra de Monte-Carlo - Salle Garnier

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Amérique du Nord, #Epoque contemporaine, #Patrimoine, #environnement, #Mythe
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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New Far-ouest et post-western s’invitent à la Quinzaine des réalisateurs avec The Rider de Chloé Zhao. Tourné dans le Dakota du Sud, The Rider suit le personnage de Brady, entraineur de chevaux et étoile montante du rodéo, qui voit sa vie basculer après qu’un cheval lui a écrasé le crâne au cours d’un rodéo. Tout y est les grands espaces, les chevaux, l’amitié virile, le rodéo, les pom-pom girls, tout ce qu’un spectateur relativement anti-américaniste primaire pourrait fuir.

Et pourtant !  Plus le film avance plus il nous touche. Plus le film mène sa quête plus le spectateur mène la sienne. Plus le héros a des doutes, plus le spectateur en a lui aussi. The Rider est l’histoire d’un rêve qui s’envole d’un idéal qui s’efface. Brady ne peut plus, ne pourra plus monter un cheval de rodéo ; d’une seule ruade, tout son avenir s’est assombri au point de se demander s’il n’envie pas le sort de son camarade cloué à jamais sur son lit d’hôpital.

The Rider possède outre cette histoire personnelle une charge symbolique évidente. Dans cet état où Donald Trump a raflé les deux-tiers des voix, c’est bien l’effacement d’une époque qui a joué en sa faveur.  The Rider à travers son héros nous parle d’abandon, de paradis mythiques perdus, d’âge d’or fantasmé qui ne reviendront plus, d’une évidente détresse humaine loin des côtes américaines.

Ils pourront sembler stupides, dépassés, surannés, arriérés mais ils existent et ils votent. The Rider ne réconciliera absolument personne avec l’Amérique de Trump mais éclairera d’un jour nouveau la situation. Comme L’Homme qui tua Liberty Valance de John Ford,  The Rider nous aide à comprendre la difficile mutation de ces contrées des États-Unis, dont les habitants, désespérés,  risquent de se réveiller prochainement victimes d’une Trumperie sur la marchandise.

 

« The Rider » - Drame de Chloé Zhao avec Brady Jandreau, Tim Jandreau, Lilly Jandreau – États-Unis - Date de sortie inconnue à ce jour – Durée : 1h 45min

Quinzaine des Réalisateurs 2017 ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comQuinzaine des Réalisateurs 2017 ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comQuinzaine des Réalisateurs 2017 ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Quinzaine des Réalisateurs 2017 ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Epoque contemporaine, #Amérique du Nord, #utopie
« Food Coop » de Tom Boothe - Cinéma Mercury ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

« Food Coop » de Tom Boothe - Cinéma Mercury ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

En son temps la mission cinéma de l’espace Magnan avait créé un rendez-vous qui s’intitulait Les Inaperçus et qui reprogrammait des films pas ou fugitivement vus à Nice… et il y avait matière. C’est un peu ce rôle que tentent d’assumer chacun à tour de rôle les cinémas Rialto et Mercury. Ce dernier reprogramme dans le cadre du Festival des Jardins de la Côte d'Azur le film documentaire de Tom Boothe Food Coop sorti sur les écrans en novembre 2016.

Après avoir goûté aux nourritures spirituelles avec A Voix haute – La Force de la parole de Stéphane De Freitas et Ladj Ly, le film de Tom Boothe nous ramène à des nourritures plus terre à terre en nous emmenant à New-York à la découverte de la coopérative alimentaire de Park Slope,  supermarché autogéré qui a ouvert ses portes en 1973 à l’aube du retournement de la conjoncture économique mondiale.

Ce supermarché autogéré revendique 16 000 membres. A raison de trois heures de travail bénévole par mois, chaque membre acquiert alors le droit d’y acheter des produits alimentaires bio à des tarifs défiant toute concurrence. Ce magasin implanté dans la mégapole multimillionnaire de New-York à proximité de Wall Street ne cesse d’intriguer. L’enjeu du film est de décortiquer à la fois les enjeux de ce type de magasin, son fonctionnement, ses qualités comme ses défauts.

Le film poste par poste, du créateur au balayeur, enjeu par enjeu, du bio au recyclage, questionne l’aventure collective avec le moins de fard possible. Le parti-pris est certes partisan mais  sans pour autant faire l’impasse sur les difficultés, les imperfections, les écueils du modèle. Il est en fait filmé pour ce qu’il est, il est à regarder pour ce qu’il représente : une  originale et formidable aventure humaine qui dure depuis près de cinquante ans.

 

« Food Coop » - Film documentaire de Tom Boothe – États-Unis, France - Date de sortie 2 novembre 2016 –Durée 1h 37min

« Food Coop » de Tom Boothe - Cinéma Mercury ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com« Food Coop » de Tom Boothe - Cinéma Mercury ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

« Food Coop » de Tom Boothe - Cinéma Mercury ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Amérique du Nord, #Enfance, #Adolescence, #Urbanisme, #Violence, #Amour
"Moonlight" - Barry Jenkins - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Moonlight" - Barry Jenkins - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Comment parler d’un film sur les non-dits, les tabous, les frustrations qui apparaissent dans la construction du récit sans en déflorer les effets ? L’exercice se révèle  particulièrement délicat. Moonlight est une torture de présentation.

Ils s’appellent tour à tour Little, Chiron et Black et Barry Jenkins filme cette vie à trois temps : le temps de l’enfance, le temps de l’adolescence et la maturité. Moonlight suit le parcours de cet afro-américain des ghettos de Floride, sans père avec une mère en souffrance.  Quel que soit le surnom, le personnage est le même et il se pose à la fois en continuité et en rupture par rapport à son état antérieur. Moonlight est l’histoire d’une métamorphose.

Moonlight met en avant la question de la rencontre et des choix de l’existence. Little n’a pas de père mais il a Juan, le truand pédagogue, il n’a pas de mère mais il a l’amour de Paula qui le suivra à l’adolescence et au-delà. Chiron a un ami Kevin mais être souffre-douleur expose l’amitié à bien des dangers. Moonlight est une réflexion sur la place de l’individu dans le groupe.

Ghetto, afro-américain, absence du père, dealer, mère toxicomane, quel bel ensemble de poncifs et autres clichés cela aurait pu faire sauf que Barry Jenkins suit tous les codes du genre pour mieux jouer sa petite musique sur une partition personnelle qu’il nous dévoile lentement.  Moonlight manie beaucoup l’ellipse et joue beaucoup sur les non-dits. Moonlight est un film sur la patiente construction de la personnalité.

Moonlight est très sonore, Moonlight est souvent violent, Moonlight joue sur les tensions et les codes d’éducation en milieu hostile. Barry Jenkins instille énormément de tendresse en contrepoint. Little cherche la tendresse de Paula, Chiron cherche sa tendresse comme tous les adolescents mais quelle tendresse manque t-il à Black à l’âge adulte ?

Barry Jenkins dévoilera quelques pistes en fin de film mais se gardera bien d’en dire trop… comme ses personnages du reste.

 

« Moonlight » - Drame de Barry Jenkins avec Alex R. Hibbert, Ashton Sanders, Trevante Rhodes – États-Unis - Date de sortie : 1 février 2017 - Durée : 1h 51min

Cinéma Rialto - Nice Cinéma Rialto - Nice

Cinéma Rialto - Nice

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Amérique du Nord, #Epoque contemporaine, #Amour, #Politique
"Loving" - Jeff Nichols - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Loving" - Jeff Nichols - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Loving n’est pas une histoire d’amour ! Loving c’est l’Histoire d’Amour de Mildred et Richard Loving. D’entrée, le spectateur plonge dans la mise en abyme : ceux qui s’aiment s’appellent amour. Mildred et Richard Loving s’aiment, ils décident de se marier mais dans l’état voisin car en 1958 les mariages mixtes ne sont pas autorisés en Virginie. En se réinstallant en Virginie, ils deviennent hors- la-loi. Loving suit alors leur exil puis leur combat jusqu’à la cour suprême.

Dans ce type de film tiré de surcroît d’une histoire réelle, le risque du cliché n’est jamais bien loin : les méchants sont facilement moches, les bons fortement auréolés, le mouchoir est à proximité, les acteurs plus vrais que les modèles et les grands espaces omniprésents. D’autant plus dangereux que Jeff Nichols filme les grands espaces, les méchants, les héros d’un jour qui sont une copie quasi conforme des originaux et l’injustice criante.

L’intérêt du film réside donc non dans la négation de ces clichés mais dans leur traitement en finesse et Jeff Nichols se complait à jouer avec eux. Le couple Joel Edgerton et  Ruth Negga est mimétique du couple Mildred et Richard Loving, il accentue alors leur côté héros malgré eux. « Dites au juge que j’aime ma femme » dit Richard Loving aux avocats chargés d’aller porter la parole devant la cour suprême. C’est simple, vain mais montre bien l’écart entre ses préoccupations et les enjeux qui le dépassent. Les héros sont filmés dans leur simple humanité, dans leur quotidien de gens frustes, taiseux, qui ne demandent rien d’autres que de vivre ensemble.

La froideur des personnages des méchants permet d’éviter  le piège des méchants très moches : le shérif comme le juge appliquent la loi. Il n’est pas dans leurs attributions de shérif ou de juge de porter un jugement sur la légitimité : ils appliquent en toute légalité. Pas de cris, pas de sadisme, pas de Ku-Klux-Klan, la loi toute la loi, rien que la loi aussi imbécile soit-elle. Cela ne rend pas les méchants plus sympathiques mais cela leur laisse leur simple humanité. Eux aussi sont filmés dans leur quotidien de petite lâcheté, de gens qui ne prennent pas parti.

Et puis il y a la patte Jeff Nichols : le film fait écho à Take Shelter dans son traitement de l’angoisse. A plusieurs reprises, la tension monte, une voiture suit Richard Loving, une voiture arrive en trombe dans la propriété reculée des Loving, le chef de famille fait rentrer précipitamment les siens dans la maison, s’arme, puis rien, la tension retombe. Le spectateur retrouve la sensation qui animait Curtis LaForche dans Take Shelter : l’angoisse. Sauf que Curtis LaForche s’angoissait de cyclones potentiels alors que Richard Loving s’angoisse de la folie des hommes potentiellement bien plus meurtrière.

 

« Loving » - Drame et Romance de Jeff Nichols avec Joel Edgerton, Ruth Negga, Marton Csokas – États-Unis, Royaume-Uni - Date de sortie : 15 février 2017 – Durée : 2h 03min

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Amérique du Nord, #Violence, #mort
"Jackie" - Film de pablo larrain - Cinéma Rialto - Nice  ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Jackie" - Film de pablo larrain - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Evidemment, lorsqu’est prononcé le prénom de Jackie, chacun consciemment ou inconsciemment rajoute Bouvier, Kennedy ou Onassis. Les plus fervents défenseurs de Pablo Larrain ont sans doute pensé à la crise de la quarantaine lorsqu’ils ont vu le titre du nouveau film : Jackie. Ils avaient sans doute oublié que Pablo Larrain a l’art du détour : du Chili de Pinochet qu’il a longtemps sondé, la dictature est vue tantôt d’une morgue (Santiago 73, post mortem), d’une émission de sosie (Tony Manero) ou d’une agence de communication (No).

La communication politique, celle qui nous fait penser immédiatement à Kennedy lorsqu’est prononcé le prénom de Jackie, voila l’angle d’attaque de Pablo Larrain. Jackie poursuit la réflexion déjà engagée dans No. Jamais dans ce film ne seront prononcés les noms Bouvier ou Onassis, nulle photo de mariage non plus, pas davantage d’épanchement sur les amours de John Fitzgerald avec Marilyn mais un jeu de miroirs constant entre la réalité et le virtuel, entre la sincérité et l’artificiel, entre le dit, le non-dit et le « pas à dire », entre images d’archives et images de fiction, entre couleurs et noir et blanc.

Jackie se polarise sur quelques années de la vie d’une femme, de part et d’autre de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy à Dallas le 24 novembre 1963. Jackie décortique toute la communication politique des années de gloire (la Maison blanche) aux années de drame (l’assassinat et les obsèques). Le film met également en avant la dualité du personnage de Jackie : personne souvent entièrement phagocytée par son personnage, véritable objet médiatique et quelquefois femme soulageant sa peine soit auprès d’un journaliste mais la communicante revient en force soit auprès de son confesseur.

Et à ce jeu là, Natalie Portman excelle. Elle est quasiment de tous les plans et campe une Jackie Kennedy souvent  en représentation, plus rarement en intimité, cette Jackie Kennedy complexe, déséquilibrée en permanence par sa dualité. Mais la virtuosité de Pablo Larrain passe aussi par l’hybridation des images qui donne au film sa raison d’être. En reprenant des images d’archives pour la télévision en noir et blanc, Pablo Larrain y adjoint des images fictionnelles en couleur dans un cadre plus large montrant le reportage en train de se faire. La mise en abyme est réussie : l’objet de communication politique est décortiqué simplement par ce procédé purement cinématographique.

Etait-il possible de se passer de la scène de l’assassinat ? Difficilement car tout le monde garde en mémoire le réflexe, l’instinct de survie de Jackie à Dallas après la première balle : elle tente une sortie par l’arrière de la voiture où elle est protégée par un garde du corps. Comment éviter cet événement qui ne dure que quelques secondes mais qui est un élément clé pour comprendre la complexité du personnage, ses réflexes, son recentrage permanent, sa réadaptation à toute situation nouvelle.

Le ton du film n’est pas nouveau : Jackie reprend le thème de la communication politique largement abordé dans No, reprend la dualité des personnages de Santiago73, post mortem, reprend l’hybridation des images de Tony Manero, reprend une interrogation fréquente de Pablo Larrain : jusqu’à quel point croire en ses rêves ? Jusqu’à quelles limites acceptables sont-ils réalisables ? De ce point de vue, Jackie n’est pas un film lénifiant, Jackie n’est surtout pas un biopic, Jackie est une étude de cas sur les rapports complexes de la vanité et la communication politique. Belle démonstration !

 

 

« Jackie » – Drame  de Pablo Larraín avec Natalie Portman, Peter Sarsgaard, Greta Gerwig – États-Unis - Date de sortie : 1er février 2017 – Durée : 1h 40min

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Patrimoine, #Amérique du Nord
Monaco - Les Mardis du Cinéma - Archives audiovisuelles de Monaco - "Le Faux Coupable" d'Alfred Hitchcock ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Monaco - Les Mardis du Cinéma - Archives audiovisuelles de Monaco - "Le Faux Coupable" d'Alfred Hitchcock ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Sorti en 1956, le Faux Coupable d’Alfred Hitchcock s’inspire d’un événement réel popularisé par Life magazine le 29 juin 1953 : le drame familial de la famille Balestrero se retrouvant du jour au lendemain au centre d’un imbroglio juridique, le chef de famille étant accusé, confondu, arrêté, jugé d’une série de hold-up sans qu’il puisse prouver son innocence.

Le Faux Coupable d’Alfred Hitchcock fut un échec commercial et d’ailleurs il se fait rare sur les écrans. Est-ce le fait que les jeux sont faits dès le titre que rien ne va plus ? Alfred Hitchcock semble tuer le suspens lui-même en ôtant d’entrée tout doute. Pire ! La recherche même du caméo (apparition fugace dans un récit d'un acteur, d'une actrice, du réalisateur ou d'une personnalité, déjà célèbre) est vaine car Alfred Hitchcock apparaît d’entrée de jeu  en plongée et s’adresse au spectateur.

L’essentiel est ailleurs car ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le maître du suspens prend à contrepied ses plus fervents partisans : tout le mode connaît l’identité de Frenzy mais chacun espère secrètement qu’il se fasse pincer, nul ne doute de l’innocence de  Barry Kane dans Cinquième Colonne et pourtant le film fonctionne et n’est pas un échec. La distribution ne l’explique pas davantage : Henry Fonda est magnifique en Christopher Emmanuel Manny Balestrero à la fois accablé et battant. Vera Miles (Hallie Stoddard dans L’Homme qui tua Liberty Valance de John Ford) n’hérite pas du rôle le plus facile en femme d’abord combattive puis entièrement dépressive.

Revoir Le Faux Coupable sur grand écran permet de se remémorer et d’analyser les ficelles hitchcockiennes de construction du suspens : à voir le nombre de sur-cadrages sur Henry Fonda, le spectateur se dit que la partie est loin  d’être gagnée. A voir le nombre de séparations dans le film entre Henry Fonda et Vera Miles, le spectateur se doute que le drame dans le couple n’est pas loin. Le cinéphile est frappé des similitudes dans certains plans avec Un condamné à mort s’est échappé de Robert Bresson sorti la même année : même manière de filmer l’enfermement, même manière de filmer en gros plans les éléments de la cellule et de faire  le lien entre les détails de la cellule et la prisonnier comme s’ils ne faisaient qu’un.

Dans la filmographie d’Alfred Hitchcock le Faux Coupable est souvent l’oublié. Le public présent se soir là au théâtre des Variétés représente  en tout cas le faux coupable de son oubli.

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Amérique du Nord, #Arts plastiques, #Littérature, #Violence, #mort, #Bad boys
Cinéma Mercurey- Nice - Nocturnal animals de Tom Ford ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Cinéma Mercurey- Nice - Nocturnal animals de Tom Ford ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Le film débute dans une galerie d’art avec une performance de vieilles majorettes bottées, bien en chair et nues. La performance et le vernissage qui l’accompagne sont filmés tantôt en plongée tantôt de face avec un ralenti sur chaque corps en mouvement et ses chairs qui se déplacent, qui en subissent le contrecoup. Face à la clientèle convenue des vernissages, les mannequins s’inscrivent aux antipodes des standards et des canons de la beauté.

Susan Morrow dirige cette galerie et sa vie serait un antonyme de sa galerie : joli mari, jolie petite vie, jolie maison, jolie galerie… joli ennui. Guère d’illusions sur les expositions contraintes par trop de paramètres, aucune illusion sur son mari volage, plus aucune illusion  jusqu’au jour où elle reçoit un colis.

Ce colis qui tombe à pic fonctionne au choix comme une boîte de pandore ou comme un révélateur, il contient le manuscrit de son premier mari. Ce roman violent qui le met en scène, entraine Susan Morrow dans les méandres de la fiction et de la réalité. Le film suit à ce moment trois pistes différentes : celle du roman qu’elle lit et les images visibles à l’écran sont les images mentales que la lecture fait naître en elle, celle de ses souvenirs et notamment de sa vie avec son premier mari et celle de la réalité à laquelle Susan Morrow revient constamment interrompue de manière récurrente dans sa lecture par un bruit insolite qui la ramène chez elle.

Si le montage du film rend bien les enchainements entre les mondes réel, fictionnel et mémoriel, il a les défauts de ses qualités : l’histoire fictionnelle est trop « léchée » pour représenter le monde du roman se déroulant à mesure de la lecture,  peut-être aurait-il mieux valu qu’il soit présenté comme le monde mémoriel par petites touches plus impressionnistes, moins formalisées pour se montrer davantage fidèle au cheminement et aux évocations mentales de la lecture.

Le film est en fait comme la vie de son héroïne : trop carrée, trop parfaite, trop standardisée mais fort heureusement contrairement à elle, nous ne nous y ennuyons pas !

 

« Nocturnal animals » - Drame, Thriller de Tom Ford avec Amy Adams, Jake Gyllenhaal, Michael Shannon – États-Unis - Date de sortie 4 janvier 2017 – Durée : 1h 57min

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