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Blog de mes curiosités

Articles avec #violence catégorie

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Patrimoine, #Europe, #Afrique, #Amérique du Nord, #Amérique latine, #Violence
Nantes - Mémorial pour l'abolition de l'esclavage ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Nantes - Mémorial pour l'abolition de l'esclavage ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Dès que la mémoire est en jeu, les passions se déchainent. Ce n’est pas nouveau, les querelles des mémoires de la seconde guerre mondiale tardent à s’éteindre, celles d’Algérie n’en finissent plus de se rallumer. Quelles mémoires conserver ? Honorer ? Célébrer ? Vaste question.

Il était logique de penser que l’esclavage, la traite négrière et l’abolition de l’esclavage échapperaient à ces querelles. Que nenni, il se trouve toujours dans certains milieux des hommes pour transformer les mémoires en débats sur la « repentance et la reconnaissance victimaire (sic) ». Visiblement, avoir un regard assumé sur le passé est une épreuve de force pour certains qui brandissent jusqu’aux manuels scolaires pour montrer que l’expiation est à toutes les sauces. Visiblement, l’histoire bien belle, bien propre, bien jolie au pays des bisounours a encore ses défenseurs mais l’histoire ne sert-elle pas à mettre à distance, à forger l’esprit critique et  à confronter le fantasme aux documents ?

Le Mémorial de l'abolition de l'esclavage est situé à Nantes, à 200 mètres à l'ouest de la passerelle Victor-Schœlcher… tout un symbole. Nantes fut l’un des principaux ports négriers de France : ce n’est pas une « repentance victimaire » mais une réalité. Aménagé sous une promenade de 7 000 m2, l’espace conçu par l'artiste polonais Krzysztof Wodiczko et l'architecte américano-argentin Julian Bonder se trouve presqu'au niveau de la Loire évoquant ainsi les entreponts des navires négriers.

Dans cet espace est contée l’histoire de la traite négrière, les différentes abolitions entrecoupées d’écrits de contemporains de l’esclavage, d’extraits des œuvres d’Aimé Césaire, de textes officielles comme les différentes déclarations des droits de l’homme et partout le vocable Liberté décliné dans toutes les langues. Sur le quai en surface, comme il est loisible de lire le nom des bateaux, d’innombrables plaques de verre jonchent le sol avec le nom des différents bateaux ayant œuvré à ce trafic. Certains noms marient l’oxymore à l’envi : l’Amour, l’Espoir, les Amis, la Tendre Famille.

Pour qu’un mémorial serve, il se doit de faire réfléchir… ceux qui le veulent bien. Accolé à un centre de la mémoire, à un lieu de recherche, il pose les problèmes sans chercher à tout expliquer. Ainsi conçus ils sont plus efficaces que les simples journées de commémorations qui figent les mémoires dans une espèce de mausolée alors que les mémoires sont vivantes, qu’elles évoluent, qu’elles se complètent, qu’elles se confrontent. Le mémorial pour l’abolition de l’esclavage de Nantes ne cherche pas à faire un exposé didactique de l’esclavage, de sa traite et de son abolition. En disséminant les éléments il invite à aller plus loin.

Vous avez dit devoir de mémoire ? Ne serait-ce pas plutôt une nécessité ? Une saine réflexion ?  Soit exactement l’inverse d’une « repentance et d'une reconnaissance victimaire »

Nantes - Mémorial pour l'abolition de l'esclavage ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comNantes - Mémorial pour l'abolition de l'esclavage ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Nantes - Mémorial pour l'abolition de l'esclavage ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comNantes - Mémorial pour l'abolition de l'esclavage ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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Nantes - Mémorial pour l'abolition de l'esclavage ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Amérique latine, #Amour, #Violence, #Bad boys, #fantastique
Nice - Cinéma Rialto - « La Région sauvage » d’Amat Escalante ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Nice - Cinéma Rialto - « La Région sauvage » d’Amat Escalante ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Que penser à la sortie d’un film lorsque plusieurs interprétations se télescopent ? Il faut dire qu’Amat Escalante surprend. Même le spectateur sûr de son fait depuis les premières minutes du film vacille finalement plus très sûr de son interprétation originelle. Car en fait deux mondes se côtoient dans La Région sauvage d’Amat Escalante : le monde du réel et l’autre monde : celui du rêve, du fantasme voire de la mort ; tout dépend.

Amat Escalante prend plaisir à mêler plusieurs registres : le drame, la comédie sociale, le policier, le fantastique pour mieux perdre son public. Côté réel, Alejandra et Angel ont deux enfants mais leur couple se distend et ce n’est pas l’envahissante belle-mère d’Angel qui va résoudre le problème. Alejandra a un frère Fabian, homosexuel notoire qui est l’amant de son beau-frère Angel. Enfin Veronica déboule dans l’histoire de chacun.

Le monde irréel est composé d’une petite maison dans un cadre bucolique tenue par Marta. Dans cette maison vit une créature spongieuse sorte de poulpe collant au corps et véritable machine à plaisir pénétrant les corps de toutes ses tentacules. Veronica semble être le trait d’union des deux mondes.

Et c’est là que les interprétations divergent : quel est ce monde ? Quelle est sa place dans l’histoire ? Est-ce un simple monde des fantasmes généré par les personnages qui n’en sont pas dénués ? Serait-ce le « moch » érotique, strate de l’au-delà imaginée par Werber   dans les Thanatonautes et que la série de meurtres permettrait de valider ?

Amat Esclalante nous invite à découvrir La Région sauvage mais tout dépend du spectateur. S’il en accepte le principe, s’il accepte de se laisser surprendre de se laisser bousculer et de suivre la crudité des situations, le spectateur réfléchira longtemps au sens de l’ensemble. Si vous visitez la Région sauvage comme des milliers de touristes déferlant au pas de charge plein de certitudes dans une civilisation autre que la leur ou dans une exposition d’art contemporain, nul doute que le voyage se fera sans vous.

 

« La Région sauvage » - Drame D’Amat Escalante avec Ruth Jazmin Ramos, Simone Bucio, Jesús Meza - Mexique, Danemark, France, Allemagne, Norvège, Suisse - Date de sortie : 19 juillet 2017 – Durée : 1h 39’

Nice - Cinéma Rialto - « La Région sauvage » d’Amat Escalante ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comNice - Cinéma Rialto - « La Région sauvage » d’Amat Escalante ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comNice - Cinéma Rialto - « La Région sauvage » d’Amat Escalante ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Nice - Cinéma Rialto - « La Région sauvage » d’Amat Escalante ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Proche orient, #Violence, #Amour, #Bad boys, #Epoque contemporaine, #Politique
Cinéma Rialto - « Le Caire Confidentiel » - Policier, Thriller de Tarik Saleh ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Cinéma Rialto - « Le Caire Confidentiel » - Policier, Thriller de Tarik Saleh ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

L’époque est troublée : l’affaire se déroule en Égypte lors des manifestations Place Tahir de janvier 2011 dans ce que l’Histoire nomme désormais les Printemps arabes. Si la politique n’est pas le sujet du film, elle est omniprésente par ses événements, les manifestations sur lesquelles se termine le film et par la corruption décrite comme un véritable sport national.

Sur fond de meurtre, de chantage et de corruption, le film suit le personnage  Noureddine, l’éternel inspecteur rebelle des thrillers chargé de l’enquête, sorte d’Inspecteur Harry version égyptienne. Dans un système policier mafieux, Noureddine enquête sur le meurtre d’une  chanteuse dans un hôtel et remonte le fil jusqu’à un proche de Moubarak.

Pot de terre contre pot de fer, puissant contre petit fonctionnaire, riche contre pauvre, corrupteur contre corruptible, inspecteur pas très normé contre intouchable, tout les ingrédients du thriller sont présents et cela fonctionne plutôt bien notamment en raison de la présence de Fares Fares qui porte le film à bout de bras, de bout en bout, qui lui imprime son rythme, sa marque, son tempo, son ambiance, ses rebondissements.

Régulièrement, la caméra lâche temporairement l’enquête pour capter l’ambiance du régime vacillant. Même si son héros n’est jamais bien loin, elle sonde tous les maux de la société égyptienne. La caméra suit les migrations, la pauvreté, la corruption, les contrastes sociaux, le manque d’eau, etc. Cela peut agacer comme cela peut intéresser. Mais cette promenade dans les vices de la société égyptienne impose un pessimisme et un fatalisme sur cette société qui présage déjà le sort fatal de l’Égypte et sa normalisation par coup d’État. Mektoub !

 

« Le Caire Confidentiel » - Policier, Thriller de Tarik Saleh avec Fares Fares, Mari Malek, Yasser Ali Maher - suède, Allemagne, Danemark - Date de sortie : 5 juillet 2017 – Durée : 1h50’

Cinéma Rialto - « Le Caire Confidentiel » - Policier, Thriller de Tarik Saleh ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comCinéma Rialto - « Le Caire Confidentiel » - Policier, Thriller de Tarik Saleh ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Cinéma Rialto - « Le Caire Confidentiel » - Policier, Thriller de Tarik Saleh ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #cinéma, #Extrême orient, #Amour, #Violence, #Jalousie
[Cinéma – Cinéma Mercury – Nice] Hong Sang-Soo : "le jour d’après"… est peu reluisant !

Le titre sonne comme un titre de film post apocalyptique sauf qu’en général chez Hong Sang-Soo l’apocalypse est dans les âmes, dans les têtes, dans les cœurs. Un film d’Hong Sang-Soo ressemble souvent à cette caricature de Caran d’Ache sur l’affaire Dreyfus représentant le diner de famille avant et après le pugilat avec ce titre Ne Parlons pas de l’affaire puis Ils en ont parlé. Sauf que comme à l’accoutumée les films de Hong Sang-Soo « ressemblent à » pour mieux s’en démarquer et ne ressembler à rien d'autre.

Ce pourrait être un hommage à Quadrille de Sacha Guitry et le parti pris de tourner en noir et blanc renforce ce qui ressemblerait à un clin d’œil. C’est assurément du Hong Sang-Soo avec ses longs plans séquences, ses interminables repas arrosés, ses petits mensonges qui embrouillent à plaisir, ses rebondissements, la neige sur Séoul et surtout sa construction.

L’affaire est apparemment simple : Bongwan, patron d’une petite maison d’édition est partagé entre sa femme acariâtre et sa maîtresse sans pitié qu’il a embauchée. Sa maîtresse le quitte, il embauche Areum pour la remplacer, la baratine et, fatalement, sa femme vient demander violemment des comptes à celle qu’elle prend pour la maîtresse. La maîtresse revient, Areum part, etc. Ne manquent que les portes qui claquent sauf que de cette histoire limpide, Hong Sang-Soo privilégie la déconstruction du récit qui promène le visiteur dans les méandres du temps.  

Sous des dehors de marivaudage, de pièce de boulevard, le ton se fait plus acide : le public entre assez vite en empathie avec Areum, finit par fulminer aux mensonges de Bongwan et se lasse de ce Dom Juan de pacotille, déteste cette acariâtre épouse et rejette cette égoïste maîtresse. Comme d’habitude, Hong Sang-Soo sonde les âmes, interroge le ressort amoureux, complexifie les rapports humains et sort de ce cycle par une pirouette inattendue pour notre plus grand bonheur.

 

« Le Jour d'après » - Drame de Hong Sang-soo avec Kim Min-Hee, Hae-hyo Kwon, Kim Saeybuk – Corée du Sud - Date de sortie : 7 juin 2017 – durée : 1h 32min

Nice - Cinéma Mercury ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comNice - Cinéma Mercury ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Nice - Cinéma Mercury ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Europe, #Amour, #Violence, #Opéra, #Epoque moderne, #Bad boys, #Religion, #Politique, #Jalousie, #mort, #guerre
Le Prophète de Giacomo Meyerbeer - Théâtre du Capitole - Toulouse ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Le Prophète de Giacomo Meyerbeer - Théâtre du Capitole - Toulouse ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Evénement au Capitole de Toulouse et retour indirect de Voltaire après Candide (http://un-culte-d-art.overblog.com/2016/12/musique-theatre-du-capitole-toulouse-candide-energie-joie-et-optimisme-pour-la-fin-de-l-annee.html) avec la résurrection du Prophète, opéra en cinq actes de Giacomo Meyerbeer sur un livret d'Eugène Scribe et Émile Deschamps d'après l'Essai sur les mœurs et l'esprit des nations  de Voltaire. Véritable phénomène au cours du XIXème siècle, Le Prophète a finalement déserté les scènes françaises notamment en raison de ses coûts de production.

L’intrigue suit la vie de Jean de Leyde entre Dordrecht et Münster en Allemagne à l’époque du grand déchirement entre catholiques et protestants en Europe au XVIème siècle. Jean de Leyde, chef protestant des anabaptistes et autoproclamé « roi de Sion », directement inspiré par ses visions divines affirmées, administra la communauté anabaptiste de Münster de  février 1534 à juin 1535 en autocrate dans un climat délirant loin de toute préoccupation religieuse sérieuse. Marguerite Yourcenar dans L’œuvre au noir retrace également  cet épisode.

Dans la fosse, Claus Peter Flor, invité régulier du théâtre du Capitole et spécialiste des répertoires allemand et autrichien, montre toute son habileté dans le grand opéra français. Pendant trois heures quarante, il fait résonner l’orchestre faisant ressortir toutes les couleurs de l’œuvre.  Sur scène, le plateau n’est pas franchement francophone mais, heureuse surprise, la diction est parfaite même si elle s’épuise pour certains à la fin de l’œuvre.  John Osborn  toujours  en forme tient le rôle titre, sa mère scénique Fidès et sa fiancée scénique Berthe sont remarquablement interprétées par Kate Aldrich et Sofia Fomina. Les trois anabaptistes, Zacharie, Mathisen et Jonas qui reviennent de manière récurrente sont respectivement et parfaitement incarnés par Dimitry Ivashchenko, Thomas Dear (le seul francophone du groupe) et Mikeldi Atxalandabaso. Seul Leonardo Estévez fait une entrée catastrophique en Comte d’Oberthal avant de se rattraper dans le peu qu’il  lui reste à chanter.

Stefano Vizioli signe la mise en scène et c’est sans doute la partie la plus fragile de l’œuvre. Sa conception offre un certain nombre de qualités, il est notamment bien secondé par Alessandro Ciammarughi pour les décors et les costumes et par Guido Petzold qui module les espaces avec ses lumières. Les mouvements chorégraphiques très marqués par l’époque de l’œuvre même retravaillés par Pierluigi Vanelli  font anachroniques mais, surtout, sans travail et sans pensée réelle sur l’ambivalence de Jean de Leyde, véritable despote aux visions mystiques, Stefano Vizioli en fait un simple opportuniste alors que son personnage est beaucoup plus tourmenté. Cela ne lui permet pas de  travailler les tunnels de l’œuvre notamment dans sa dernière partie.  Cependant, le fait même de voir l’œuvre ressurgir atténue fortement ce bémol sur la conception du personnage central.

Le Prophète de Giacomo Meyerbeer - Théâtre du Capitole - Toulouse ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com Le Prophète de Giacomo Meyerbeer - Théâtre du Capitole - Toulouse ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com Le Prophète de Giacomo Meyerbeer - Théâtre du Capitole - Toulouse ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Le Prophète de Giacomo Meyerbeer - Théâtre du Capitole - Toulouse ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Amour, #Violence, #Opéra, #Patrimoine, #Bad boys, #mort, #Jalousie, #Moyen âge, #Mythe
"Il Trovatore" de Giuseppe Verdi - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Il Trovatore" de Giuseppe Verdi - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Créé en 1853, Il trovatore, opéra en quatre actes de Giuseppe Verdi sur un livret de Salvatore Cammarano et Leone Emanuele Bardare d'après le drame espagnol El Trovador d'Antonio García Gutiérrez de 1836 fait partie de la trilogie dite populaire avec Rigoletto et la Traviata. A ce titre, il présente la difficulté comme les deux autres ouvrages d’avoir été souvent monté et donc de ne manquer aucunement de références.

Respecter le texte, donner du sens, proposer une lecture originale de l’œuvre, c’est donc à cet exercice que s’est attelé Francisco Negrin  qui avait déjà signé la mise en scène de Macbeth de Giuseppe Verdi en 2011-2012.  Sa proposition s’élabore avec la complicité de Louis Désiré qui retrouve son champ de compétence avec la scénographie et Bruno Poet à la création lumière.  Le parti pris de mise en scène se lit dans la scénographie de Louis Désiré. Chacun des acteurs tel Sisyphe poussant son rocher pousse son destin symbolisé par une barre verticale à l’avant-scène qui servira tantôt à séparer l’espace, certaines fois à séparer entre eux les personnages antagonistes et qui deviendra, poussé par elle, ô suprême supplice, le propre poteau du bûcher d’Azucena.

Partant de ce constat visuel, Francisco Negrin nous montre que nul n’échappe à son destin voire le tricote à chacun de ses gestes, se le construit à chacune des étapes de sa vie. Les chanteurs et le chœur, parfaitement dirigés, occupent l’espace, le modèlent, le modulent. Un groupe d’enfants permet de jongler avec les strates temporelles, ils sont l’avenir,  ils renvoient dans le souvenir, ils marquent la temporalité. De la même manière, une flamme omniprésente  marque l’origine de la vengeance et rappelle aussi la vacuité d’échapper à son destin : le bûcher est annoncé. Les lumières complètent habilement cette proposition accentuant les couleurs froides de l’action, transformant certaines fois d’un rouge vif l’action en une scène incandescente. 

Dans la fosse, Daniel Harding, un an après sa brillante prestation au Printemps des Arts dirige un orchestre philharmonique visiblement aux anges si l’on en croit l’ovation que les musiciens lui ont réservée à chacune de ses entrées. Le public est évidemment sur la même longueur d’onde. Sur scène, le plateau est homogène et de haute tenue même si José Antonio Garcia déçoit un peu en Ferrando.  Nicolas Alaimo (le Comte de Luna) fait trembler la scène de sa sonore colère, Francesco Meli (Manrico) endosse le rôle titre avec fougue. La voix est belle, bien timbrée mais l’absence de transposition du célèbre Di quella Pira, le met fugacement en difficulté.  Maria Agresta est une fabuleuse Leonora, elle rend parfaitement toutes les facettes du personnage. Enfin, Marina Prudenskaja étonne en Azucena. Précocement vieillie, elle devient par une démarche chaotique qui ne se départira jamais une extraordinaire sorcière cabossée par les épreuves.

En ne reniant rien de la temporalité de l’époque, de l’atmosphère, sans chercher à faire une transposition hasardeuse pour metteur en scène pressé, Francisco Negrin donne un nouveau souffle au Trouvère en faisant ressortir d’une solide exégèse du livret et de la musique, une proposition très fataliste semblant illustrer à merveille la réflexion de Thomas Mann dans la Montagne magique : On ne veut jamais que son destin.

"Il Trovatore" de Giuseppe Verdi - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Il Trovatore" de Giuseppe Verdi - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Il Trovatore" de Giuseppe Verdi - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Musique, #Proche orient, #Adolescence, #Violence
« Sonita » de Rokhsareh Ghaem Maghami - Cinéma Rialto - Nice

« Sonita » de Rokhsareh Ghaem Maghami - Cinéma Rialto - Nice

Décidément, Les Inaperçus manquent cruellement sur la Côte d’Azur. Si Sonita de Rokhsareh Ghaem Maghami a fait une brève apparition, ce ne peut être qu’au Mercury en octobre et c’est donc avec bonheur que le Rialto l’a redonné en séance spéciale. Vraiment il manque soit une manifestation de rattrapage de tout ce qui est fugacement sorti sur la Côte d’Azur, soit il manque un public avisé qu’il ya urgence à former.

Sonita est un film documentaire de Rokhsareh Ghaem Maghami qui épouse tellement son sujet qu’elle finit d’ailleurs assez régulièrement devant la caméra  alors qu’elle devrait être derrière. Il faut dire que le film repose sur le destin de Sonita son principal personnage ou sa principale actrice c’est selon et que l’histoire menace à diverses reprises de se terminer fort rapidement par un mariage forcé en Afghanistan.

Sonita est adolescente lorsque Rokhsareh Ghaem Maghami la rencontre lors de repérages sur les migrants afghans en Iran. Sonita est l’objet dramatique rêvé : elle est refugiée, a fui de manière rocambolesque l’Afghanistan, se retrouve seule à Téhéran, adore le rap, se rêve en fille de Mickaël Jackson et de Rihanna. Mais Sonita est une fille, Sonita est une ressource financière matrimoniale pour sa famille, Sonita doit se marier et une femme afghane ça ne chante pas seule voire ça ne chante pas du tout.  

Ce qui change son destin et ce qui explique du même coup le changement de statut de la réalisatrice qui de réalisatrice devient actrice de son propre film, c’est la volonté de l’équipe artistique de tournage de payer la dot de Sonita pour éviter temporairement le mariage forcé. Si un problème éthique se pose, le film qui aurait pu s’arrêter brutalement repart de plus belle.

Sonita est un objet cinématographique ambivalent. Il joue évidemment sur les sentiments mais la musique, le rap de Sonita font mouche immédiatement. Son sens de la réalisation et son sens de la scène attirent les regards et les objectifs, sa musique et ses paroles ensorcellent.  Mais en même temps, le montage même du film laisse perplexe transformant une histoire exceptionnelle en  un schéma narratif chronologique se terminant immanquablement par un succès public sur scène… comme si Rokhsareh Ghaem Maghami était terrassée par son récit.

Il reste cependant le portrait d’une artiste en devenir, les passages remarquablement bien captés du rap psalmodié au rap orchestré et les mots qui fusent, frappent, dégainent avec une efficacité redoutable. Malgré ses défauts, Sonita crève l’écran.

 

« Sonita » - Film documentaire de Rokhsareh Ghaem Maghami avec Sonita Alizadeh, Rokhsareh Ghaem Maghami - Allemagne, Iran, Suisse - Date de sortie 12 octobre 2016 – Durée : 1h 31min

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Musique, #Opéra, #Amour, #Violence, #Littérature, #mort
« The young Lady » de William Oldroyd - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

« The young Lady » de William Oldroyd - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Visiblement, le roman de Nikolai Leskov écrit en 1865 Lady Macbeth du district de Mtsensk (Леди Макбет Мценского уезда) a le vent en poupe. Comme la vraie Lady Macbeth, Lady Macbeth du district de Mtsensk planifie les meurtres mais ne cède pas à la folie, comme Madame Bovary de Gustave Flaubert dont elle est la contemporaine, elle s’ennuie et ne connaît pas franchement l’extase auprès de son mari.

Il n’est donc pas étonnant que l’opéra se soit emparé de cette empoisonneuse par l’intermédiaire de Dmitri Chostakovitch sur un livret d'Alexandre Preis et du compositeur avec Lady Macbeth du district de Mtsensk ou plus simplement Lady Macbeth de Mtsensk ; cet opéra en quatre actes créé le 22 janvier 1934 au Théâtre Maly de Léningrad  subira cependant les vicissitudes du stalinisme avant de connaître une renaissance récente (http://un-culte-d-art.overblog.com/2015/05/musique-opera-de-monte-carlo-monaco-loin-de-nous-empoisonner-lady-macbeth-de-mtsensk-fascine.html).

Le cinéma s’empare dès 1961 du personnage avec Andrzej Wajda et sa Sibirska Ledi Magbet (Lady Macbeth sibérienne) ou en 1994 avec Valeri Todorovski et  Katia Ismailova. William Oldroyd rapatrie en 2017 The young Lady sur les terres britanniques en suivant le destin de  Katherine.  Katherine qui  mène une vie malheureuse dans l’Angleterre rurale du milieu du XIXème, fuit un mariage sans amour avec un Lord qui a deux fois son âge en tombant amoureuse d’un palefrenier.

Le grand intérêt de toutes ses versions consiste à comparer le contexte et les variations d’une histoire à l’autre. Les permanences y sont : l’héroïne se prénomme Catherine, c’est une femme en mal être avec un époux absent qu’elle n’a pas choisi,  elle s’ennuie ferme dans sa maison, elle est dotée d’un beau-père acariâtre, elle est prête à tout pour vivre un amour passionné, elle empoisonne presque par inadvertance le premier gêneur puis  planifie plus froidement le reste des exécutions.

En revanche, la fin diffère d’une adaptation à l’autre. La déportation et le goulag font irruption chez Dmitri Chostakovitch et l’héroïne trompée se fait une dernière fois meurtrière avant de se suicider. Katherine, The young Lady est filmée de manière très académique se plaçant toujours dans un cadre qui l’enserre constamment. Elle se situe à mi-chemin entre la folie de la vraie Lady Macbeth et l’anéantissement de Katerina Lvovna Ismaïlova : elle se fait plus cynique. Sa folie sera le cynisme et son anéantissement sera l’ennui.

 

 

« The young Lady » - Drame de William Oldroyd avec Florence Pugh, Cosmo Jarvis, Paul Hilton – Royaume-Uni - Date de sortie : 12 avril 2017 – Durée : 1h 29min

« The young Lady » de William Oldroyd - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com« The young Lady » de William Oldroyd - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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"Rialto" de Claudio Giovannesi - Cinéma Rialto ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Rialto" de Claudio Giovannesi - Cinéma Rialto ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Immédiatement, le spectateur pense à La petite Voleuse de Claude Miller, sauf que celle-là semble nettement plus radicale dans sa primo-délinquance. Elle s’appelle Daphné comme Jack Lemon dans Someone like it hot mais elle s’appelle aussi Daphné comme l’actrice qui l’incarne ou encore comme la nymphe qui, poursuivie et épuisée, se métamorphose en laurier rose. Tout ceci symbolise le film : la comédienne non-professionnelle s’identifie à outrance à son personnage, elle s’épuise à force d’énergie, connaît les premières transformations de l’adolescence, et poursuit l‘amour idéal.

Le film repose quasiment essentiellement sur son actrice, sa photogénie, son énergie, sa volonté, son jeu qui parait totalement naturel. Daphne Scoccia vient de réaliser un gros coup et elle le sait ; nul doute qu’elle sera très demandée assez rapidement quel que soit le résultat des David di Donatello où elle est nommée dans la catégorie meilleure actrice en concurrence avec Valeria Bruni-Tedeschi pour Folles de Joie de Paolo Virzi.

Formellement, le film use et abuse des plans filmés à travers les grilles, comprime les corps dans des espaces contraints, sépare les êtres et notamment ceux qui s’aiment. Le film alterne les plans séquences, moment de détente, et les plans courts, haletants. Le film colle aux basques de son héroïne, ne la quitte que rarement pour renforcer l’illusion du réel. Le film enfin  poursuit ses références à certains films découverts à Cannes par la Semaine de la Critique ou la Quinzaine des Réalisateurs comme avec ses messages qui transitent par la nourriture comme dans The Lunchbox de Ritesh Batra.

La thématique n’est pas nouvelle, le message non plus, elle est La petite Voleuse à La Fureur de vivre qui ne rêve que d’une chose : se libérer et s’envoler pour retrouver celui qu’elle aime et qui semble lui échapper comme Béatrice (Valeria Bruni-Tedeschi) dans Folles de Joie… Décidément, André Breton avait raison : En matière de révolte, aucun de nous ne doit avoir besoin d'ancêtres.

 

 

« Fiore » de Claudio Giovannesi - Drame avec Daphne Scoccia, Josciua Algeri, Valerio Mastandrea – Italie - Date de sortie : 22 mars 2017 – Durée : 1h 49min

"Rialto" de Claudio Giovannesi - Cinéma Rialto ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Rialto" de Claudio Giovannesi - Cinéma Rialto ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Rialto" de Claudio Giovannesi - Cinéma Rialto ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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"Tristan und Isolde" de Richard Wagner - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Tristan und Isolde" de Richard Wagner - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Un jour après avoir (re)découvert Elektra, mise en scène par Ruth Berghaus en 1986, le public lyonnais peut assister à une autre mise en scène mémorable : celle de Tristan et Isolde par Heiner Müller qui date de 1983. Changement notable, les musiciens ont réintégré leur fosse mais dans le public, chacun peut reconnaître des spectateurs de la veille et à la direction, ne semblant nullement éprouvé par sa performance de la veille, toujours Hartmut Haenchen.

Loin des pavillons qui claquent, des ponts de bateau construits à grand renfort de bois ou d’une chasse royale construite avec force têtes de cerf, le parti pris de mise en scène d’Heiner Müller réside dans l’épure. N’est-ce pas le propre d’ailleurs du sentiment amoureux avec ou sans filtres de se développer en dehors de tout artifice, toute démonstration, toute matérialité tapageuse ? Visiblement, Heiner Müller a souhaité faire évoluer ses personnages dans une scénographie simple modelée par la création lumière.

Le premier acte représente un pont de bateau en gros plan incliné vers la salle avec la mallette à philtre pour tout accessoire et deux quadrilatères dans lesquels sont enfermés les personnages. Veut-elle sortir, d’une palpation des mains sur une imaginaire paroi de verre, Isolde verra qu’elle ne peut s’échapper ni échapper à son destin. La lumière découpe délicatement les voiles sur la scénographie : tout est dit. La chasse royale ressemble davantage à une salle d’arme ou une armurerie, jonchée de cuirasses. Image cinématographique qui aurait toute sa place dans un péplum ou une œuvre de science fiction, elle symbolise l’intemporalité de l’œuvre. En revanche, comment ne pas voir un clin d’œil d’Heiner Müller à Samuel Beckett au troisième acte avec ce paysage dévasté, apocalyptique que ne renieraient ni  Fin de partie ni En attendant Godot, signe scénaristique des amours qui ne trouvent refuge que dans l’anéantissement.

Les chœurs n’interviendront comme la veille jamais sur scène. Ils seront toujours en coulisses. Sur scène, avec une économie appuyée du mouvement, les chanteurs se meuvent lentement. Annoncés souffrants, Ann Petersen (Isolde) et Alejandro Marco-Buhrmester (Kurwenal) étonnent… que doivent-ils être lorsqu’ils sont en forme ? L’Isolde d’Ann Petersen est à la hauteur de l’événement, joignant à une voix paradoxalement puissante et délicate, un jeu qui montre toutes les palettes du personnage : l’Isolde tour à tour hautaine, amoureuse, froide, fragile, combattante. Elle est parfaitement secondée par Ève-Maud Hubeaux (Brangäne). Quant aux deux derniers rôles qui doivent se sortir de deux terribles monologues en seconde partie : Daniel Kirch campe un Tristan parfait qui réussit un troisième acte redoutable et Christof Fischesser en Roi Marke apporte par sa voix sombre la touche juste à son personnage d’homme blessé et de mari trahi.

Les spectateurs ont-ils eu l’impression de voir une mise en scène datée ? Avec une telle épure, intrinsèquement intemporelle, visiblement non. L’intelligence de la mise en scène d’Heiner Müller fait et fera encore recette. Et puis, l’alliance de cette mise en scène mythique avec cette musique prodigieuse qui ne l’est pas moins, pillée par tous les cinéastes dont Lars van Trier pour symboliser la fin du monde dans Melancholia en 2011, nous transportent encore longtemps après que l’une s’est tue et que l’autre a disparu de notre champ de vision.

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