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Blog de mes curiosités

Articles avec #mort catégorie

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Amour, #Amérique latine, #mort
Cinéma Rialto - « Une Femme fantastique » de Sebastián Lelio ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Cinéma Rialto - « Une Femme fantastique » de Sebastián Lelio ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Marina et Orlando s'aiment. Les différences sont là visibles, moins visibles ou invisibles. Marina est jeune, Marina est la pièce rapportée car Orlando commence une deuxième vie, il a une ex-femme, des enfants, etc. Marina est trans, le film aura la délicatesse ne nous épargner les détails des opérations potentielles.  

Orlando meurt brusquement et la cauchemar de Marina commence : la police enquête car Orlando est tombé dans les escaliers et présente des hématomes forcément suspects, la famille ne veut pas entendre parler de la pièce rapportée sauf à lui demander de lui ramener la voiture, de partir de l’appartement ou de ne pas apparaitre aux obsèques.

Marina hésite, se tait quand il faudrait parler, insiste lorsqu’il faudrait se taire, se laisse dépouiller lorsqu’il faudrait insister. Toutes ces réactions à contretemps prouvent le désarroi de Marina qui vient de perdre sa vie, ses rêves, ses espoirs, sa normalité en une soirée.

Sebastián Lelio tenait un sujet majeur. Dans la lignée de Navidad pour la délicatesse et de Gloria pour l’énergie, il était parfaitement aidé par l’acteur transgenre Daniela Vega sur laquelle repose tout le film. Le sujet est intéressant, la mise ne scène maîtrisée, la caméra préserve la pudeur nécessaire au sujet, ne cherche ni le graveleux ni le sensationnalisme mais…

Sebastián Lelio a une fâcheuse tendance : chercher à faire basculer le spectateur du côté de l’héroïne.  Un peu moins de parti pris aurait sans doute grandit encore davantage sa Femme fantastique.

 

 

« Une Femme fantastique » - Drame de Sebastián Lelio avec Daniela Vega, Francisco Reyes, Luis Gnecco – Chili, Allemagne, Espagne, États-Unis -  Date de sortie :  12 juillet 2017 - Durée : 1h 44’

Cinéma Rialto - « Une Femme fantastique » de Sebastián Lelio ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comCinéma Rialto - « Une Femme fantastique » de Sebastián Lelio ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Cinéma Rialto - « Une Femme fantastique » de Sebastián Lelio ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Europe, #Amour, #Violence, #Opéra, #Epoque moderne, #Bad boys, #Religion, #Politique, #Jalousie, #mort, #guerre
Le Prophète de Giacomo Meyerbeer - Théâtre du Capitole - Toulouse ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Le Prophète de Giacomo Meyerbeer - Théâtre du Capitole - Toulouse ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Evénement au Capitole de Toulouse et retour indirect de Voltaire après Candide (http://un-culte-d-art.overblog.com/2016/12/musique-theatre-du-capitole-toulouse-candide-energie-joie-et-optimisme-pour-la-fin-de-l-annee.html) avec la résurrection du Prophète, opéra en cinq actes de Giacomo Meyerbeer sur un livret d'Eugène Scribe et Émile Deschamps d'après l'Essai sur les mœurs et l'esprit des nations  de Voltaire. Véritable phénomène au cours du XIXème siècle, Le Prophète a finalement déserté les scènes françaises notamment en raison de ses coûts de production.

L’intrigue suit la vie de Jean de Leyde entre Dordrecht et Münster en Allemagne à l’époque du grand déchirement entre catholiques et protestants en Europe au XVIème siècle. Jean de Leyde, chef protestant des anabaptistes et autoproclamé « roi de Sion », directement inspiré par ses visions divines affirmées, administra la communauté anabaptiste de Münster de  février 1534 à juin 1535 en autocrate dans un climat délirant loin de toute préoccupation religieuse sérieuse. Marguerite Yourcenar dans L’œuvre au noir retrace également  cet épisode.

Dans la fosse, Claus Peter Flor, invité régulier du théâtre du Capitole et spécialiste des répertoires allemand et autrichien, montre toute son habileté dans le grand opéra français. Pendant trois heures quarante, il fait résonner l’orchestre faisant ressortir toutes les couleurs de l’œuvre.  Sur scène, le plateau n’est pas franchement francophone mais, heureuse surprise, la diction est parfaite même si elle s’épuise pour certains à la fin de l’œuvre.  John Osborn  toujours  en forme tient le rôle titre, sa mère scénique Fidès et sa fiancée scénique Berthe sont remarquablement interprétées par Kate Aldrich et Sofia Fomina. Les trois anabaptistes, Zacharie, Mathisen et Jonas qui reviennent de manière récurrente sont respectivement et parfaitement incarnés par Dimitry Ivashchenko, Thomas Dear (le seul francophone du groupe) et Mikeldi Atxalandabaso. Seul Leonardo Estévez fait une entrée catastrophique en Comte d’Oberthal avant de se rattraper dans le peu qu’il  lui reste à chanter.

Stefano Vizioli signe la mise en scène et c’est sans doute la partie la plus fragile de l’œuvre. Sa conception offre un certain nombre de qualités, il est notamment bien secondé par Alessandro Ciammarughi pour les décors et les costumes et par Guido Petzold qui module les espaces avec ses lumières. Les mouvements chorégraphiques très marqués par l’époque de l’œuvre même retravaillés par Pierluigi Vanelli  font anachroniques mais, surtout, sans travail et sans pensée réelle sur l’ambivalence de Jean de Leyde, véritable despote aux visions mystiques, Stefano Vizioli en fait un simple opportuniste alors que son personnage est beaucoup plus tourmenté. Cela ne lui permet pas de  travailler les tunnels de l’œuvre notamment dans sa dernière partie.  Cependant, le fait même de voir l’œuvre ressurgir atténue fortement ce bémol sur la conception du personnage central.

Le Prophète de Giacomo Meyerbeer - Théâtre du Capitole - Toulouse ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com Le Prophète de Giacomo Meyerbeer - Théâtre du Capitole - Toulouse ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com Le Prophète de Giacomo Meyerbeer - Théâtre du Capitole - Toulouse ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Le Prophète de Giacomo Meyerbeer - Théâtre du Capitole - Toulouse ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Amour, #Violence, #Opéra, #Patrimoine, #Bad boys, #mort, #Jalousie, #Moyen âge, #Mythe
"Il Trovatore" de Giuseppe Verdi - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Il Trovatore" de Giuseppe Verdi - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Créé en 1853, Il trovatore, opéra en quatre actes de Giuseppe Verdi sur un livret de Salvatore Cammarano et Leone Emanuele Bardare d'après le drame espagnol El Trovador d'Antonio García Gutiérrez de 1836 fait partie de la trilogie dite populaire avec Rigoletto et la Traviata. A ce titre, il présente la difficulté comme les deux autres ouvrages d’avoir été souvent monté et donc de ne manquer aucunement de références.

Respecter le texte, donner du sens, proposer une lecture originale de l’œuvre, c’est donc à cet exercice que s’est attelé Francisco Negrin  qui avait déjà signé la mise en scène de Macbeth de Giuseppe Verdi en 2011-2012.  Sa proposition s’élabore avec la complicité de Louis Désiré qui retrouve son champ de compétence avec la scénographie et Bruno Poet à la création lumière.  Le parti pris de mise en scène se lit dans la scénographie de Louis Désiré. Chacun des acteurs tel Sisyphe poussant son rocher pousse son destin symbolisé par une barre verticale à l’avant-scène qui servira tantôt à séparer l’espace, certaines fois à séparer entre eux les personnages antagonistes et qui deviendra, poussé par elle, ô suprême supplice, le propre poteau du bûcher d’Azucena.

Partant de ce constat visuel, Francisco Negrin nous montre que nul n’échappe à son destin voire le tricote à chacun de ses gestes, se le construit à chacune des étapes de sa vie. Les chanteurs et le chœur, parfaitement dirigés, occupent l’espace, le modèlent, le modulent. Un groupe d’enfants permet de jongler avec les strates temporelles, ils sont l’avenir,  ils renvoient dans le souvenir, ils marquent la temporalité. De la même manière, une flamme omniprésente  marque l’origine de la vengeance et rappelle aussi la vacuité d’échapper à son destin : le bûcher est annoncé. Les lumières complètent habilement cette proposition accentuant les couleurs froides de l’action, transformant certaines fois d’un rouge vif l’action en une scène incandescente. 

Dans la fosse, Daniel Harding, un an après sa brillante prestation au Printemps des Arts dirige un orchestre philharmonique visiblement aux anges si l’on en croit l’ovation que les musiciens lui ont réservée à chacune de ses entrées. Le public est évidemment sur la même longueur d’onde. Sur scène, le plateau est homogène et de haute tenue même si José Antonio Garcia déçoit un peu en Ferrando.  Nicolas Alaimo (le Comte de Luna) fait trembler la scène de sa sonore colère, Francesco Meli (Manrico) endosse le rôle titre avec fougue. La voix est belle, bien timbrée mais l’absence de transposition du célèbre Di quella Pira, le met fugacement en difficulté.  Maria Agresta est une fabuleuse Leonora, elle rend parfaitement toutes les facettes du personnage. Enfin, Marina Prudenskaja étonne en Azucena. Précocement vieillie, elle devient par une démarche chaotique qui ne se départira jamais une extraordinaire sorcière cabossée par les épreuves.

En ne reniant rien de la temporalité de l’époque, de l’atmosphère, sans chercher à faire une transposition hasardeuse pour metteur en scène pressé, Francisco Negrin donne un nouveau souffle au Trouvère en faisant ressortir d’une solide exégèse du livret et de la musique, une proposition très fataliste semblant illustrer à merveille la réflexion de Thomas Mann dans la Montagne magique : On ne veut jamais que son destin.

"Il Trovatore" de Giuseppe Verdi - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Il Trovatore" de Giuseppe Verdi - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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« The young Lady » de William Oldroyd - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

« The young Lady » de William Oldroyd - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Visiblement, le roman de Nikolai Leskov écrit en 1865 Lady Macbeth du district de Mtsensk (Леди Макбет Мценского уезда) a le vent en poupe. Comme la vraie Lady Macbeth, Lady Macbeth du district de Mtsensk planifie les meurtres mais ne cède pas à la folie, comme Madame Bovary de Gustave Flaubert dont elle est la contemporaine, elle s’ennuie et ne connaît pas franchement l’extase auprès de son mari.

Il n’est donc pas étonnant que l’opéra se soit emparé de cette empoisonneuse par l’intermédiaire de Dmitri Chostakovitch sur un livret d'Alexandre Preis et du compositeur avec Lady Macbeth du district de Mtsensk ou plus simplement Lady Macbeth de Mtsensk ; cet opéra en quatre actes créé le 22 janvier 1934 au Théâtre Maly de Léningrad  subira cependant les vicissitudes du stalinisme avant de connaître une renaissance récente (http://un-culte-d-art.overblog.com/2015/05/musique-opera-de-monte-carlo-monaco-loin-de-nous-empoisonner-lady-macbeth-de-mtsensk-fascine.html).

Le cinéma s’empare dès 1961 du personnage avec Andrzej Wajda et sa Sibirska Ledi Magbet (Lady Macbeth sibérienne) ou en 1994 avec Valeri Todorovski et  Katia Ismailova. William Oldroyd rapatrie en 2017 The young Lady sur les terres britanniques en suivant le destin de  Katherine.  Katherine qui  mène une vie malheureuse dans l’Angleterre rurale du milieu du XIXème, fuit un mariage sans amour avec un Lord qui a deux fois son âge en tombant amoureuse d’un palefrenier.

Le grand intérêt de toutes ses versions consiste à comparer le contexte et les variations d’une histoire à l’autre. Les permanences y sont : l’héroïne se prénomme Catherine, c’est une femme en mal être avec un époux absent qu’elle n’a pas choisi,  elle s’ennuie ferme dans sa maison, elle est dotée d’un beau-père acariâtre, elle est prête à tout pour vivre un amour passionné, elle empoisonne presque par inadvertance le premier gêneur puis  planifie plus froidement le reste des exécutions.

En revanche, la fin diffère d’une adaptation à l’autre. La déportation et le goulag font irruption chez Dmitri Chostakovitch et l’héroïne trompée se fait une dernière fois meurtrière avant de se suicider. Katherine, The young Lady est filmée de manière très académique se plaçant toujours dans un cadre qui l’enserre constamment. Elle se situe à mi-chemin entre la folie de la vraie Lady Macbeth et l’anéantissement de Katerina Lvovna Ismaïlova : elle se fait plus cynique. Sa folie sera le cynisme et son anéantissement sera l’ennui.

 

 

« The young Lady » - Drame de William Oldroyd avec Florence Pugh, Cosmo Jarvis, Paul Hilton – Royaume-Uni - Date de sortie : 12 avril 2017 – Durée : 1h 29min

« The young Lady » de William Oldroyd - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com« The young Lady » de William Oldroyd - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Mythe, #Antiquité, #Patrimoine, #Théâtre, #Violence, #mort, #Epoque contemporaine
"Elektra" de Richard Stauss - Festival mémoires - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Elektra" de Richard Stauss - Festival mémoires - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Ailleurs tous vos regards, ailleurs toutes vos larmes, Aimez ce que jamais on ne verra deux fois. L’opéra de Lyon aurait-il voulu défier la Maison du Berger d’Alfred de Vigny ? Si l’opéra est un genre éphémère, si deux représentations deux soirs de suite peuvent se révéler différentes, si les mises en scène différent, il s’en trouvera toujours quelques unes qui auront marqué les esprits, leur époque, leur public. Chacun de nous a sa mise en scène d’exception dont il ne tarit pas d’éloge.

Si certaines mises en scène sont devenues mythique, l’Opéra de Lyon prend l‘énorme risque avec son festival Mémoires, de faire revivre trois œuvres créées par trois créateurs de l’école théâtrale allemande de la fin du XXème siècle aujourd’hui disparus : Elektra, mise en scène par Ruth Berghaus en 1986, Tristan et Isolde par Heiner Müller en 1983, Le Couronnement de Poppée par Klaus Michael Grüber en 1999. Proposition audacieuse qui questionne l’essence même du spectacle vivant.

Resté trente-trois ans au répertoire depuis sa création à Dresde en 1986, l’Elektra de Ruth Berghaus place les instrumentistes qui ne rentraient pas dans la petite fosse de l’Opéra de Dresde sur scène, sous la structure où évoluent les chanteurs, faisant ainsi de l’orchestre un élément du drame. La structure est une sorte de maison contemporaine à trois niveaux avec terrasses, balcons en avancée et plongeoir, qui permettent cette attente quasi messianique de celui qui résoudra le drame : Oreste. Les trois niveaux de la structure peuvent faire penser aux trois mondes de la cosmogonie grecque, à la recomposition familiale, consécutive aux drames, aux trois enfants  ou encore aux différents lieux public, privé et symbolique.

La mise en scène de Ruth Burghaus de cette œuvre expressionniste renforce la dimension symbolique : Clytemnestre apparaît en rouge sang, Chrysothémis arbore une robe dorée et Elektra porte les vêtements blafards de sa profonde mélancolie. Sa camisole se termine par un lien qui l’arrime au premier étage mais ce lien qui l’arrime fait également penser aux fileuses de destin que sont les Moires. Elektra, victime ou manipulatrice ? La mise en scène ne tranche pas mais questionne le spectateur.

La présence de l’orchestre sur scène effraie dans un premier temps ; l’orchestre couvrira-t-il les voix ? C’est évidemment mal connaître Hartmut Haenchen à la direction à la fois vigoureuse et retenue. Les cent musiciens et leur chef finissent par se fondre dans le décor et la question du sens des musiciens sur scène finit par s’estomper pour revenir pus tard. Les écrans disséminés permettent aux chanteurs de ne pas perdre des yeux le chef et le chœur invisible chante depuis les coulisses.

Chrysothémis interprétée par Katrin Kapplusch possède la froideur, la rigidité qui sied au personnage des débuts de l’œuvre avant de se rallier.  Clytemnestre (Lioba Braun) et Egisthe (Thomas Piffka) sont solides et le traitement des personnages traversés alternativement par la morgue, le doute et la peur  rejaillit dans leur interprétation.  Oreste sans Pylade (Christof Fischesser) incarne à merveille l’héroïsme de son personnage. Enfin, Elena Pankratova est une Elektra qui trouble le spectateur incarnant toutes les facettes de ce personnage ambivalent dont nul ne sait s’il est victime ou déclencheur de l’histoire.

A la question de savoir si des mises en scènes mythiques peuvent être recréées la réponse est donc positive. Si elles sont forcément datées, forcément témoins d’une époque, elles possèdent ce côté intemporel qui leur permettent de revivre. L’intemporalité de la mise en scène de Ruth Berghaus tient sans aucun doute dans ce questionnement du spectateur qui longtemps après se demande encore si…

"Elektra" de Richard Stauss - Festival mémoires - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com "Elektra" de Richard Stauss - Festival mémoires - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com "Elektra" de Richard Stauss - Festival mémoires - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Elektra" de Richard Stauss - Festival mémoires - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Amérique du Nord, #Violence, #mort
"Jackie" - Film de pablo larrain - Cinéma Rialto - Nice  ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Jackie" - Film de pablo larrain - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Evidemment, lorsqu’est prononcé le prénom de Jackie, chacun consciemment ou inconsciemment rajoute Bouvier, Kennedy ou Onassis. Les plus fervents défenseurs de Pablo Larrain ont sans doute pensé à la crise de la quarantaine lorsqu’ils ont vu le titre du nouveau film : Jackie. Ils avaient sans doute oublié que Pablo Larrain a l’art du détour : du Chili de Pinochet qu’il a longtemps sondé, la dictature est vue tantôt d’une morgue (Santiago 73, post mortem), d’une émission de sosie (Tony Manero) ou d’une agence de communication (No).

La communication politique, celle qui nous fait penser immédiatement à Kennedy lorsqu’est prononcé le prénom de Jackie, voila l’angle d’attaque de Pablo Larrain. Jackie poursuit la réflexion déjà engagée dans No. Jamais dans ce film ne seront prononcés les noms Bouvier ou Onassis, nulle photo de mariage non plus, pas davantage d’épanchement sur les amours de John Fitzgerald avec Marilyn mais un jeu de miroirs constant entre la réalité et le virtuel, entre la sincérité et l’artificiel, entre le dit, le non-dit et le « pas à dire », entre images d’archives et images de fiction, entre couleurs et noir et blanc.

Jackie se polarise sur quelques années de la vie d’une femme, de part et d’autre de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy à Dallas le 24 novembre 1963. Jackie décortique toute la communication politique des années de gloire (la Maison blanche) aux années de drame (l’assassinat et les obsèques). Le film met également en avant la dualité du personnage de Jackie : personne souvent entièrement phagocytée par son personnage, véritable objet médiatique et quelquefois femme soulageant sa peine soit auprès d’un journaliste mais la communicante revient en force soit auprès de son confesseur.

Et à ce jeu là, Natalie Portman excelle. Elle est quasiment de tous les plans et campe une Jackie Kennedy souvent  en représentation, plus rarement en intimité, cette Jackie Kennedy complexe, déséquilibrée en permanence par sa dualité. Mais la virtuosité de Pablo Larrain passe aussi par l’hybridation des images qui donne au film sa raison d’être. En reprenant des images d’archives pour la télévision en noir et blanc, Pablo Larrain y adjoint des images fictionnelles en couleur dans un cadre plus large montrant le reportage en train de se faire. La mise en abyme est réussie : l’objet de communication politique est décortiqué simplement par ce procédé purement cinématographique.

Etait-il possible de se passer de la scène de l’assassinat ? Difficilement car tout le monde garde en mémoire le réflexe, l’instinct de survie de Jackie à Dallas après la première balle : elle tente une sortie par l’arrière de la voiture où elle est protégée par un garde du corps. Comment éviter cet événement qui ne dure que quelques secondes mais qui est un élément clé pour comprendre la complexité du personnage, ses réflexes, son recentrage permanent, sa réadaptation à toute situation nouvelle.

Le ton du film n’est pas nouveau : Jackie reprend le thème de la communication politique largement abordé dans No, reprend la dualité des personnages de Santiago73, post mortem, reprend l’hybridation des images de Tony Manero, reprend une interrogation fréquente de Pablo Larrain : jusqu’à quel point croire en ses rêves ? Jusqu’à quelles limites acceptables sont-ils réalisables ? De ce point de vue, Jackie n’est pas un film lénifiant, Jackie n’est surtout pas un biopic, Jackie est une étude de cas sur les rapports complexes de la vanité et la communication politique. Belle démonstration !

 

 

« Jackie » – Drame  de Pablo Larraín avec Natalie Portman, Peter Sarsgaard, Greta Gerwig – États-Unis - Date de sortie : 1er février 2017 – Durée : 1h 40min

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Publié le par Théodore Charles
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Cinéma Mercurey- Nice - Nocturnal animals de Tom Ford ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Cinéma Mercurey- Nice - Nocturnal animals de Tom Ford ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Le film débute dans une galerie d’art avec une performance de vieilles majorettes bottées, bien en chair et nues. La performance et le vernissage qui l’accompagne sont filmés tantôt en plongée tantôt de face avec un ralenti sur chaque corps en mouvement et ses chairs qui se déplacent, qui en subissent le contrecoup. Face à la clientèle convenue des vernissages, les mannequins s’inscrivent aux antipodes des standards et des canons de la beauté.

Susan Morrow dirige cette galerie et sa vie serait un antonyme de sa galerie : joli mari, jolie petite vie, jolie maison, jolie galerie… joli ennui. Guère d’illusions sur les expositions contraintes par trop de paramètres, aucune illusion sur son mari volage, plus aucune illusion  jusqu’au jour où elle reçoit un colis.

Ce colis qui tombe à pic fonctionne au choix comme une boîte de pandore ou comme un révélateur, il contient le manuscrit de son premier mari. Ce roman violent qui le met en scène, entraine Susan Morrow dans les méandres de la fiction et de la réalité. Le film suit à ce moment trois pistes différentes : celle du roman qu’elle lit et les images visibles à l’écran sont les images mentales que la lecture fait naître en elle, celle de ses souvenirs et notamment de sa vie avec son premier mari et celle de la réalité à laquelle Susan Morrow revient constamment interrompue de manière récurrente dans sa lecture par un bruit insolite qui la ramène chez elle.

Si le montage du film rend bien les enchainements entre les mondes réel, fictionnel et mémoriel, il a les défauts de ses qualités : l’histoire fictionnelle est trop « léchée » pour représenter le monde du roman se déroulant à mesure de la lecture,  peut-être aurait-il mieux valu qu’il soit présenté comme le monde mémoriel par petites touches plus impressionnistes, moins formalisées pour se montrer davantage fidèle au cheminement et aux évocations mentales de la lecture.

Le film est en fait comme la vie de son héroïne : trop carrée, trop parfaite, trop standardisée mais fort heureusement contrairement à elle, nous ne nous y ennuyons pas !

 

« Nocturnal animals » - Drame, Thriller de Tom Ford avec Amy Adams, Jake Gyllenhaal, Michael Shannon – États-Unis - Date de sortie 4 janvier 2017 – Durée : 1h 57min

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Publié le par Théodore Charles
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Opéra de Toulon - Un Bal masqué - Giuseppe Verdi ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Opéra de Toulon - Un Bal masqué - Giuseppe Verdi ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

« Décidément cet arbre ne nous aura servi à rien » se plaint Vladimir dans En attendant Godot de Samuel Beckett. Décidément cette loge non seulement n’aura servi à rien si ce n’est à emm… tout le monde pourrait-on dire de la mise en scène de Nicola Berloffa pour Un Ballo in Maschera à Toulon.

Mais pour quelle raison Nicola Berloffa a-t-il voulu absolument caser l’assassinat d’Abraham Lincoln dans sa loge de théâtre dans une histoire qui lui est étrangère ? Mystère !  Le spectateur pense d’abord à un contresens total imaginant une transposition de personnages du gouverneur Riccardo de Warwick à Abraham Lincoln le Président des États-Unis. Dans une œuvre originale de Giuseppe Verdi qui transpose le réel (l’assassinat de Gustave III de Suède) en fiction (le gouverneur de Boston), la transposition potentielle étonne d’autant plus qu’elle risque de transformer ipso facto le meurtre politique en crime passionnel.

Puis, devant l’arrivée du vrai gouverneur, le spectateur revient à la version initiale, se demandant quand va revenir Abraham Lincoln qui, au final, ne reviendra plus. En revanche, la loge fatidique est toujours là et va déambuler sur le plateau du début à la fin, surchargeant inutilement la scénographie de Fabio Cherstich, empêchant les mouvements, mettant des séparations là où il fallait fluidité, rajoutant inutilement un niveau là où il ne s’imposait pas. La loge est présente au bal (pas pratique pour danser), chez Ulrica, dans les jardins, etc.

A cela s’ajoute un bal masqué des plus étiques, inversement proportionnel à la taille de la loge, et des partis pris de mise en scène curieux sans logique apparente ou difficilement lisibles comme l’hyper réalisme de la plante magique ou encore le rôle d’Oscar, rôle travesti déguisé … en femme ou enfin la présence de cowboys à long manteau côtoyant des habits de notables, sorte de Lucky Luke au bal masqué. Contrairement à ses Contes d’Hoffmann (http://un-culte-d-art.overblog.com/2015/03/musique-opera-de-toulon-offenbach-les-contes-d-hoffmann-le-diable-doit-en-rire-encore.html) présentés il y a deux ans sur cette même scène, l’inspiration de Nicola Berloffa ne semble pas être au rendez-vous.

Contrairement à la mise en scène hasardeuse, l’orchestre de Toulon est dirigé d’une main ferme par Rani Calderon. Comble de l’affaire : quelques  réactions négatives se feront entendre dans le public, estimant son exécution trop en force, pas assez en nuance. Pourtant, la fermeté de sa direction correspond à l’esprit de l’œuvre notamment dans le dernier acte.  Ensuite, face à la mise en scène hasardeuse, elle a le mérite d’être une interprétation plausible.

Le plateau, en revanche, est extrêmement porteur. Alexandrina Pendatchanska est une Amelia tout en fragilité et en doute.  Enkelejda Shkosa excelle en divineresse Ulrica. Anna Maria Sarra campe un Oscar très dynamique.  Chez les hommes,  Gaston Rivero en noble Riccardo s’impose et Dario Solari est un Renato  d’exception. Non seulement les voix sont belles mais les personnages évoluent avec une paradoxale aisance dans ce débordement de partis pris hétéroclites qu’ils ne semblent plus voir ou plutôt desquels ils se sont accommodés.

Il ne manquait rien a priori à ce bal masqué ni la qualité musicale, ni l’attrait et la conversation de ses invités mais quel dommage que le goût du maître de maison ne soit pas au diapason. 

Opéra de Toulon - Un Bal masqué - Giuseppe Verdi ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOpéra de Toulon - Un Bal masqué - Giuseppe Verdi ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Opéra de Toulon - Un Bal masqué - Giuseppe Verdi ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOpéra de Toulon - Un Bal masqué - Giuseppe Verdi ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
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"Manon" de Jules Massenet - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Manon" de Jules Massenet - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Parmi les ouvrages proposés cette saison par l’opéra de Monte-Carlo, Manon de Jules Massenet faisait partie des plus attendus. Attendu d’abord car le Manon de Jules Massenet se fait plus rare sur les scènes que le Manon Lescault de Giacomo Puccini, attendu ensuite parce qu’il marquait non Il ritorno d'Ulisse in patria (n’en déplaise à Claudio Monteverdi) mais le retour de Jean-François Borras dans sa patrie d’adoption. Comme à divers titres, Philippe Ermellier, Rodolphe Briand et Jeff Biziau étaient aussi de la partie, l’attente n’en était que plus forte.

De L'Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut, sorte de « roman-mise en abyme » plutôt sombre de l’abbé Prévost mettant en avant un narrateur  racontant que le chevalier des Grieux lui avait dit que…, la musique a clairement élagué pour faire de l’héroïne Manon Lescault, le sujet central. En fait, la musique est allée même jusqu’à transformer l’esprit du roman et le spectateur lyrique aurait tort de se référer à la réflexion de Montesquieu dans ses Mémoires qui disait : « Je ne suis pas étonné que ce roman, dont le héros est un fripon et l'héroïne une catin [...] plaise, parce que toutes les mauvaises actions du héros [...] ont pour motif l'amour, qui est toujours un motif noble, quoique la conduite soit basse ». 

Si l’œuvre de Giacomo Puccini met en avant une Manon plus avide de plaisir, Massenet la voit, lui,  plus tourmentée par le doute, les choix.  De ce point de vue, la pièce de Jules Massenet est celle qui tourne le plus autour de la personnalité de Manon.  Pour accentuer ces différents traitements, la mise en scène d’Arnaud Bernard nous montre clairement  dès l’ouverture que le drame a déjà eu lieu ; la mort de Manon montrée d’entrée de jeu sur une plage est une sorte de clin d’œil au roman qui raconte de manière indirecte des faits passés depuis longtemps.

Pour venir à bout de cette œuvre et de ses différents tableaux, la scénographie d’Alessandro Camera joue beaucoup sur les panneaux coulissants qui découpent l’espace. Au flash-back qui suit la mort de Manon sur scène répond le découpage de la scène en différentes profondeurs de champ, la narration cinématographique n’est jamais bien loin.  Ces panneaux en s’ouvrant et se fermant modulent l’espace et permettent le passage dans les différents lieux que le roman comme les livrets imposent. Sur ces panneaux se distinguent des formes humaines stylisées, des ombres qui finissent par assister à tout le spectacle et qui renvoient là aussi à la structure du roman qui est le récit des souvenirs de quelqu’un qui a connu…  D’une histoire intime, le roman et les livrets en font une histoire publique. Dernière référence au roman, les costumes eux sont résolument XVIIIème siècle.

Le chœur complète la scénographie en se mouvant à l’intérieur de ces registres mais, contrairement aux chanteurs, sa direction est inégale notamment au moment de l’arrivée de la diligence en début de spectacle où les choristes bougent les bras dans un mouvement de balancier rythmé par des coups de fouet rendant l’ensemble fort peu crédible et fort peu élégant. Cette réserve est cependant balayée par la profusion de la fête de Cours-la-Reine très réussie.

Sur le plateau, Philippe Ermelier met le public en bouche d’entrée avec son rôle de l’hôtelier mais quel dommage qu’il soit si peu employé étant vocalement et scéniquement très présent… lorsqu’il apparaît. Charlotte Despaux, Jennifer Michel et Marion Lebègue campent le trio respectif, Poucette, Javotte et Rosette, très en voix et en énergie.  Marc Barrard joue un comte Des Grieux... avec noblesse tandis que Lionel Lhote incarne un Lescault de la garde du Roi maquignon à souhait, renouant là aussi avec le personnage du roman. Quant à Rodolphe Briand, sur lequel se sont acharnées poudreuse et maquilleuse, il excelle en Guillot de Morfontaine que le public aime et déteste à la fois, que le public prend tout à tour en pitié ou en grippe.  

Jean-François Borras, qui avait dû pour des raisons de santé laisser la place à Arturo Chacón-Cruz, revient en forme pour camper un éblouissant Chevalier à la diction parfaite, avec une aisance dans la voix comme dans le jeu. Il est LE chevalier ébloui par « son » apparition, « sa » Manon. Comme Des Grieux, Jean-François Borras passe d’un rôle à l’autre, d’un état à l’autre avec le même engagement et le même enthousiasme. La jeune soprano lyrique française Vannina Santoni qui a remplacé dans la deuxième distribution Sonya Yoncheva souffrante, aurait pu se sentir peu à l’aise. Il n’en a rien été, elle s’est glissée dans la peau de Manon avec une facilité déconcertante, évoluant aisément dans la scénographie, habitant le personnage dans ses doutes, ses joies ses peines ses trahisons. La voix est belle, la diction est bonne… quelle belle surprise, quel beau duo !

Et comme la direction d’Alain Guingal a été à la hauteur de l’orchestre, excellente, inutile de vous dire que malgré les affres  du chevalier Des Grieux et de Manon Lescault, la soirée fut des plus réussies !

"Manon" de Jules Massenet - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Manon" de Jules Massenet - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
"Manon" de Jules Massenet - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Manon" de Jules Massenet - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Manon" de Jules Massenet - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #mort, #Adolescence, #Enfance, #Violence, #Amour, #Amérique du Nord, #Epoque contemporaine, #Bad boys
[Cinéma – Le Mercury – Nice]  Manchester by the Sea : histoire déconstruite pour mélodrame actuel

Même si chacun peut garder une réserve quant à la démonstration-construction du film, si chacun peut demeurer sur son quant-à-soi par rapport aux malheurs de la famille Chandler, Manchester by the Sea reste une vraie surprise cinématographique cette année et, comme les derniers spectateurs à avoir pu entrer dans la salle du cinéma Mercury étaient entassés au tout premier rang, le succès populaire et le bouche à oreille sont effectifs.

Evidemment, le récit linéaire de la famille Chandler du Massachusetts peut sembler a priori un peu « too much » tant elle semble accumuler les ennuis comme la lumière les papillons de nuit et les reniflements de la salle prouvent que l’objectif est atteint. Les personnages ont des caractères bien trempés, bien marqués : Casey Affleck en Lee Chandler est un teigneux cogneur… lorsqu’il a bu, Lucas Hedge en Patrick Chandler est l’adolescent dans toute sa splendeur et Gretchen Mol en mère alcoolique finit par chercher la rédemption en épousant le catholique ultra-pratiquant. L’ensemble fonctionne mais le stéréotype n’est jamais bien loin.

En revanche, la construction du film est sa grande force. Le récit est déconstruit, les flash-back nombreux, les histoires familiales s’entremêlent, les époques s’incrustent les unes dans les autres laissant au spectateur le soin de reconstituer minute après minute ce gigantesque puzzle aussi pulvérisé que les vies qu’il raconte. Cependant, une fois que le spectateur comprend la construction, il finit par attendre le point de rupture finalement annoncé.

Manchester by the Sea de Kenneth Lonergan demeure malgré tout un des incontournables de ce début d’année. Sans temps mort, il captive, sans linéarité, il interroge et sans fard, il donne un coup de projecteur intéressant et finalement assez novateur au mélodrame.

 

Manchester by the Sea - Drame de Kenneth Lonergan avec Casey Affleck, Michelle Williams, Kyle Chandler – États-Unis - Date de sortie : 14 décembre 2016 - Durée : 2h 18min

 

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