Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

un-culte-d-art.overblog.com

Blog de mes curiosités

Articles avec #opera catégorie

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Europe, #Amour, #Violence, #Opéra, #Epoque moderne, #Bad boys, #Religion, #Politique, #Jalousie, #mort, #guerre
Le Prophète de Giacomo Meyerbeer - Théâtre du Capitole - Toulouse ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Le Prophète de Giacomo Meyerbeer - Théâtre du Capitole - Toulouse ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Evénement au Capitole de Toulouse et retour indirect de Voltaire après Candide (http://un-culte-d-art.overblog.com/2016/12/musique-theatre-du-capitole-toulouse-candide-energie-joie-et-optimisme-pour-la-fin-de-l-annee.html) avec la résurrection du Prophète, opéra en cinq actes de Giacomo Meyerbeer sur un livret d'Eugène Scribe et Émile Deschamps d'après l'Essai sur les mœurs et l'esprit des nations  de Voltaire. Véritable phénomène au cours du XIXème siècle, Le Prophète a finalement déserté les scènes françaises notamment en raison de ses coûts de production.

L’intrigue suit la vie de Jean de Leyde entre Dordrecht et Münster en Allemagne à l’époque du grand déchirement entre catholiques et protestants en Europe au XVIème siècle. Jean de Leyde, chef protestant des anabaptistes et autoproclamé « roi de Sion », directement inspiré par ses visions divines affirmées, administra la communauté anabaptiste de Münster de  février 1534 à juin 1535 en autocrate dans un climat délirant loin de toute préoccupation religieuse sérieuse. Marguerite Yourcenar dans L’œuvre au noir retrace également  cet épisode.

Dans la fosse, Claus Peter Flor, invité régulier du théâtre du Capitole et spécialiste des répertoires allemand et autrichien, montre toute son habileté dans le grand opéra français. Pendant trois heures quarante, il fait résonner l’orchestre faisant ressortir toutes les couleurs de l’œuvre.  Sur scène, le plateau n’est pas franchement francophone mais, heureuse surprise, la diction est parfaite même si elle s’épuise pour certains à la fin de l’œuvre.  John Osborn  toujours  en forme tient le rôle titre, sa mère scénique Fidès et sa fiancée scénique Berthe sont remarquablement interprétées par Kate Aldrich et Sofia Fomina. Les trois anabaptistes, Zacharie, Mathisen et Jonas qui reviennent de manière récurrente sont respectivement et parfaitement incarnés par Dimitry Ivashchenko, Thomas Dear (le seul francophone du groupe) et Mikeldi Atxalandabaso. Seul Leonardo Estévez fait une entrée catastrophique en Comte d’Oberthal avant de se rattraper dans le peu qu’il  lui reste à chanter.

Stefano Vizioli signe la mise en scène et c’est sans doute la partie la plus fragile de l’œuvre. Sa conception offre un certain nombre de qualités, il est notamment bien secondé par Alessandro Ciammarughi pour les décors et les costumes et par Guido Petzold qui module les espaces avec ses lumières. Les mouvements chorégraphiques très marqués par l’époque de l’œuvre même retravaillés par Pierluigi Vanelli  font anachroniques mais, surtout, sans travail et sans pensée réelle sur l’ambivalence de Jean de Leyde, véritable despote aux visions mystiques, Stefano Vizioli en fait un simple opportuniste alors que son personnage est beaucoup plus tourmenté. Cela ne lui permet pas de  travailler les tunnels de l’œuvre notamment dans sa dernière partie.  Cependant, le fait même de voir l’œuvre ressurgir atténue fortement ce bémol sur la conception du personnage central.

Le Prophète de Giacomo Meyerbeer - Théâtre du Capitole - Toulouse ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com Le Prophète de Giacomo Meyerbeer - Théâtre du Capitole - Toulouse ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com Le Prophète de Giacomo Meyerbeer - Théâtre du Capitole - Toulouse ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Le Prophète de Giacomo Meyerbeer - Théâtre du Capitole - Toulouse ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Voir les commentaires

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Epoque moderne, #Mythe
Teatro Regio - Torino - Die Zauberflöte de Wolgang Amadeus Mozart ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Teatro Regio - Torino - Die Zauberflöte de Wolgang Amadeus Mozart ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Que le public l’adore ou la boude, la production de Die Zauberflöte de Wolgang Amadeus Mozart est toujours un événement. Succession d’airs que les mélomanes attendent, ces bijoux musicaux compensent le côté ésotérique qui en glace plus d’un ; conte initiatique, il attire également volontiers des spectateurs non musiciens. Je ne sais quelle partie du public le spectacle mis en scène par Roberto Andò a attirée mais la salle était bien indisciplinée à Turin : applaudissement mal à propos comme en plein milieu de l’ouverture ou bavardages en série !

Le problème de l’opéra de Mozart est qu’il joue sur les symboles comme le triangle ou les chiffre trois, les trois Knaben, les trois portes, les trois dames. Il faut donc une mise en scène qui sans gommer le côté symbolique en limite l’indigestion afin de ne pas trop surligner leur présence. A ce jeu là, le réalisateur Roberto Andò a prudemment opté pour une voie médiane entre symbolisme rituel et conte de fées comme l’apparition des trois Knaben aériens dans leur barque. Il est grandement aidé par les costumes de  Nanà Cecchi et le jeu de lumière, très important dans ce conte initiatique, de Giovanni Carluccio.

La direction d’orchestre d’Asher Fisch mène allègrement orchestre et chœurs du Teatro Regio. Et les premiers plans sont dirigés musicalement ou scéniquement de main de maître. Ekaterina Bakanova et Antonio Poli campent une Pamina et un  Tamino parfaitement crédibles, tour à tour drôles et émouvants. Olga Pudova ne se laisse pas piéger par le rôle de la Reine de la Nuit. Antonio Di Matteo qui ne devait assurer qu’une représentation se taille son petit succès dans le rôle de Sarastro qu’il aura tenu tous les soirs et, enfin,  Markus Werba est un Papageno magnifique accompagné d’une Papagena (Elisabeth Breuer) absolument bluffante dans sa métamorphose.

En résumé, la prestation musicale est de grande qualité, la proposition scénique sans être d’une grande innovation, tient tranquillement son rôle et, s’il est permis de rajouter que la proposition culinaire proposée pendant l’entracte est absolument divine, quelle bonne soirée à l’impolitesse d’une partie du public près.

Teatro Regio - Torino - Die Zauberflöte de Wolgang Amadeus Mozart ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com Teatro Regio - Torino - Die Zauberflöte de Wolgang Amadeus Mozart ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com Teatro Regio - Torino - Die Zauberflöte de Wolgang Amadeus Mozart ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Teatro Regio - Torino - Die Zauberflöte de Wolgang Amadeus Mozart ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com Teatro Regio - Torino - Die Zauberflöte de Wolgang Amadeus Mozart ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com Teatro Regio - Torino - Die Zauberflöte de Wolgang Amadeus Mozart ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Teatro Regio - Torino - Die Zauberflöte de Wolgang Amadeus Mozart ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Voir les commentaires

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Arts plastiques, #Photographie, #Opéra
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Pour tous ceux qui par habitude lisent les programmes de l’opéra de Monte-Carlo dans les moindres recoins ou qui sur le site prennent l’habitude de jeter un œil sur le copyright des visuels, il est loin d’être un inconnu. Mais il reste un nom, un indice, une patte car peu de personnes sauraient le reconnaître. Alain Hanel est un photographe spécialisé dans les portraits d'artistes en représentation, danseurs ou chanteurs lyriques. Il pose ainsi son regard sur les scènes de la principauté en général et depuis dix ans de l’Opéra de Monte-Carlo en particulier.

Pour célébrer cet anniversaire, le choix de présenter une infime partie de son travail avec l’Opéra aurait pu être montré dans l’atrium du casino, le hall du Grimaldi forum ou encore le hall de l’auditorium Rainier III… au risque d’être vu uniquement par ceux qui fréquentent habituellement les institutions culturelles de la Principauté au détriment du plus grand nombre. Si d’aventure vous observez les flux pendulaires de migration à Monaco, vous vous rendrez vite compte que l’un des endroits le plus courus (au sens propre) de la Principauté se trouve être la galerie qui mène des ascenseurs de la promenade Honoré II au centre commercial de Fontvieille.  

C’est certes une gageure de placer des œuvres dans un endroit de passage privé de toute lumière naturelle mais cela fait sens. Non seulement une présence artistique dans ce non-lieu qu’est ce couloir marmoréen est déjà un embryon de vie en soi mais en plus, les œuvres d’Alain Hanel sont ainsi mises à disposition du plus grand nombre. Quand bien même l’endroit est traversé au pas de charge par  une population toujours pressée, gageons que la présence des photos aura ralenti,  le flux voire l’aura temporairement arrêté dans une un instant fugace de surprise artistique.

Et c’est là que le parti pris esthétique d’Alain Hanel croise le public visé. Comme le public visé, Alain Hanel doit travailler sur le mouvement rapide, comme le public visé, il est contraint par la lumière artificielle du lieu, comme pour le public visé, Alain Hanel doit arrêter le mouvement, comme pour le public visé, Alain Hanel doit capter le mouvement. En résumé, pour ses œuvres comme pour le public visé, Alain Hanel est l’artiste du fugace, de l’éphémère, celui qui doit capter l’instant, l’attention de personnes artistes ou non qu’il ne connaît pas forcément.

Quelle place occupe réellement l’Art dans notre société en dehors de ses lieux de représentation ? C’est bien toute la question posée par cette initiative de remettre des œuvres dans la ville, dans des lieux qui font sens. Souhaitons simplement que cette expérience se renouvelle et s’amplifie.

Galerie Carrefour - Exposition Alain Hanel ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comGalerie Carrefour - Exposition Alain Hanel ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comGalerie Carrefour - Exposition Alain Hanel ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Galerie Carrefour - Exposition Alain Hanel ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Voir les commentaires

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Amour, #Violence, #Opéra, #Patrimoine, #Bad boys, #mort, #Jalousie, #Moyen âge, #Mythe
"Il Trovatore" de Giuseppe Verdi - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Il Trovatore" de Giuseppe Verdi - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Créé en 1853, Il trovatore, opéra en quatre actes de Giuseppe Verdi sur un livret de Salvatore Cammarano et Leone Emanuele Bardare d'après le drame espagnol El Trovador d'Antonio García Gutiérrez de 1836 fait partie de la trilogie dite populaire avec Rigoletto et la Traviata. A ce titre, il présente la difficulté comme les deux autres ouvrages d’avoir été souvent monté et donc de ne manquer aucunement de références.

Respecter le texte, donner du sens, proposer une lecture originale de l’œuvre, c’est donc à cet exercice que s’est attelé Francisco Negrin  qui avait déjà signé la mise en scène de Macbeth de Giuseppe Verdi en 2011-2012.  Sa proposition s’élabore avec la complicité de Louis Désiré qui retrouve son champ de compétence avec la scénographie et Bruno Poet à la création lumière.  Le parti pris de mise en scène se lit dans la scénographie de Louis Désiré. Chacun des acteurs tel Sisyphe poussant son rocher pousse son destin symbolisé par une barre verticale à l’avant-scène qui servira tantôt à séparer l’espace, certaines fois à séparer entre eux les personnages antagonistes et qui deviendra, poussé par elle, ô suprême supplice, le propre poteau du bûcher d’Azucena.

Partant de ce constat visuel, Francisco Negrin nous montre que nul n’échappe à son destin voire le tricote à chacun de ses gestes, se le construit à chacune des étapes de sa vie. Les chanteurs et le chœur, parfaitement dirigés, occupent l’espace, le modèlent, le modulent. Un groupe d’enfants permet de jongler avec les strates temporelles, ils sont l’avenir,  ils renvoient dans le souvenir, ils marquent la temporalité. De la même manière, une flamme omniprésente  marque l’origine de la vengeance et rappelle aussi la vacuité d’échapper à son destin : le bûcher est annoncé. Les lumières complètent habilement cette proposition accentuant les couleurs froides de l’action, transformant certaines fois d’un rouge vif l’action en une scène incandescente. 

Dans la fosse, Daniel Harding, un an après sa brillante prestation au Printemps des Arts dirige un orchestre philharmonique visiblement aux anges si l’on en croit l’ovation que les musiciens lui ont réservée à chacune de ses entrées. Le public est évidemment sur la même longueur d’onde. Sur scène, le plateau est homogène et de haute tenue même si José Antonio Garcia déçoit un peu en Ferrando.  Nicolas Alaimo (le Comte de Luna) fait trembler la scène de sa sonore colère, Francesco Meli (Manrico) endosse le rôle titre avec fougue. La voix est belle, bien timbrée mais l’absence de transposition du célèbre Di quella Pira, le met fugacement en difficulté.  Maria Agresta est une fabuleuse Leonora, elle rend parfaitement toutes les facettes du personnage. Enfin, Marina Prudenskaja étonne en Azucena. Précocement vieillie, elle devient par une démarche chaotique qui ne se départira jamais une extraordinaire sorcière cabossée par les épreuves.

En ne reniant rien de la temporalité de l’époque, de l’atmosphère, sans chercher à faire une transposition hasardeuse pour metteur en scène pressé, Francisco Negrin donne un nouveau souffle au Trouvère en faisant ressortir d’une solide exégèse du livret et de la musique, une proposition très fataliste semblant illustrer à merveille la réflexion de Thomas Mann dans la Montagne magique : On ne veut jamais que son destin.

"Il Trovatore" de Giuseppe Verdi - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Il Trovatore" de Giuseppe Verdi - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Il Trovatore" de Giuseppe Verdi - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Voir les commentaires

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Opéra, #Musique, #Danse
« L’Opéra » - Film documentaire de Jean-Stéphane Bron - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

« L’Opéra » - Film documentaire de Jean-Stéphane Bron - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Tous les spectateurs qui avaient goûté à l’intelligente mise en scène de son film documentaire Cleveland contre Wall Street présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2010 se sont certainement précipités pour découvrir son nouveau film L’Opéra qui retrace la  saison 2015-2016 dans les coulisses de L’Opéra de Paris. Curieusement, tout le public des désormais célèbres retransmissions d’opéra en direct (comme si cela avait une incidence quelconque sur son déroulement) du Met’ brillait par son absence. Chose d’autant plus curieuse qu’il semble a priori plus cohérent de visionner un film documentaire dans une salle de cinéma et d’assister à une représentation d’opéra dans un théâtre lyrique mais peut-être ce public de connaisseurs attend-il la retransmission d’un film documentaire dans un stade de foot ou dans un lieu qui ne s’y prêterait pas.

Ceux qui avaient apprécié Cleveland contre Wall Street ne s’attendaient donc pas à un reportage avec le milieu, le début et la fin d’une production mais à une approche plus originale. En fait, loin des arcannes juridiques, financières, administratives, promotionnelles, Jean-Stéphane Bron s’est surtout attaché à remettre l’humain au cœur du dispositif. L’humanité de L’Opéra, ce sont non seulement ses différents champs (danse, concert, lyrique) mais également ses corps (les administratifs, les techniciens, les artistes, les usagers) et ses grades (soliste, choriste, musicien, directeur musical, directeur chorégraphique, directeur général, danseur, mélomane, mécène, etc.) pour reprendre un langage administratif.

Pour faciliter la visibilité dans les méandres de l’opéra, Jean-Stéphane Bron suit plus particulièrement quelques personnages : Stéphane Lissner, directeur général, Philippe Jordan, directeur musical ou Benjamin Millepied, éphémère directeur chorégraphique mais également quelques personnes plutôt habituées à l’ombre comme la régisseuse plateau. Le jeune baryton Mikhail Timoshenko endosse le rôle fort envié du fil rouge ; le public le retrouve de manière récurrente dans ses débuts à l’opéra, véritable incarnation de l’intemporalité de la scène s’ancrant dans la tradition et se tournant vers l’avenir.  

L’opéra filmé dans son quotidien évite le sensationnalisme des conflits trop marqués sans pour autant sombrer dans la candeur ou l’hagiographie. Stéphane Lissner est souvent représenté dans une grande solitude dans son bureau, dans sa loge, dans les bâtiments. Il est représenté en « dénoueur » de conflits plutôt combattif que ce soit lors des appels à la grève ou lors du départ de Benjamin Millepied. Les crispations entre le chœur et le metteur en scène reviennent de manière récurrente. Et évidemment, le renoncement à la dernière minute de Gerald Finley  pour tenir le rôle de Hans Sachs dans Die Meistersinger von Nürnberg (Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg) de Richard Wagner rajoute de l’électricité dans une équipe qui doit le remplacer au pied levé.

C’est donc bien toute l’humanité de ce microcosme qui fait la force du film dans lequel l’humour n’est jamais bien loin : les régisseuses plateau qui fredonnent  en coulisses les airs de  Die Meistersinger von Nürnberg et qui sont obligés de changer de tonalité régulièrement, la tête ahurie de Mikhail Timoshenko à qui le grand Bryn Terfel demande son aide pour apprendre le rôle de Boris Godounov, les enfants de l’opération « Les Petits violons » décontenancés par les instruments, la réunion administrative sur la quadrature du cercle « baisse du prix des billets, équilibre budgétaire »,  tout concourt aussi à la bonne humeur.

Mieux que les représentations du Met’… en direct, visionner dans une salle de cinéma enfin rendue à son objet premier le film documentaire L’Opéra de Jean-Stéphane Bron est un acte militant et mélomane. Pour les représentations d’opéra, le public pourra toujours se reporter sur la salle la plus proche, même à 200 kilomètres, pour les voir dal vivo réalisant ainsi dans la foulée un autre acte tout aussi mélomane et militant.

 

« L’Opéra » - Film documentaire de Jean-Stéphane Bron – Suisse, France - Date de sortie : 5 avril 2017 – Durée : 1h 50’

« L’Opéra » - Film documentaire de Jean-Stéphane Bron - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com « L’Opéra » - Film documentaire de Jean-Stéphane Bron - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

« L’Opéra » - Film documentaire de Jean-Stéphane Bron - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Voir les commentaires

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Musique, #Opéra, #Amour, #Violence, #Littérature, #mort
« The young Lady » de William Oldroyd - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

« The young Lady » de William Oldroyd - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Visiblement, le roman de Nikolai Leskov écrit en 1865 Lady Macbeth du district de Mtsensk (Леди Макбет Мценского уезда) a le vent en poupe. Comme la vraie Lady Macbeth, Lady Macbeth du district de Mtsensk planifie les meurtres mais ne cède pas à la folie, comme Madame Bovary de Gustave Flaubert dont elle est la contemporaine, elle s’ennuie et ne connaît pas franchement l’extase auprès de son mari.

Il n’est donc pas étonnant que l’opéra se soit emparé de cette empoisonneuse par l’intermédiaire de Dmitri Chostakovitch sur un livret d'Alexandre Preis et du compositeur avec Lady Macbeth du district de Mtsensk ou plus simplement Lady Macbeth de Mtsensk ; cet opéra en quatre actes créé le 22 janvier 1934 au Théâtre Maly de Léningrad  subira cependant les vicissitudes du stalinisme avant de connaître une renaissance récente (http://un-culte-d-art.overblog.com/2015/05/musique-opera-de-monte-carlo-monaco-loin-de-nous-empoisonner-lady-macbeth-de-mtsensk-fascine.html).

Le cinéma s’empare dès 1961 du personnage avec Andrzej Wajda et sa Sibirska Ledi Magbet (Lady Macbeth sibérienne) ou en 1994 avec Valeri Todorovski et  Katia Ismailova. William Oldroyd rapatrie en 2017 The young Lady sur les terres britanniques en suivant le destin de  Katherine.  Katherine qui  mène une vie malheureuse dans l’Angleterre rurale du milieu du XIXème, fuit un mariage sans amour avec un Lord qui a deux fois son âge en tombant amoureuse d’un palefrenier.

Le grand intérêt de toutes ses versions consiste à comparer le contexte et les variations d’une histoire à l’autre. Les permanences y sont : l’héroïne se prénomme Catherine, c’est une femme en mal être avec un époux absent qu’elle n’a pas choisi,  elle s’ennuie ferme dans sa maison, elle est dotée d’un beau-père acariâtre, elle est prête à tout pour vivre un amour passionné, elle empoisonne presque par inadvertance le premier gêneur puis  planifie plus froidement le reste des exécutions.

En revanche, la fin diffère d’une adaptation à l’autre. La déportation et le goulag font irruption chez Dmitri Chostakovitch et l’héroïne trompée se fait une dernière fois meurtrière avant de se suicider. Katherine, The young Lady est filmée de manière très académique se plaçant toujours dans un cadre qui l’enserre constamment. Elle se situe à mi-chemin entre la folie de la vraie Lady Macbeth et l’anéantissement de Katerina Lvovna Ismaïlova : elle se fait plus cynique. Sa folie sera le cynisme et son anéantissement sera l’ennui.

 

 

« The young Lady » - Drame de William Oldroyd avec Florence Pugh, Cosmo Jarvis, Paul Hilton – Royaume-Uni - Date de sortie : 12 avril 2017 – Durée : 1h 29min

« The young Lady » de William Oldroyd - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com« The young Lady » de William Oldroyd - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

« The young Lady » de William Oldroyd - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Voir les commentaires

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Proche orient, #Amour
L'enlèvement au Sérail - Opéra de Toulon -Provence-Méditerranée ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

L'enlèvement au Sérail - Opéra de Toulon -Provence-Méditerranée ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

correspondent sous les plumes d’Uzbek et Rica dans les Lettres persanes de Montesquieu ou qu’ils apparaissent derrière le célèbre Que diable allait-il faire dans cette galère? dans Les Fourberies de Scapin de Molière, les orientaux fascinent l’Europe de l’époque moderne qui ne s’est pas encore débarrassée de ses envies de croisades, les Turcs étant encore largement présents dans les Balkans. C’est dans ce contexte que Wolfgang Amadeus Mozart crée Die Entführung aus dem Serail (L’enlèvement au Sérail), Singspiel en trois actes sur un livret de Goettlieb Stephanie le  16 juillet 1782 à Vienne au Burgtheater.  Le droit des femmes, la liberté d’aimer, la captivité et les mirages orientaux, contribuent au succès immédiat de l’œuvre qui cherche par ailleurs  à fonder un modèle d’opéra allemand.

Outre sa spécificité, son texte parlé et ses multiples défis vocaux, Die Entführung aus dem Serail pose le problème de sa mise en scène qui doit jouer de tous les registres et gérer les différents espaces du drame.  Le metteur en scène se fait également comédien dans la mesure où il se réserve traditionnellement le rôle du Pacha Sélim. Une sorte de mise en abyme car le Pacha Selim qui détient les clés du palais, du sérail et du drame tient également les clés de la mise en scène.   

Pour gérer l’ensemble, le metteur en scène Tom Ryser ne s’est pas encombré d’une scénographie embarrassante qui pourrait devenir envahissante et empêcher les changements de lieux rapides. Il a préféré la proposition de David Belugou : une division du plateau en deux. L’avant-scène est le lieu du réel, le lieu permettant au drame de se nouer ou de se dénouer, l’arrière scène devient alors l’autre lieu qu’il soit le dehors par opposition au-dedans ou le dedans par rapport au dehors, le lieu fantasmé, le lieu du rêve, de l’inconscient du subconscient. Des tentures orientales, sortes de tapis verticaux, permettront ou empêcheront le passage à la fois à la manière d’Ali Baba avec un code mais aussi à la manière d’un jeu contemporain avec un code couleur et un bip sonore. Cette « verticalisation » d’objet horizontaux se retrouvera dans la scène du sérail avec des lits verticaux, signes que les codes sociaux sont chamboulés.  Les lumières de Marc Delamézière soulignent tout à tour les espaces et les costumes de Jean-Michel Angays et Stéphane Laverne complètent le dispositif.

La direction d’acteurs est judicieusement pensée. Le chant comme le texte comporte de nombreuses répétitions. A ces répétitions vocales, le metteur en scène répond par un comique de répétition qui fonctionne : chaque apparition des hommes dans le sérail sera ponctuée par un cri d’effroi des choristes que ne renierait pas le cinéma. Les classes sociales sont particulièrement marquées. Si les retrouvailles de Konstanze et Belmonte se font au ralenti, dans la plus grande pudeur, ne se touchant que modérément, celles de Blonde et Pedrillo se font plus sonores, plus tactiles, plus enjouées. La dualité des personnages, des couples, renforce la dualité de l’espace scénique. Enfin cerise sur le gâteau, Blonde est … brune mais porte le nom de la couleur de la chevelure de sa maîtresse.

Dans la fosse, Jurjen Hempel tire le meilleur du petit effectif de l’orchestre de Toulon et dirige parfaitement musiciens chanteurs et choristes que la mise en scène de Tom Ryser a su utiliser avec intelligence. Aleksandra Kubas-Kruk en blonde Konstanze et Jeanette Vecchione en brune Blonde campent les deux rôles féminins complémentaires avec conviction et relèvent chacune pour sa partie les défis vocaux de l’œuvre.  Oleksiy Palchykov (Belmonte) et Keith Bernard Stonum (Pedrillo) leurs pendants masculins sont au diapason et ne se livrent pas à une guerre de ténors. Ils ont la grande intelligence comme le yin et le yang de former un tout en étant eux-mêmes, Oleksiy Palchykov (Belmonte) en retenue nobiliaire et Keith Bernard Stonum (Pedrillo) en serviteur-bouffon. Toute la salle attendait Taras Konoshchenko en Osmin dans Wie will ich triumphieren : allait-il descendre deux fois jusqu'au ré grave ? S’il y arrive à sa deuxième tentative, son ré grave manque de puissance mais cela n’aura en rien gâché la réussite de cet enlèvement, vraiment superbement enlevé.

L'enlèvement au Sérail - Opéra de Toulon -Provence-Méditerranée Aleksandra Kubas-Kruk, Oleksiy Palchykov, Keith Bernard Stonum, Tom Ryser, Taras Konoshchenko, Jeanette Vecchione ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comL'enlèvement au Sérail - Opéra de Toulon -Provence-Méditerranée Aleksandra Kubas-Kruk, Oleksiy Palchykov, Keith Bernard Stonum, Tom Ryser, Taras Konoshchenko, Jeanette Vecchione ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
L'enlèvement au Sérail - Opéra de Toulon -Provence-Méditerranée Aleksandra Kubas-Kruk, Oleksiy Palchykov, Keith Bernard Stonum, Tom Ryser, Taras Konoshchenko, Jeanette Vecchione ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comL'enlèvement au Sérail - Opéra de Toulon -Provence-Méditerranée Aleksandra Kubas-Kruk, Oleksiy Palchykov, Keith Bernard Stonum, Tom Ryser, Taras Konoshchenko, Jeanette Vecchione ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

L'enlèvement au Sérail - Opéra de Toulon -Provence-Méditerranée Aleksandra Kubas-Kruk, Oleksiy Palchykov, Keith Bernard Stonum, Tom Ryser, Taras Konoshchenko, Jeanette Vecchione ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Voir les commentaires

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Europe
Monaco - Printemps des Arts ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Monaco - Printemps des Arts ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

L’heure est décidément à l’oxymore en Principauté. Après une ouverture de la saison lyrique avec un film… muet, le printemps des Arts se risque à un concert de clôture tout en ouvertures… celles d’Hector Berlioz. Dirigé par Kazuki Yamada, l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo mettait en outre un de ses membres, la super-soliste Liza Kerob à l’honneur avec Rêverie et Caprice, Opus 8 H 88.  Le concert était précédé comme il se doit par les cinq minutes contemporaines avec la Sonate pour alto, Hora Lungâ de György Ligeti avec Ieva Sruogyte à l’alto.       

Si l’alto est rarement mis à l’honneur, il a retrouvé ses lettres de noblesses grâce aux interprétations successives d’Adrien La Marca dans Harold en Italie (http://un-culte-d-art.overblog.com/2017/04/musique-printemps-des-arts-monaco-je-ne-veux-que-berlioz-et-moi.html) et celle, plus fugace mais non moins intéressante, de Ieva Sruogyte dans la sonate pour alto, Hora Lungâ de György Ligeti. Le concert de ce soir permet d’ailleurs d’entendre à nouveau l’ouverture des Francs-Juges opus 3 dans une tout autre configuration. Un festival présente aussi cet avantage de faire entendre différentes versions d’une même œuvre à des dates rapprochées.  

Encore une fois ce portrait sonne juste. Il témoigne du bouillonnement intérieur qui anime Hector Berlioz, de sa fougue, de sa promptitude à innover, à inventer et de ses rapports compliqués avec le public de son temps. Le journaliste britannique Saki alias Hector Hugh Munro disait non sans humour Ne soyez jamais un précurseur : c'est toujours au premier chrétien qu'échoit le plus gros lion. Hector Berlioz aurait pu faire sienne cette maxime tant il a dû créer, détruire, adapter, batailler pour imposer son style. Outre l’ouverture des Francs-juges, seul vestige d’un opéra désormais disparu, Rob Roy, ouverture, H 54 inspiré du roman éponyme de Walter Scott, faillit subir le même sort. Longue, diffuse fort mal reçue du public et que je brûlai le même jour en sortant du concert rapporte le compositeur lui-même. Fort heureusement, une copie a survécu.

Benvenuto Cellini, opéra créé à Paris le 10 septembre 1838 fut lui-aussi très mal accueilli éloignant Berlioz de la scène pour longtemps. Franz Liszt sauvera l’œuvre en la dirigeant en 1852 à Weimar dans une version en trois actes remaniée par Hector Berlioz lui-même. Le remaniement touche aussi Les Troyens à Carthage. Jamais jouée du vivant de Berlioz, l’œuvre est  scindée en deux : La Prise de Troie d’un côté (actes 1 et 2 de la pièce initiale) et Les Troyens à Carthage (acte 3,4 et 5) auquel est ajouté un prologue orchestral qui est joué ce soir. Enfin Rêverie et Caprice, Opus 8 H 88 est une pièce elle-même tirée d’un aria pour Teresa au premier acte de Benvenuto Cellini adapté par Hector Berlioz.

Seules trois pièces données ce soir nous sont parvenues telles qu’elles avaient été prévues à l’origine : Waverley, grande ouverture, Opus 1 H 26, poème symphonique inspiré du roman de Sir Walter Scott, Le roi Lear, grande ouverture, Opus 4 H 53 inspirée de la pièce de William Shakespeare et l’ouverture de l’opéra Béatrice et Bénédict, créé en 1862.

Réentendre ces ouvertures, prologues et autres pièces permettent de comprendre la passion d’Hector Berlioz pour  William Shakespeare, Walter Scott, l’Antiquité ou encore l’Italie de la Renaissance. Le concert nous plonge dans le bouillonnement intellectuel qui accompagne Hector Berlioz. La musicalité de Liza Kerob, le talent incontestable de Kazuki Yamada pour la direction de la musique française font merveille mais il fallait une connaissance fine de la musique d’Hector Berlioz pour se repérer dans un programme dont l’ordre des pièces avait été changé au dernier moment. Ce fut le seul bémol de la soirée.

Monaco - Printemps des Arts - Kazuki Yamada et l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comMonaco - Printemps des Arts - Kazuki Yamada et l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comMonaco - Printemps des Arts - Kazuki Yamada et l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Monaco - Printemps des Arts - Kazuki Yamada et l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Voir les commentaires

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Théâtre, #Cinéma, #Littérature, #Patrimoine, #Amour
"Il Barbiere di Siviglia" de Gioachino Rossini - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Il Barbiere di Siviglia" de Gioachino Rossini - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Une œuvre quelle que soit sa nature questionne le monde qui l’entoure. Le Barbier de Séville de Beaumarchais ne fait pas exception à la règle : il questionne la société d’ancien régime, sa nature, son déterminisme social,  ses volontés d’ascension sociale parfois contrariées, entre autres. Mis d’abord en musique en 1782 par Giovanni Paisiello, Il barbiere di Siviglia, ovvero La precauzione inutile, dramma giocoso en quatre actes sur un livret de Giuseppe Petrosellini,  est repris par Gioachino Rossini, sur un livret de Cesare Sterbini en 1816. Une œuvre aussi connue que le Barbier de Séville que cela soit en art dramatique ou en art lyrique est source de nombreuses mises en scène. Mais le souci pour un metteur en scène est au moins triple. Comment l’œuvre qu’il va créer, monter, produire, questionne les deux temps : celui de l’œuvre et celui de la production ? Comment sa mise en scène va se démarquer des précédentes voire des créations quasi-mythiques ? Quels aspects contemporains peut-il mettre en avant sans dénaturer le texte ni se lancer dans le contresens ? En un mot comme en cent, sa production doit faire sens.

A ce jeu, il semble pourtant qu’Adriano Sinivia ait perdu la boussole et se soit complètement égaré. Il avait pourtant signé en 2014 le très inspiré Elisir d’amore de Gaetano Donizetti pour lequel déjà la question était de savoir si le parti pris allait tenir ou s’il n’était que gadget. Mais fort heureusement, le parti pris esthétique l’avait alors emporté (http://un-culte-d-art.overblog.com/2014/06/musique-opera-de-monte-carlo-monaco-tout-mon-amour-dans-cet-elixir.html). Le parti pris choisi pour monter l’œuvre de Gioachino Rossini est cinématographique mais pas dans la conception de l’œuvre, Adriano Sinivia surajoute à l’œuvre une équipe de tournage dans une version Cinecittà des années 50. D’entrée, ce qui tient lieu de parti pris de mise  en scène ne fonctionne pas : le public entre dans la salle avec les studios de Cinecittà à vue, puis le rideau se ferme et rien ne se passe sur scène pendant toute l’ouverture. Pour quelle raison mystérieuse le rideau se ferme t-il ? Pourquoi ce brusque retour au spectacle vivant ? Mystère. L’équipe de tournage interviendra de manière sporadique et non en continu surajoutant des scènes aux scènes puis disparaitront quasiment du second acte comme par (dés)enchantement.

Non seulement le désenchantement intervient très rapidement  mais le contresens sur la nature même du cinéma est total. Au cinéma comme au théâtre, l’art de faire du vrai avec du faux est une constante mais elle ne se pratique pas de la même manière. Le cinéma est aussi l’art du montage. Au cinéma, un homme qui entre par une porte est immédiatement filmé des deux côtés de la porte par la magie du montage. Or dans sa mise  en scène, Adriano Sinivia se voit contraint pour maintenir son parti pris de tourner la scénographie au point d’alourdir toute l’action. Pire, comme il veut montrer toute la chaine de production, du tournage au pince-fesse en passant par la postsynchronisation, il ponctue chronologiquement la production de diverses interventions. Mais pourquoi dans ces cas-là projeter des images sur les décors dans une scène sensée filmer une action en train de se tourner ?   L’affaire devient de moins en moins crédible et le parti pris se délite.  Le cinéma représenté comme un adjuvant du spectacle vivant y perd du coup toute sa nature. Visiblement, d’un point de vue cinématographique, Adriano Sinivia a confondu captation et art.

Sur le plateau, l’ensemble est inégal. Inégal dans la durée ou inégal d’un personnage à l’autre.  Dmitry Korchak (le Comte Almaviva) semble s’être entièrement réservé pour son air final Cessa di più resistere ressemblant comme deux gouttes d’eau à l’air final de la Cenerentola. Écrit par Gioachino Rossini pour satisfaire les ténors frustrés d’être si peu honorés, il est souvent supprimé des représentations en raison de sa difficulté en fin de spectacle. Dmitry Korchak s’en sort parfaitement mais il donne l’impression de n’avoir travaillé que son final… comme s’il misait tout sur la dernière impression. Ses vocalises, amplement et copieusement savonnées, auront auparavant crispé l’auditoire.  Mario Cassi finit par redresser un peu la barre en Figaro alors qu’à ses débuts, il n’était pas en mesure avec l’orchestre faisant craindre le pire. Bruno de Simone  est un Bartolo convenu. Sa prestation est correcte mais elle est sans surprise, ne crève pas l’écran pour rester dans le ton de la pseudo mise en scène.  Annalisa Stroppa (Rosina) dans cette distribution relève largement les manques mais c’est la basse Deyan Vatchkov dont l’interprétation vocale et scénique sauve l’ensemble d’un naufrage certain qui est de loin le plus convaincant. Et à ce jeu de massacre, il faut bien dire qu’Annunziata Vestri (Berta) et Gabriele Ribis (Fiorello) tirent leur épingle du jeu.

Peut-être eût-il mieux valu que cette équipe redondante filmât Tout ça... Pour ça ! de Claude Lelouch, les Naufragés de David Charhon ou mieux ! Ridicule de Patrice Lecomte.

"Il Barbiere di Siviglia" de Gioachino Rossini - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Il Barbiere di Siviglia" de Gioachino Rossini - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
"Il Barbiere di Siviglia" de Gioachino Rossini - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Il Barbiere di Siviglia" de Gioachino Rossini - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Il Barbiere di Siviglia" de Gioachino Rossini - Opéra de Monte-Carlo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Voir les commentaires

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Théâtre, #Mythe, #Moyen âge, #Amour, #Jalousie, #Violence, #guerre, #Patrimoine
"Tristan und Isolde" de Richard Wagner - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Tristan und Isolde" de Richard Wagner - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Un jour après avoir (re)découvert Elektra, mise en scène par Ruth Berghaus en 1986, le public lyonnais peut assister à une autre mise en scène mémorable : celle de Tristan et Isolde par Heiner Müller qui date de 1983. Changement notable, les musiciens ont réintégré leur fosse mais dans le public, chacun peut reconnaître des spectateurs de la veille et à la direction, ne semblant nullement éprouvé par sa performance de la veille, toujours Hartmut Haenchen.

Loin des pavillons qui claquent, des ponts de bateau construits à grand renfort de bois ou d’une chasse royale construite avec force têtes de cerf, le parti pris de mise en scène d’Heiner Müller réside dans l’épure. N’est-ce pas le propre d’ailleurs du sentiment amoureux avec ou sans filtres de se développer en dehors de tout artifice, toute démonstration, toute matérialité tapageuse ? Visiblement, Heiner Müller a souhaité faire évoluer ses personnages dans une scénographie simple modelée par la création lumière.

Le premier acte représente un pont de bateau en gros plan incliné vers la salle avec la mallette à philtre pour tout accessoire et deux quadrilatères dans lesquels sont enfermés les personnages. Veut-elle sortir, d’une palpation des mains sur une imaginaire paroi de verre, Isolde verra qu’elle ne peut s’échapper ni échapper à son destin. La lumière découpe délicatement les voiles sur la scénographie : tout est dit. La chasse royale ressemble davantage à une salle d’arme ou une armurerie, jonchée de cuirasses. Image cinématographique qui aurait toute sa place dans un péplum ou une œuvre de science fiction, elle symbolise l’intemporalité de l’œuvre. En revanche, comment ne pas voir un clin d’œil d’Heiner Müller à Samuel Beckett au troisième acte avec ce paysage dévasté, apocalyptique que ne renieraient ni  Fin de partie ni En attendant Godot, signe scénaristique des amours qui ne trouvent refuge que dans l’anéantissement.

Les chœurs n’interviendront comme la veille jamais sur scène. Ils seront toujours en coulisses. Sur scène, avec une économie appuyée du mouvement, les chanteurs se meuvent lentement. Annoncés souffrants, Ann Petersen (Isolde) et Alejandro Marco-Buhrmester (Kurwenal) étonnent… que doivent-ils être lorsqu’ils sont en forme ? L’Isolde d’Ann Petersen est à la hauteur de l’événement, joignant à une voix paradoxalement puissante et délicate, un jeu qui montre toutes les palettes du personnage : l’Isolde tour à tour hautaine, amoureuse, froide, fragile, combattante. Elle est parfaitement secondée par Ève-Maud Hubeaux (Brangäne). Quant aux deux derniers rôles qui doivent se sortir de deux terribles monologues en seconde partie : Daniel Kirch campe un Tristan parfait qui réussit un troisième acte redoutable et Christof Fischesser en Roi Marke apporte par sa voix sombre la touche juste à son personnage d’homme blessé et de mari trahi.

Les spectateurs ont-ils eu l’impression de voir une mise en scène datée ? Avec une telle épure, intrinsèquement intemporelle, visiblement non. L’intelligence de la mise en scène d’Heiner Müller fait et fera encore recette. Et puis, l’alliance de cette mise en scène mythique avec cette musique prodigieuse qui ne l’est pas moins, pillée par tous les cinéastes dont Lars van Trier pour symboliser la fin du monde dans Melancholia en 2011, nous transportent encore longtemps après que l’une s’est tue et que l’autre a disparu de notre champ de vision.

"Tristan und Isolde" de Richard Wagner - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Tristan und Isolde" de Richard Wagner - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
"Tristan und Isolde" de Richard Wagner - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com"Tristan und Isolde" de Richard Wagner - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

"Tristan und Isolde" de Richard Wagner - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 > >>