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Blog de mes curiosités

Articles avec #festival de cannes catégorie

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Amérique du Nord, #Festival de Cannes, #Religion, #Amour, #Jalousie
[Cinéma – Cinéma des Beaux Arts - Monaco] « Café society » de  Woody Allen : le bon film à la bonne place au bon moment

Faire la bonne chose, au bon endroit, au bon moment, tout l’art est là affirmait l’artiste allemand Joseph Beuys. Il semble que le Festival de Cannes ait eu l’idée de génie en proposant le film d’ouverture à Woody Allen et son Café Society. Oubliés le calamiteux Da Vinci Code de Ron Howard en 2006 (rebaptisé Da Vinci Daube par Philippe Azoury et Didier Peron dans Libération) ou le navrant Grace de Monaco d’Olivier Dahan en 2014 (rebaptisé Fenêtre sur Four par Franck Nouchi dans Le Monde), place à une œuvre, certes toujours contestable mais dont nul ne peut lui nier sa légitimité en ouverture du plus grand Festival de Cinéma.

Si l’on poursuit le parallèle, l’originalité de Beuys tient à ce que, non content de construire son œuvre sur le récit de sa vie, il retourne les termes du problème et s’efforce de mener son œuvre comme un projet existentiel. Or que montre le film Woody Allen dans Café Society ? New-York et Hollywood, le milieu du cinéma, une famille juive new-yorkaise et une boîte de jazz. Cela ne vous rappelle personne ? Si vous rajoutez une voix off qui n’est autre que celle de Woody Allen pour narrer les détails de l’histoire, vous obtenez comme chez Joseph Beuys une construction sur le récit de sa vie et une œuvre menée comme un projet existentiel.

Porté par sa propre voix et par un jazz lancinant tous au long du film, Café Society inocule au spectateur une moite béatitude qui le replonge dans les premières années du cinéma parlant ou plutôt dans la marche triomphante d’Hollywood. Par une subtile mise en abyme, le film qui parle de cinéma, rend hommage au cinéma, aux films qui ont fait sa renommée. Once upon a time in America de Sergio Leone n’est jamais très loin, Cotton Club de Francis Ford Coppola non plus d’ailleurs. Par l’humour, il tendrait d’ailleurs également vers Singing in the Rain de Stanley Donen.

Car Woody Allen, retrouve l’humour décapant de certains de ses anciens films : si le judaïsme avait promis la vie éternelle, il aurait sans doute eu davantage de clients lance un personnage provoquant l’hilarité générale dans la salle. Mais Woody Allen, dans son osmose avec Jesse Eisenberg qui tient le rôle du héros, lui fait dire Il a fallu que j'aille dans beaucoup d'autres villes pour comprendre à quel point j'aimais New York

Cela sonne comme une évidence, cela sonne comme un retour aux sources. Est-ce cette rétrospection qui donne à Café Society son charme irrésistible ? Café Society est un film harmonieux, fluide, élégant, délicat, porté par des acteurs parfaitement inspirés. Café Society est une comédie romantique pleine d’humour, de sel et de subtilité, Café Society est immanquable.

Café Society – Film de Woody Allen avec Jesse Eisenberg, Kristen Stewart, Steve Carell - Comédie dramatique – États-Unis - Sortie : 11 mai 2016 - 1h 36’

Cinéma des Beaux-arts - Monaco ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comCinéma des Beaux-arts - Monaco ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Cinéma des Beaux-arts - Monaco ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Festival de Cannes, #Amour, #Amérique du Nord
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« C’est l’histoire d’un meurtre dont on apprend tout à la fin que c’est le jardinier qui a fait le coup » a coutume de dire le plaisantin à propos d’un film dont on ne peut révéler grand-chose sur le propos.

Parler d’un film sans en dévoiler la substantifique moelle est toujours un exercice de style périlleux. C’est pourtant à cet exercice funambule qu’il faut se livrer avec Valley of Love de Guillaume Nicloux et tenter une approche comme on manierait une construction éphémère et fragile.

Valley of Love peut agacer, peut sembler nombriliste, égocentrique. Reposant à la fois sur son duo d’acteurs, Isabelle Huppert et Gérard Depardieu, sur une histoire des plus simples, « à la recherche du fils perdu », et dans un lieu mythique, la Vallée de la Mort, il a même pu être qualifié de « film-pitch et film-casting à l’état pur » par les Cahiers du Cinéma.

Et pourtant, l’ensemble fonctionne. Le film se construit comme un tableau pointilliste : point après point, le drame, qui a déjà eu lieu, apparaît au spectateur. Le passé se reconstruit lentement et les enjeux du film apparaissent. Cela pourrait finir par tourner en rond si Guillaume Nicloux n’avait eu l’intelligence d’orienter son film, non vers le fantastique comme il semblait en prendre le chemin, mais vers l’allégorique.

Il faut aimer évidemment l’allégorie tant elle transsude in fine de tous les protagonistes, de toutes les situations, de tous les ingrédients, de tout le décor. Le film finit par être son propre miroir et par tracer son sillon sur le signe, la trace et le sens. Qu’est-ce qu’un mythe ? Une œuvre ? Quelle empreinte laissons-nous ? Et impossible d’en dire davantage sans vous révéler… le rôle du jardinier.

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Proche orient, #Religion, #Adolescence, #Politique, #Cinéma, #Quinzaine des Réalisateurs, #Festival de Cannes
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Que peut-on faire de cinq sœurs nubiles ou en passe de l’être, sans parents, élevées par la grand-mère dans une Turquie orientale, campagnarde et réactionnaire ? Comment les femmes de tout âge s’accommodent ou non de cette situation ? C’est tout l’intérêt du film Mustang de Deniz Gamze Ergüven, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs du dernier festival de Cannes et sorti récemment en salle.

Mustang pourrait avoir tous les défauts du premier film : il est prévisible, présente des personnages aux limites du stéréotype, surligne en voix off ce qui se lit aisément à l’écran et pourtant Mustang finit par séduire et par emporter le spectateur.

Il ne faut pas minimiser le rôle des cinq jeunes filles non-professionnelles qui crèvent l’écran par leur joie de vivre, leur rébellion, leur beauté, leur faiblesse, leurs charmes. Leurs ruades donnent non seulement le titre au film mais également l’énergie à l’ensemble. De ce point de vue, Mustang est un film réussi sur l’adolescence, sur la capacité à la révolte de la jeunesse et, comme il se passe en Turquie à notre époque, il est une ode joyeuse au féminisme.

La réalisatrice Deniz Gamze Ergüven joue avec cette réalisation sur-vitaminée comme elle joue avec les symboles : des grands espaces marins dans lesquels il démarre, le film se poursuit inexorablement dans des lieux clos. Si d’aventure (et il y en a), les filles trouvent le moyen de s’échapper, la maison se mue grille après grille en une cage d’abord « claustrante » puis salvatrice.

Le propos se fait allégorique puis politique : chacune des sœurs, chacune des femmes cherchera le moyen de se sortir ou de s’accommoder de cette société machiste. En voie out, sortant d’un poste de radio ou de télévision, les propos, presque la fatwa, de Bülent Arinç, ex-porte-parole du gouvernement, ex-vice-Premier ministre et très proche du président Recep Tayyip Erdogan appelant les femmes à ne pas « rire en public », nous le rappellent clairement.

Face à de telles imbécillités, le spectateur ne peut qu’adhérer à Mustang… et ruer encore et encore !

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Festival de Cannes, #Adolescence, #Violence, #Amérique latine, #Amour, #Bad boys, #Epoque contemporaine
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Le titre sonne comme une rédemption et les premières images sont celles d’un amour naissant. Et pourtant les élues vont connaître l’enfer des trottoirs et de la prostitution.

Qui sont-elles ? Des filles mineures tombées dans les filets d’une mafia. Le double intérêt du film est de se concentrer sur une famille réduite, petit maillon d’une mafia qu’il est facile d’imaginer plus tentaculaire et de rendre par l’image l’aspect anxiogène et irrémédiable de la situation.

Le film parle de prostitution de mineures mais joue sur la contradiction amour-violence. Le film a pour cadre un milieu familial qui alterne bonhommie de façade et inhumanité de fond. La famille apparaît mécanique reproduisant de génération en génération, fratries après fratries, les mêmes gestes déshumanisés se dédouanant de tout par une violence rituelle et une déresponsabilisation de tous les instants. A l’écran, cela se traduit par la répétition de la même scène d’accueil d’une nouvelle proie.

Si le film parle de prostitution, il ne montre jamais d’ébats sexuels à l’écran mais il montre pire. Sur une succession de plans fixes sur des visages fermés soulignant la différence d’âge, de conditions sociale des protagonistes dont beaucoup viennent des États-Unis, la bande son relate toutes les postures et tous les fantasmes sexuels auxquels les filles sont livrées. L’impression de malaise envahit à nouveau le spectateur qui commençait justement à se détendre.

Pour compléter son atmosphère particulièrement anxiogène et dérangeante, David Pablos soigne particulièrement l’image et le cadrage. La photographie est esthétique, tranche avec l’obscénité de la situation, alterne plans larges régénérants sur les paysages et portraits déprimants des personnages dans diverses situations. La caméra enferme également ses protagonistes dans des sur-cadrages, dans un coin d’écran, leur enlevant ainsi cinématographiquement toute liberté de mouvement, toute possibilité d’action.

Le film, enfin, joue sur les tensions, nous entraine aux limites du supportable, aux frontières du tolérable avant de se muer en vague optimisme rapidement douché par une nouvelle situation, encore moins enviable. Toutes les solutions faciles que le spectateur échafaude dans son siège se retrouvent immédiatement battues en brèche par la construction du film qui a décidément prévu … de ne vous laisser aucun espoir, aucune échappatoire.

Les signataires du « manifeste des 343 salauds » qui s’est illustré en octobre 2013 combattant la pénalisation des clients de la prostitution seraient bien inspirés de voir ce film et d’en méditer les enjeux ... pour mieux se rebaptiser les 343 fumiers.

Festival de Cannes - Sélection Oficielle - Un Certain  Regard - David Pablos - Las Elegidas ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comFestival de Cannes - Sélection Oficielle - Un Certain  Regard - David Pablos - Las Elegidas ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Festival de Cannes, #semaine de la Critique, #Amérique latine, #Epoque contemporaine, #Nature, #mort
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Le premier plan du film, long et fixe, pose d’entrée les enjeux : au milieu de deux lignes de fuite bordées par des champs de canne à sucre barrées au loin par un camion, un homme seul, valise à la main, remonte une route poussiéreuse. Le camion qui finit par le doubler, le fait disparaître dans la poussière. L’homme est de face : ce n’est donc pas un départ mais une arrivée.

Pour son premier film, le Colombien César Augusto Acevedo choisit de distiller l’information et la narration dans un tempo très lent, le tempo de l’agonie. L’agonie est réelle, l’homme revient en fait au sein de sa famille, tenir une maison qu’il a abandonnée, et veiller son fils dont la fin semble inéluctable. L’agonie de la famille est latente, la sécheresse des dialogues en témoigne.

L’agonie se fait ici allégorique passant constamment de l’agonie du fils à l’agonie d’un monde paysan traditionnel pratiquant la culture vivrière face à l’agrobusiness florissant mais destructeur de la canne à sucre. Le film décline d’ailleurs l’allégorie tout au long de sa trame : le splendide arbre jouxtant la masure familiale sous lequel le fils vient se ressourcer, sous lequel le grand-père transmet l’essentiel à son petit-fils, joue le rôle de la permanence, de la résistance face à un monde qui change. De la même manière, le rêve avec un cheval fougueux enfermé dans une pièce qui finit par s’échapper, témoigne de l’impatience et la fougue de la jeunesse, l’impatience et la fougue qui a fait fuir le grand-père jadis ?

Car le film joue aussi sur les non-dits, sur les ellipses, sur les silences : du départ, le film n’en donnera jamais les raisons. De religion, il ne sera jamais question dans ce milieu rural d’Amérique latine. Il faut dire qu’à l’extrait de la Genèse : « Puis Dieu dit: Que la terre produise de la verdure, de l'herbe portant de la semence, des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur espèce et ayant en eux leur semence sur la terre. Et cela fut ainsi..», le film sonne plutôt comme une liturgie catholique d’avant carême « Souviens toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ».

Comme le clame Job dans la Bible, au plus profond de la détresse : « Me voilà devenu poussière et cendre. Je hurle vers toi, et tu ne réponds pas ». Autre allégorie de l’impuissance des hommes face à la mondialisation invisible et invincible. Belle démonstration.

Festival de Cannes - Semaine de la Critique - La Tierra y la Sombra - Cesar Augusto Acevedo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comFestival de Cannes - Semaine de la Critique - La Tierra y la Sombra - Cesar Augusto Acevedo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comFestival de Cannes - Semaine de la Critique - La Tierra y la Sombra - Cesar Augusto Acevedo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
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[Cinéma – Festival de Cannes - Semaine de la critique – Espace Miramar – Cannes]  Dégradé de Tarzan et Arab Nasser : et si l’enfer de Gaza, c’était vraiment les autres ?

Un an après le film Omar Hany Abu-Assad présenté en sélection officielle Un Certain Regard, la Semaine de la critique offre une place au cinéma palestinien avec Dégradé des frères jumeaux Tarzan et Arab Nasser. Le film des deux frères se déroule à Gaza mais adopte un point de vue particulier déroutant le spectateur : des images télévisuelles en boucle de Gaza régulièrement montrées par la télévision, Tarzan et Arab Nasser n’en veulent manifestement plus et c’est du point de vue de treize femmes attendent leur tour dans un salon de coiffure qu’ils décrivent le ressenti de la société gazaouie.

A l’intérieur, la conversation des femmes, véritable microcosme de Gaza, nous renseigne sur la situation politique à la manière d’un peintre pointilliste qui serait passé par le café du commerce. Elles sont de toute condition sociale, représentent toutes les tendances politiques, appliquent plus ou moins les règles de l’Islam ou du moins ce que les hommes en ont fait, se cherchent, se querellent, s’invectivent mutuellement. Quoiqu’elles fassent elles sont toutes logées à la même enseigne, elles subissent la loi de la guerre des hommes, elles doivent gérer au mieux leur condition, elles redoublent d’ingéniosité pour surmonter la pénurie générale d’essence et les coupures d’électricité qui empoisonnent leur quotidien.

De l’intérieur, la caméra observe les femmes, suit, épie les réactions, joue avec les miroirs, les reflets, les images. De l’extérieur, la caméra ne montrera d’abord que ce que la vitrine du salon veut bien montrer… temporairement. Pire, comme ces femmes, le spectateur ne ressentira de l’extérieur que ce que la bande son lui donne : le bruit lancinant d’un drone, les affrontements entre bandes rivales, les crissements de pneus puis les tirs à l’arme lourde … très lourde.

Et quand enfin, la caméra réussit à s’extirper du salon pour rendre compte de l’extérieur, le spectateur découvre que les tumultes qui ont agité les femmes à l’intérieur sont décuplées à l’extérieur : les bandes politiques palestiniennes rivales se livrent une guerre sans merci au point d’avoir même fait taire le drone israélien qui survolait la bande de Gaza au début du film.

Jean-Paul Sartre est de retour pour un nouveau Huis-clos. L’enfer c’est (vraiment) les autres.

Festival de Cannes - Semaine de la Critique - Dégradé de Tarzan et Arab Nasser © Semaine de la CritiqueFestival de Cannes - Semaine de la Critique - Dégradé de Tarzan et Arab Nasser © Semaine de la CritiqueFestival de Cannes - Semaine de la Critique - Dégradé de Tarzan et Arab Nasser © Semaine de la Critique

Festival de Cannes - Semaine de la Critique - Dégradé de Tarzan et Arab Nasser © Semaine de la Critique

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Publié le par Théodore Charles
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Changement de ton et de genre à la Semaine de la Critique avec la projection de Coin Locker Girl du coréen Han Jun-Hee en séance spéciale. En présence du directeur du Festival de Pusan, la salle Miramar s'est mise à l'heure coréenne, l'ambiance change radicalement car les Coréens applaudissent avant le film à toutes les annonces ... et elles sont nombreuses.

Coin Locker Girl démarre sur les chapeaux de roue. Contrairement à ce qu'indique le titre, le prmeier plan ne montre pas la découverte de la petite fille Il-Young dans la consigne de la gare dans laquelle elle a été abandonnée. Le film démarre en fait par son point de rupture. Très rapidement cependant, la caméra revient sur l'événement éponyme du film avant de passer rapidement au cœur de son sujet par une ellipse temporelle qui fait grandir la jeune Il-Young le temps d'un passage dans un corridor.

Faisant ouvertement référence dans son sujet à Johnny To (de la normalité de la mort dans la mafia asiatique) et dans son traitement à Quentin Tarantino (décoration en aspersion de sang rouge vif), Coin Locker Girl se compose de deux parties réunies (contrairement à Election 1 et 2de Johnnie To) dans le même film et qui pourraient s'intituler initiation et vengeance. La première partie est plutôt réussie mais l'histoire s’essouffle dans sa deuxième partie.

L'originalité du sujet (une mafia à direction féminine) est filmée avec vigueur par Han Jun-Hee et le film est porté par ses deux acteurs Kim Hye-Soo (la mère) et Kim Ko-Eun (Il-Young) mais finit par tomber dans le convenu, dans le conventionnel voire dans le cliché.

Cependant, il faut réagir comme le public coréen et voir ce film de genre pour ce qu'il est : un bon divertissement.

Festival de Cannes - Semaine de la Critique - Coin Locker Girl de Han Jun-Hee - Kim Go-Eun et Park Bo-Gum ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comFestival de Cannes - Semaine de la Critique - Coin Locker Girl de Han Jun-Hee - Kim Go-Eun et Park Bo-Gum ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comFestival de Cannes - Semaine de la Critique - Coin Locker Girl de Han Jun-Hee - Kim Go-Eun et Park Bo-Gum ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
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Premier film du jeune réalisateur Clément Cogitore, davantage connu dans les milieux des arts plastiques que du cinéma, Ni le Ciel, ni la Terre n’est pas encore un film sur la guerre mais une nouvelle représentation de la guerre. Clément Cogitore filme la guerre d’aujourd’hui en l’ancrant dans les conflits mythologiques en ayant recours à la symbolique.

Le cadre est donné très rapidement, deux camps retranchés sur deux éminences désertiques laissent entrevoir en milieu de film une gigantesque plaine. Une garnison française sous les ordres d’Antarès Bonassieu (Jérémie Renier) est chargée de surveiller et défendre ce col qui commande dans la région de Wakhan, la route vers le Pakistan et le Tadjikistan voisins. Comme Redacted de Brian de Palma, Clément Cogitore filme la guerre à travers un filtre dont nous connaissons le format par la médiatisation des guerres actuelles. La guerre est filmée à travers les nouvelles technologies notamment les caméras thermiques enregistrant les différents rayonnements infrarouges qui permettent en théorie de contrôler les images même la nuit. Utilisée par tous les soldats de la garnison, elles deviennent autant de focalisations internes donc autant de points de vue sur la guerre elle-même. La frontière entre les images du film et les images que certains jeux vidéo donnent à voir devient ténue.

Face à cette débauche de technologie ancrée dans la modernité de la guerre, les talibans du camp adverse semble relégués de plusieurs siècles en arrière avec leurs ruses pour disparaître dans le désert, leur harcèlement, leur armement. Les deux camps font en fait référence au passé et à leur culture respective. Antarès Bonnassieu a le prénom qui sied à sa fonction et à la situation : signifiant « comme Arès », le dieu de la guerre, il a une déclinaison arabe, Qalb al aqrab signifiant « le cœur du scorpion ». Le titre du film est tout aussi évocateur puisqu’il fait référence à un passage du Coran (sourate XLIV verset 29) qui fait lui-même référence à Moïse et à l’Exode : « Ni le ciel, ni la terre ne les pleurèrent et ils n’eurent aucun délai » ou « Les cieux, ni la Terre n’ont point pleuré sur eux, leur punition ne fut point différée » selon une autre traduction.

La symbolique se matérialise également à l’écran donnant au film non pas une dimension fantastique mais une dimension spirituelle, métaphorique. La guerre d’abord vécue devient rapidement ressentie. Dans le film, un chien puis quelques soldats à la manière des Ten little Indians (Dix petits Nègres en français) d’Agatha Christie finissent par disparaître. Le film nous apprendra peu après que le même sort touche les Talibans voisins. Longtemps cherchés, aucun des corps ne ressort du désert, pas même lors de la fouille de la grotte, symbolisant l’ensevelissement des corps que deux soldats ont vue en rêve.

La symbolique touche également le parti pris adopté. La manière de filmer témoigne d’un phénomène actuel qui touche tous les théâtres d’opération : la prise d’images réelles (tournées à l'aide d'une caméra fixée sur le casque du soldat), traitées en images virtuelles comme celles d'un jeu vidéo de tir en vue subjective puis partagées sur les réseaux sociaux. Ce phénomène aurait selon certains militaires des vertus thérapeutiques sur les soldats atteints de stress post-traumatique.

Le travail sur cette guerre qui ne rejette aucun mort, ni aucun corps mais qui multiplie les disparitions, le traitement de l’image en focalisation interne qui traite l’événement comme un jeu vidéo nous questionnent sur le statut des images, leur sens et notre propre vision de cette guerre : images réelles ou images ressenties, passées par le regard de militaires atteints de stress post-traumatique ?

Semaine de la Critique - Ni le Ciel, ni la Terre - Clément Cogotore - Jérémie Renier - Swann Arlaud ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comSemaine de la Critique - Ni le Ciel, ni la Terre - Clément Cogotore - Jérémie Renier - Swann Arlaud ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comSemaine de la Critique - Ni le Ciel, ni la Terre - Clément Cogotore - Jérémie Renier - Swann Arlaud ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
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A quelle caméra se fier dans le film Maryland d’Alice Winocour présenté en sélection officielle dans la catégorie Un Certain Regard ? Celles de la télésurveillance sensées reproduire le réel ou celle de la réalisatrice sensée construire la fiction ? En suivant Vincent (Matthias Schoenaerts), un ancien militaire et Jessie (Diane Kruger), femme d’un riche homme d’affaire libanais, Alice Winocour cherche à brouiller les pistes.

Dès les premières images, la réalisatrice suit Vincent dans le bus, rend compte de son stress post-traumatique, de ses troubles de la perception, le colle, le plaque et l’accompagne dans sa sortie précipitée. Intégrée dans une équipe chargée de la sécurité de la propriété Maryland, résidence d’un riche homme d’affaire libanais, la réalisatrice poursuit son travail de traque, le suit dans ses pulsions, témoigne de sa difficulté à mettre à distance. Mais comme s’il se sentait épié par la réalisatrice, l’homme tout en tension se radoucit et poursuit sa mission.

Dès qu’il est aux commandes des caméras de surveillance, les rôles s’inversent, de traqué par la caméra, il devient traqueur et il retrouve une sérénité : il peut épier, regarder, suivre, surveiller… il se sent en sécurité.

Embauché comme homme à tout faire dans cette résidence, Vincent emmène Jessie et son fils à la plage. Loin des caméras de surveillance, Vincent s’agite à nouveau, est repris par ses tourments, son stress. La réalisatrice le scrute à nouveau en gros plan, dissèque son inquiétude, rappelle ses troubles. La caméra ne donne pas à voir de danger particulier si ce n’est cette voiture entraperçue dans le rétroviseur. A ce moment précis, la réalisatrice le filme dans ce qui apparait comme une réaction paranoïaque.

Coup de théâtre et sursaut du spectateur dans la salle, l’agression surgit. De retour à la résidence, la vidéosurveillance prend la suite sauf qu’elle ne remplit plus son office : elle ne films plus le réel, elle n’est plus efficiente, elle n’alerte plus, elle ne protège plus. La caméra de la réalisatrice reprend alors le dessus pour compléter le portrait de son personnage.

Filmé nerveusement en gros plans, elle le suit dans ces lieux clos, elle le suit dans son combat contre des ennemis invisibles. La caméra filme sa renaissance : l’action.

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Publié le par Théodore Charles
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Qui peut comprendre Paulina ? Peu de monde à vrai dire tant son attitude déroute sa famille, son copain, ses amis jusqu’au spectateur bien calé dans son fauteuil. Le film est donc … surprenant.

Que fuit Paulina ? Une réussite sociale téléguidée par d’autres ? Un père envahissant ? Un amour déjà pantouflard ? Et si Paulina (interprétée par Agustina Llambi Campbell) fuyait tout simplement tout compromis ne lui permettant pas d’atteindre son idéal ? Braquée, souple comme un verre de lampe, peu pragmatique jugeraient les défenseurs acharnés des compromis voire des petites compromissions.

Son père, juge, trouve sa fille brillante et promise à un grand avenir juridique. Son copain ne rêve que de s’installer avec elle dans sa région natale, une province pauvre proche du Paraguay. C’est décidé ! Paulina quittera donc la carrière prévue par Papa pour enseigner les sciences politiques dans une école de la région de son copain … mais sans lui.

Pour vivre son idéal, Paulina doit s’accrocher car elle collectionne les ennuis comme d’autres les timbres-poste : dépassée dans son cours, violée par un groupe dont elle reconnaît les membres, enceinte de son viol, elle décide de conserver l’enfant au grand dam de son entourage qui ne comprend rien au fonctionnement de Paulina.

Toute la force du film est là : montrer sans juger, proposer sans imposer, questionner sans démontrer. Et Santiago Mitre adopte d’ailleurs le principe de la déconstruction du récit avec un parti-pris à points de vue pour montrer toutes les interactions de l’histoire, en définir toutes les facettes, en décortiquer les enchaînements, aborder tous les non-dits. Loin de casser la narration, Santiago Mitre l’enrichit.

Paulina surprend, Paulina questionne longtemps après le générique de fin, Paulina dérange sans choquer, Paulina est une interrogation sur la justice, l’engagement, l’idéal, le renoncement. Bref Paulina est une réussite.

Festival de Cannes - Semaine de la Critique - Paulina - Santiago Mitre ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comFestival de Cannes - Semaine de la Critique - Paulina - Santiago Mitre ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comFestival de Cannes - Semaine de la Critique - Paulina - Santiago Mitre ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Festival de Cannes - Semaine de la Critique - Paulina - Santiago Mitre ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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