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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Festival de Cannes, #semaine de la Critique, #guerre, #Violence, #Proche orient, #Epoque contemporaine
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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Premier film du jeune réalisateur Clément Cogitore, davantage connu dans les milieux des arts plastiques que du cinéma, Ni le Ciel, ni la Terre n’est pas encore un film sur la guerre mais une nouvelle représentation de la guerre. Clément Cogitore filme la guerre d’aujourd’hui en l’ancrant dans les conflits mythologiques en ayant recours à la symbolique.

Le cadre est donné très rapidement, deux camps retranchés sur deux éminences désertiques laissent entrevoir en milieu de film une gigantesque plaine. Une garnison française sous les ordres d’Antarès Bonassieu (Jérémie Renier) est chargée de surveiller et défendre ce col qui commande dans la région de Wakhan, la route vers le Pakistan et le Tadjikistan voisins. Comme Redacted de Brian de Palma, Clément Cogitore filme la guerre à travers un filtre dont nous connaissons le format par la médiatisation des guerres actuelles. La guerre est filmée à travers les nouvelles technologies notamment les caméras thermiques enregistrant les différents rayonnements infrarouges qui permettent en théorie de contrôler les images même la nuit. Utilisée par tous les soldats de la garnison, elles deviennent autant de focalisations internes donc autant de points de vue sur la guerre elle-même. La frontière entre les images du film et les images que certains jeux vidéo donnent à voir devient ténue.

Face à cette débauche de technologie ancrée dans la modernité de la guerre, les talibans du camp adverse semble relégués de plusieurs siècles en arrière avec leurs ruses pour disparaître dans le désert, leur harcèlement, leur armement. Les deux camps font en fait référence au passé et à leur culture respective. Antarès Bonnassieu a le prénom qui sied à sa fonction et à la situation : signifiant « comme Arès », le dieu de la guerre, il a une déclinaison arabe, Qalb al aqrab signifiant « le cœur du scorpion ». Le titre du film est tout aussi évocateur puisqu’il fait référence à un passage du Coran (sourate XLIV verset 29) qui fait lui-même référence à Moïse et à l’Exode : « Ni le ciel, ni la terre ne les pleurèrent et ils n’eurent aucun délai » ou « Les cieux, ni la Terre n’ont point pleuré sur eux, leur punition ne fut point différée » selon une autre traduction.

La symbolique se matérialise également à l’écran donnant au film non pas une dimension fantastique mais une dimension spirituelle, métaphorique. La guerre d’abord vécue devient rapidement ressentie. Dans le film, un chien puis quelques soldats à la manière des Ten little Indians (Dix petits Nègres en français) d’Agatha Christie finissent par disparaître. Le film nous apprendra peu après que le même sort touche les Talibans voisins. Longtemps cherchés, aucun des corps ne ressort du désert, pas même lors de la fouille de la grotte, symbolisant l’ensevelissement des corps que deux soldats ont vue en rêve.

La symbolique touche également le parti pris adopté. La manière de filmer témoigne d’un phénomène actuel qui touche tous les théâtres d’opération : la prise d’images réelles (tournées à l'aide d'une caméra fixée sur le casque du soldat), traitées en images virtuelles comme celles d'un jeu vidéo de tir en vue subjective puis partagées sur les réseaux sociaux. Ce phénomène aurait selon certains militaires des vertus thérapeutiques sur les soldats atteints de stress post-traumatique.

Le travail sur cette guerre qui ne rejette aucun mort, ni aucun corps mais qui multiplie les disparitions, le traitement de l’image en focalisation interne qui traite l’événement comme un jeu vidéo nous questionnent sur le statut des images, leur sens et notre propre vision de cette guerre : images réelles ou images ressenties, passées par le regard de militaires atteints de stress post-traumatique ?

Semaine de la Critique - Ni le Ciel, ni la Terre - Clément Cogotore - Jérémie Renier - Swann Arlaud ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comSemaine de la Critique - Ni le Ciel, ni la Terre - Clément Cogotore - Jérémie Renier - Swann Arlaud ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comSemaine de la Critique - Ni le Ciel, ni la Terre - Clément Cogotore - Jérémie Renier - Swann Arlaud ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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