Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

un-culte-d-art.overblog.com

Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Nature, #Danse, #Arts plastiques, #arts numériques, #environnement, #utopie, #Théâtre, #Peinture, #Violence
© Théodore Charles un-culte-d-art.overblog.com
© Théodore Charles un-culte-d-art.overblog.com

Récital de Diana Damrau à l’opéra de Monte-Carlo ou installation du Logoscope ? Tel est le dilemme de cette soirée rapidement tranché par le titre alléchant de la proposition du Logoscope révolution agraire, installation performance à l’aire de l’anthropoScène. Cela titille davantage ma curiosité que les airs connus de Lucia di Lammermoor, I Capuleti e i Montecchi, I Puritani, La Sonnambula, La Traviata, Simon Boccanegra entrecoupés d’ouvertures d’opéras célèbres.

L’article publié sur ce blog en date du 22 février 2015, s’intitulait Le Logoscope : 18 ans et toujours aussi farceur et rendait compte d’un spectacle intitulé Abats en concert. Je pensais en être quitte mais c’était sans compter sur l’équipe du Logoscope et en particulier Agnès Roux et Mimoza Koïke qui ont décidé dans une sorte de flash-back logoscopique de nous renvoyer aux origines… des abats que le Logoscope nous a servis en concert un mois plus tôt.

En voulant répondre à la question : « quel type d’anticipation peut-on encore envisager ? », l’union des plateformes arts numériques et arts vivants du Logoscope s’est savamment penchée sur le problème. Composée de la danseuse -chorégraphe Mimoza Koïke, des artistes à media multiples Agnès Roux et Christian Selvatico, de la scénographe costumière Leslie Bourgeois avec la complicité de deux danseurs des Ballets de Monte-Carlo : Bruno Roque et Asier Edeso, l’équipe artistique nous a livré sa vision de la problématique.

Transcendant mon cher Ionesco qui estimait que "Vouloir être de son temps, c'est être déjà dépassé.", la réponse du Logoscope à la question n’a pas tardé à fuser. Toujours en écho à Ionesco : « On ne peut prévoir les choses qu'après qu'elles soient arrivées", le même Logoscope s’est appliqué à nous démontrer qu’on pouvait prévoir le passé en écrivant de l’anticipation : en gros, l’anticipation est déjà derrière nous.

Invité à monter sur scène pour observer l’installation au plus près, le spectateur peut y observer à l’avant-scène, deux personnages grimés et sombres comme sur le tableau dans une posture reproduisant l’Angélus de Jean-François Millet. Poursuivant sa pérégrination scénique, il observe alors au sol la représentation de parcelles agraires (avec salades) et au fond de scène, remplaçant l’église, trois corps sanguinolents suspendus à une barre symbolisant les deux aspects nutritifs de l’activité paysanne : l’agriculture et l’élevage.

Seul élément contemporain de cette scène inerte pendant toute la partie « visite au musée », un dispositif écran suspendu en fond de scène, relayant par caméra interposée ce qui se déroule au sol transformant la vision et la version que le spectateur a de la scène.

Passé cette période de recueillement éternel des deux paysans de l’Angélus de Millet, l’ensemble s’anime, les paysans vaquent, les trois danseurs deviennent basse-cour et avancent sur pointe, cassant leur corps à chaque pas, un manteau de fourrure rappelle subrepticement que l’élevage est affaire de bêtes à poil et à plumes. Et soudain l’humanité se déshumanise : la part animale de l’homme reprend le dessus et cherche à dominer définitivement ce monde qu’il était sensé partager avec les autres espèces. D’élément dans la chaine alimentaire, il devient élément perturbateur.

Commencé sur le mode de l’invitation au Voyage de Baudelaire « Là, tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté », le recueillement devient agitation, voire chaos. Le « changement d’époque géologique qui aurait débuté à la fin du 18ème siècle avec la révolution industrielle » dixit le logoscope fait de la Terre un laboratoire d’apprentis sorciers où le cannibalisme symbolisé sur scène n’est jamais très loin en termes d’avidité des espaces et des êtres. Le gaspillage s’invite sur scène et les salades saccagées embaument la salle.

Le logoscope est remonté à une des sources ambivalentes de notre humanité : la production de masse qui présente l’immense vertu de nous satisfaire matériellement mais au prix de quels déséquilibres ? Production agricole en masse peu respectueuse des espèces, production industrielle en masse cannibalisatrice en ressources puis inexorablement colonisation en masse à l’aune du XXème siècle, conflits en masse dès 1914 et élimination en masse avec les génocides de l’époque contemporaine.

« Notre monde vient d'en trouver un autre (et qui nous garantit que c'est le dernier de ses frères, puisque les Démons, les Sibylles et nous, avons ignoré celui-ci jusqu'à cette heure ?) » disait Montaigne parlant des Amériques, le Logoscope nous en fait découvrir un autre, sauf que c’est … le nôtre.

Monaco - Logoscope - Révolution agraire © Théodore Charles un-culte-d-art.overblog.comMonaco - Logoscope - Révolution agraire © Théodore Charles un-culte-d-art.overblog.comMonaco - Logoscope - Révolution agraire © Théodore Charles un-culte-d-art.overblog.com
Monaco - Logoscope - Révolution agraire © Théodore Charles un-culte-d-art.overblog.comMonaco - Logoscope - Révolution agraire © Théodore Charles un-culte-d-art.overblog.comMonaco - Logoscope - Révolution agraire © Théodore Charles un-culte-d-art.overblog.com

Monaco - Logoscope - Révolution agraire © Théodore Charles un-culte-d-art.overblog.com

Commenter cet article