Blog de mes curiosités
18 Juillet 2019
Lyon - Opéra - "Lessons in Love and Violence" de George Benjamin ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Est-il nécessaire de changer une équipe qui gagne ? Après le succès de Written on skin de George Benjamin sur un livret de Martin Crimp mis en scène par la britannique Katie Mitchell avec une scénographie de Vicki Mortimer en 2012, pourquoi ne pas renouveler l’équipe au sens large pour proposer Lessons in Love and Violence ? La ressemblance ne s’arrête d’ailleurs pas là. Si Written on skin s’appuyait sur une légende occitane du XIIème siècle, Lessons in Love and Violence s’inspire d’une des dernières pièces de Christopher Marlowe Edouard II. Elle s’appuie plus qu’elle ne l’adapte à la scène lyrique car l’œuvre de George Benjamin et de Martin Crimp est bien plus intemporelle que celle de Christopher Marlowe et s’inspire également de l’histoire anglaise du XVIIème siècle et du Roi Jacques Ier Stuart et de l’incontournable William Shakespeare.
Lessons in Love and Violence est une commande internationale coproduite par plusieurs opéras dont ceux de Lyon, Amsterdam, Chicago, Madrid et Londres où il a été créé. Il décrit les luttes et les violences du pouvoir devant un jeune prince témoin malgré lui des mauvais choix politiques de son entourage. L’entourage est surtout formé par un quatuor amoureux et compliqué composé du Roi, de son amant prétentieux et vénal, de sa femme manipulée par son conseiller-amant. Les éternels thèmes intemporels du pouvoir, de l’amour, de la jalousie sont donc réunis.
Pour marquer l’intemporalité, la scénographie comme les costumes sont résolument contemporains mais les rites (l’Habillage et déshabillage du Roi en public comme à la cour du Roi Soleil) ou les objets symboliques (la couronne, la dague ou le collier de permes) renvoient à des traditions multiséculaires. Pour bien marquer le temps qui passe et l’aspect cyclique des événements qui se répètent sans cesse avec d’autres protagonistes, la scénographie tourne à 90 degrés à chaque changement de scène qui sont au nombre de sept, chiffre magique, addition du quatre symbole de la terre et du trois symbole du ciel. A chaque changement, l’œil du spectateur doit donc adopter un nouveau point de vue tandis que l’aquarium se vide et que les objets d’art disparaissent… signe qu’il y a quelques chose de pourri au Royaume…
Le baryton Stéphane Degout campe un Roi dépassé, confondant conduite publique de la nation et conduite privée de son amant. Tel le corps du roi qui ne meurt jamais, sa voix ne faiblit à aucun moment ; seul son jeu d’acteur témoigne de sa lente descente aux enfers. Son amant de scène, Gaveston, est incarné par le baryton Gyula Orendt qui marque vocalement et scéniquement son ascendant sur le personnage du Roi. Jusque dans sa chute, il est bravache. Avec son éternel verre ou sa sempiternelle cigarette à la main, voire les deux, Georgia Jarman campe une Reine Isabelle terriblement déchirée par la manipulation dont elle est l’objet. Elle marque également sa détresse grâce à ses inflexions vocales. La voix sombre et sûre du ténor Peter Hoare en fait un comploteur et le manipulateur idéal qui alterne scènes de force et scène de ruse avec une agilité sans pareille. Si Ocean Barrington-Cook est un rôle muet (la princesse), Samuel Boden est un prince shakespearien qui rappelle évidemment Hamlet ce que la scène de lamentation du Roi David, interprété par Hannah Sawle et Katherine Aitke et tiré de la pièce éponyme dans une mise en abyme théâtrale, souligne.
L’ensemble enfin est galvanisé depuis la fosse par le jeune chef Alexandre Bloch qui contribue à la réussite de l’ensemble : son interprétation intelligente qui varie puissance et tempi en fonction de l’intensité dramatique du plateau, témoigne de sa parfaite assimilation des enjeux de cet ouvrage contemporain.
Lyon - Opéra - "Lessons in Love and Violence" de George Benjamin ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Opéra National de Lyon - Site officiel