Blog de mes curiosités
21 Mars 2026
Lors de la première de Pelléas et Mélisande le 30 avril 1902 à l'Opéra-Comique à Paris sous la direction d'André Messager, la salle se trouva rapidement coupée en deux entre impression d’assister à un tournant dans la représentation lyrique pour les uns et incompréhension générale ponctuée d’éclats de rire et de quolibets pour les autres. Cent vingt ans plus tard, à l’opéra de Monte-Carlo, la pièce divise toujours sauf que c’est au nombre de départs à l’entracte que cela se voit.
Pelléas et Mélisande est une pièce de théâtre symboliste en cinq actes de Maurice Maeterlinck, créée le 17 mai 1893 au Théâtre des Bouffes-Parisiens à Paris, pièce peu jouée désormais entrée dans la postérité grâce à Claude Debussy qui en tire un opéra en cinq actes (12 tableaux) dans une œuvre considérée par le compositeur lui-même comme un drame lyrique.
Mais peut-on dégager quelques caractéristiques du symbolisme ? Assurément, le pessimisme ambiant, l'ésotérisme, la mélancolie en font partie. S’ajoutent au théâtre l'effacement du cadre spatio-temporel, les personnages, sans passé, qui traversent l’œuvre comme on traverse une scène, des décors qui ne visent pas à imiter la réalité et une scène généralement dans la pénombre comme pour mieux savourer le texte.
Le metteur en scène Jean-Louis Grinda, très inspiré a su rendre contemporain tous ces éléments. Jouant sur la pénombre et la lumière en collant au livret dont il a une parfaite connaissance, il joue sur le contraste des scènes dans la pénombre et des scènes très lumineuses. Le néon, un des matérieux de la création contemporaine, sert ici non seulement d’élément structurant la scénographie de manière simple et efficace mais également d’élément porteur de lumière, d’espoir dans ce drame qui devient de plus en plus anxiogène.
Se mouvant dans ce cadre, les personnages apparaissent sans histoire, sans passé. « Je suis née un dimanche, Un dimanche à midi… » chantera Mélisande et c’est tout ce que le spectateur saura de son histoire passée. Arkel est le grand-père de Golaud et Pelléas, ils ont la même mère mais pas le même père. Du père de Golaud, nous ne saurons rien tandis que le père de Pelléas, qui n’apparaîtra jamais autrement que dans les dialogues, se meurt.
Pour incarner cette œuvre, le plateau devait être exceptionnel et il le fut : le trio formé par Huw Montague Rendall (Pelléas), Gérald Finley (Golaud) et Léa Désandré (Mélisande) nous emporte dans ses tourments tant par le jeu d’acteurs que la poétique du chant. Le public frémit, s’apitoie, prend peur, vibre dans le tourbillon de ces personnages. Laurent Naouri qui, de Golaud devient Arkel, impose sa présence de patriarche. Marie Gautrot (Geneviève), Jennifer Courcier (Yniold), Przemyslaw Baranek (le médecin), Stefano Arnaudo (un berger) complètent idéalement le plateau. Parfaitement dirigés, ils présentent un subtil équilibre au service de l’œuvre. N'en déplaise à ses détracteurs, Kazuki Yamada fait, à nouveau, merveille dans la musique française en général et dans Pelléas et Mélisande en particulier. Direction inspirée qui colle à l’histoire et aux impressions dégagées par l’œuvre ainsi portée par un Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo en grande forme.
Public conquis pour cette dernière, plus qu’à une des représentations où, dit la rumeur, des mélomanes de papier ont disparu à l’entracte… dommage pour eux.