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[Musique – Opéra de Monte-Carlo – Monaco] Otello l’enfermement d’une île pour un jeune premier

Monaco - Opéra de Monte-Carlo - Otello ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Monaco - Opéra de Monte-Carlo - Otello ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Ne l’oublions jamais ! Otello est une histoire d’enfermement qui se déroule sur l’île de Chypre à partir du deuxième acte. Et pour rappeler que l’action et ce drame se déroule dans cet environnement aqueux, la vidéo subtilement dosée de la production plongera le public dans une tempête qui pourra toujours servir pour La Nuit des Rois ou la Tempête du même William Shakespeare. Même Desdémone étranglée, tradition oblige, se retrouvera baignant dans une piscine : l’eau et l’enfermement en même temps. Car l’enfermement est le deuxième élément du parti pris scénographique. Tout se déroulera dans un décor unique symbolisant une sorte de cour intérieure traversée par une passerelle : la passerelle permet de se jouer des situations alambiquées du drame shakespearien, le décor unique évolue à la marge pour symboliser tour à tour les jardins, la chambre, etc.

Cette scénographie  intelligente de Bruno de Lavenère permet au metteur en scène Allex Aguilera de faire  évoluer son monde en utilisant toute la scène jusque dans sa verticalité. La passerelle s’avère efficace pour faire évoluer à vu les protagonistes et les escaliers sont parfaits pour masquer ceux qui épient ou écoutent. Enfin la scène est plongée dans une pénombre qui est de bon aloi pour un ouvrage qui nous amène inexorablement du côté obscur si ce n’est de la force du moins de l’âme humaine. La direction d’acteurs d’ Allex Aguilera est par ailleurs très précise.

Dans la fosse, Daniele Callegari accompagne parfaitement le drame avec l’intelligence du chef qui sait que la partition fait partie intégrante du drame qui se noue. Les spectateurs sont ainsi entièrement concentrés, guidés musicalement et scéniquement  jusqu’à l’aboutissement final qu’ils connaissent pourtant parfaitement. Sur le plateau, Les chœurs sont comme à l’accoutumée parfaitement réglés. Les rôles dits secondaires sont dans Otello d’une importance capitale : Ian Hotea campe un Cassio parfait aussi à l’aise vocalement que scéniquement et  la basse coréenne In-Sung Sim revient heureusement sur la scène monégasque en Lodovico.

Pour réussir Otello, un double équilibre doit opérer : équilibre entre les trois protagonistes et équilibre dans chacun des personnages. Entre Maria Agresta, George Petean et Gregory Kunde, le courant scénique passe et apporte à la tragédie toute sa crédibilité aucun ne laissant paraître son ascendant sur l’autre : la jalousie peut alors faire sa sinistre besogne en toute crédibilité.  Desdémone doit paraître à la fois  opiniâtre à défendre son honneur et naïve dans sa manière de le faire ; Maria Agresta arrive à équilibrer au gramme près ce difficile dosage. De la même manière le rôle de Iago pour être crédible doit se jouer en extrême finesse. Ce qui rend Iago si dangereux c’est son étonnante inoffensivité, et là George Petean sait moduler la puissance de sa voix, de son caractère et de son être pour camper un traitre donc n’importe quel spectateur de la salle Garnier aurait voulu la peau à la fin de la représentation.

Enfin, à tout seigneur tout honneur, le jeune premier Gregory Kunde relance à 65 ans sa carrière en Europe. Après avoir fait une première carrière dans des rôles de ténor rossinien, Grégory Kunde s’attaque désormais à des rôles de ténor plus dramatique. Prévu pour jouer Otello à l'Opéra de Paris,  Aleksandrs Antonenko a jeté l’éponge. Roberto Alagna  étant pris par ailleurs, la production s’est alors tournée vers Gregory Kunde. Certes il avait interprété le rôle-titre  en 2007 à Pesaro mais c'était l'Otello de Gioachino Rossini dont la tessiture n'a strictement rien à voir.  Désormais Gregory Kunde est un des rares ténors au monde si ce n'est le seul à avoir chanté les deux Otello, le rossinien et le verdien. D’aucuns disent d’ailleurs qu’il est en train de réussir sa reconversion vocale là où Luciano Pavarotti n’a jamais convaincu. L’époque n’est pas la même et Gregory Kunde possède des atouts que son prédécesseur n’avait pas : une vocalité multiple, une maîtrise des langues étrangères, une présence scénique incontestable et un investissement dans ses personnages. Dans Otello, il incarne parfaitement tant vocalement que scéniquement le doute, la jalousie et la folie meurtrière. Nul doute que le jeune premier a encore de beaux rôles devant lui.

Monaco - Opéra de Monte-Carlo - Otello ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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