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27 Avril 2019
Toulouse - Capitole - "Ariane et Barbe-Bleue" de Paul Dukas ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Ariane et Barbe-Bleue est un opéra ou un conte musical en trois actes composé par Paul Dukas entre 1899 et 1906 sur un livret de Maurice Maeterlinck. Initialement, Maurice Maeterlinck avait réservé le droit d'utiliser sa pièce en tant que livret d'opéra à Edvard Grieg. Il fallut donc attendre son désistement pour que Paul Dukas puisse l’adapter. Ariane et Barbe-Bleue est créée le 10 mai 1907 à l'Opéra Comique de Paris et, signe de son succès, créée en mars 1911 par Arturo Toscanini au Metropolitan Opera House. Que vient faire Ariane dans l’intrigue de Barbe-Bleue ? Libérer les cinq premières femmes de Barbe-Bleue mais comme rien ne se passe comme prévu, les cinq femmes de Barbe-Bleue refusent la liberté que leur apporte Ariane, car leur enfermement est surtout mental.
C’est donc un enfermement symbolique qui cloître ces femmes dont les noms, tout aussi symboliques, sont inspirés de pièces antérieures de Maurice Maeterlinck : Pelléas et Mélisande (1893) pour Mélisande, Alladine et Palomides (1894) pour Alladine, La mort de Tintagiles (1894) pour Ygraine et Bellangère et Aglavaine et Sélysette (1896) pour Sélysette. La pièce de Maurice Maeterlinck comme le livret de Paul Dukas jouent énormément avec les symboles notamment avec les oppositions : liberté / esclavage, jour / nuit, volontariat / contrainte, etc. Et c’est donc naturellement que le metteur en scène Stefano Poda inscrit sa proposition dans le symbolique tout en s’en affranchissant certaines fois.
Sur le plateau, un mur de scène représente les sept portes ainsi qu’un agglomérat monstrueux de corps enchevêtrés que les chanteurs escaladent à l’aide d’escaliers et de paliers. Il symbolise Barbe-Bleue. Tout aussi symbolique d’Ariane sera le labyrinthe en plexiglas qui descendra sur les chanteurs au deuxième acte. Si Stefano Poda avec la complicité de Paolo Giani s’affranchit des contraintes du jour et de la nuit, de la lumière de la cour et de l’obscurité des souterrains, il remplace habilement la problématique en doublant chaque personnage par une danseuse symbolisant son ombre qui le suit pas à pas. Cette dichotomie jour / nuit, être / ombre est d’ailleurs reprise sur chaque costume blanc qui possède une base noire, comme l’ombre colle au corps. Si dans le texte, la Nourrice est le reflet d'Ariane, son double craintif et conservateur, Stefano Poda fait du rôle muet d’Alladine, le reflet inversé d’Ariane… même leur robe respective inspirée de la Médée de Pier Paolo Pasolini est à motif inversé. L’idée est certes contestable mais elle a le mérite de proposer une interprétation.
Le plateau est très vivant et s’accommode des difficultés scéniques que représentent le labyrinthe ou les escaliers du mur de scène. Les danseuses-ombres collent à leur personnage et la direction d’acteur est précise. Le dynamisme tranche avec le silence qui envahit la salle à l’ouverture du rideau pendant de longues minutes. Certes certains partis pris de mise en scène questionnent comme le long baiser d’Alladine (Dominique Sanda) et Barbe-Bleue à l’arrivée d’Ariane mais la performance d’ensemble fait oublier ces quelques interrogations. La précision de l’ensemble et l’occupation permanente des personnages sur le plateau permettent notamment de se sortir habilement d’un certain nombre de tunnels inhérents à l’œuvre.
Évidemment sur le plateau, l’équilibre est impossible à trouver tant le rôle d’Ariane écrase en durée tous les autres. Vincent Le Texier apparait ainsi comme un Barbe Bleue de luxe tant les quelques phrases qu’il a à chanter ne le valorisent pas forcément. Fort heureusement , il compense son manque à chanter par une belle présence scénique ; c’est un acteur chanteur apparemment très malléable. Outre le rôle muet d’Alladine duquel s’acquitte sans problème Dominique Snada, les quatre autres femmes sont parfaitement interprétées par Eva Zaïcik (Sélysete), Andreea Soare (Mélisande) Erminie Bmondel (Bellangère) et Marie-Laure Garnier (Ygraine) qui semble un cran au dessus de ses partenaires.
La performance de Sophie Koch en Ariane est évidente. De bout en bout, sans fatigue, elle incarne une Ariane combattive. Certes, la compréhension du texte n’est pas toujours évidente mais le rôle est tellement écrasant qu’il gomme cette infime faiblesse. En revanche, le phrasé de Janina Baechle est une perfection et elle incarne Une Nourrice inquiète en parfaite opposition à Ariane. Dans la fosse, Pascal Rophé donne au drame sa puissance voire son agressivité musicale. Il tiendra de bout en bout le dynamisme de l’orchestre contribuant au succès de la représentation.
Ariane et Barbe-Bleue de Paul Dukas est trop peu souvent représenté… quel dommage !
Toulouse - Capitole - "Ariane et Barbe-Bleue" de Paul Dukas ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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