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[Musique - Opéra de Lyon – Lyon] Désopilant « Barbe-Bleue » de Jacques Offenbach :.

Opéra de Lyon - "Barbe-Bleue" de Jacques Offenbach ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Opéra de Lyon - "Barbe-Bleue" de Jacques Offenbach ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Désespérée de ne trouver de rosière à l’irréprochable vertu à Gisors, Madame Husson dans la nouvelle de Guy de Maupassant, Le Rosier de Madame Husson paru en 1887, se rabat sur Isidore, jeune simple d’esprit qui ne s’avérera finalement pas le candidat rêvé. Fût-elle allée voir Barbe Bleue de Jacques Offenbach dans cet antre de perdition qu’était le Paris de 1866, se serait-elle méfiée car déjà dans Barbe-Bleue, le tirage au sort des candidates a avantageusement remplacé le choix d’une candidate à la virginité douteuse.

Barbe-bleue de Jacques offenbach est une œuvre symétrique. D’un côté Barbe-Bleue, personnage tour à tour drôle et cynique, est un veuf récurrent qui « usera » cinq épouses ; de l’autre, le fantasque Roi Bobèche fait disparaître un à un les amants supposés de sa femme. L’œuvre se déroule d’abord à la campagne puis ensuite au Palais et les paysans d’hier sont en fait les princes de demain. Après que les quatre femmes de Barbe-Bleue ont épousé les quatre amants supposés de la Reine, l’œuvre se termine d’ailleurs par là où elle a commencé : Fleurette la paysanne qui comptait épouser le berger Saphir devient la Princesse Hermia qui épouse le Prince Saphir ; Barbe-Bleue qui en a pincé fugacement pour l’infernale Boulotte est contraint de la garder … la boucle est bouclée.

Hormis quelques coupures légères dans le texte opérées par Agathe Melinand, c’est le texte original qui est proposé et il n’a pas pris une ride. L’humour non plus du reste qui fait se gondoler la salle pendant près de deux heures. L’affaire est suffisamment rare à l’opéra, où les morts comme les drames sont plus fréquents, pour être signalé. Laurent Pelly a l’intelligence de ne rien sur-jouer, il utilise habilement le chœur à la fois à la campagne comme au palais, marque franchement l’opposition scénographique entre la bucolique ruralité et les intrigues palatines.  Même ligne de conduite dans la fosse où le jeune chef Michele Spotti dirige l’Orchestre de l’Opéra de Lyon alliant à la fois dynamisme, humour et retenue dans la conduite de l’orchestre. Les deux directions sont sur la même longueur d’onde pour le plus grand bonheur des spectateurs.

Le chœur est donc en grande forme et montre sa facette métamorphique en campant avec le même naturel des paysans à la campagne, des courtisans au Palais voire les amants supposés de la reine ou les femmes prétendument décédées de Barbe-Bleue. Le reste du plateau est à l’identique.  Le ténor Carl Ghazarossian est un Prince Saphir à la voix claire dont on ne sait s’il est candide ou niais ce qui charme Jennifer Courcier (Fleurette) qui est sa réplique féminine. Le tandem composé par le baryton Christophe Gay (Popolani) et Thibault de Damas en Comte Oscar fait mouche. Très en verve, Popolani, dans son antre ou au palais, prend néanmoins le dessus vocalement et scéniquement. La mezzo-soprano Aline Martin est une Reine Clémentine irrésistible qui tranche avec son benêt de mari dont le tour de force est d’avoir fait fondre tous les canons pour sa statue équestre. Celui-ci est interprété par le ténor Christophe Mortagne, qui quelques années après le Roi Carotte, assure le spectacle d’une voix nasillarde amplifiée dans les textes parlés.  Sa première réplique en arrivant devant les courtisans courbés en deux « Mais ils sont moins hauts qu’hier ! » donne le ton du personnage.

Certains ont trouvé Yann Beuron moins en forme. Méconnaissable, barbu, nuque rasée, manteau de cuir noir, réplique d’un clown télévisuel, il en incarne la fausse bonhomie et le vrai danger. Habitué à séduire, à ne pas subir d’opposition, à combler ses frasques, il est doté par ailleurs d’une voix claire et belle et d’une diction parfaite. Pour quelqu’un supposé peu en forme, il est magistral ! Sa charmante épouse n’est autre que la mezzo-soprano Héloïse Mas. Difficile de reconnaître celle qui a campé le rôle de Robin-Luron dans le Roi Carotte de Jacques Offenbach à Lyon ou Siebel dans le Faust de Charles Gounod à Monaco. La costumière a ultra-féminisé ses formes, sa virginité est plus que douteuse tant son attirance pour la gente masculine est visible. Dans le Palais elle campe à merveille l’éléphant dans la cristallerie allant jusqu’à l’esclandre. Face à ce qu’elle sur-joue scéniquement certaines fois pour caractériser son personnage, elle a l’intelligence de la retenue dans son chant mais le public devine la puissance qui se cache derrière.

Après l’inquiétant Barbe-Bleue d’Ariane et Barbe-Bleue de Paul Dukas entendu cette saison à Toulouse, après le truculent Roi Carotte d’il y a trois ans, les murs de l’opéra de Lyon ont entendu le public rire aux éclats pour cet opéra réglé au millimètre qui restera sans doute une référence.  Alors, pourquoi bouder son plaisir ?

Opéra de Lyon - "Barbe-Bleue" de Jacques Offenbach ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOpéra de Lyon - "Barbe-Bleue" de Jacques Offenbach ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Opéra de Lyon - "Barbe-Bleue" de Jacques Offenbach ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOpéra de Lyon - "Barbe-Bleue" de Jacques Offenbach ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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