Blog de mes curiosités
23 Juillet 2019
En clôture de saison, le Théâtre du Capitole propose de revoir le Werther de Jules Massenet dans la mise en scène de 1997 de Nicolas Joël reprise aujourd'hui, visiblement sans toilettage, par Frédérique Lombart. Le plateau est entièrement francophone et la direction musicale est assurée par Jean-François Verdier. Que le plateau soit francophone n’est pas forcément signe d’un chauvinisme déplacé mais un premier point positif : la diction claire du français en est un second. En effet, dans Werther de Jules Massent, œuvre paroxystiquement romantique, le texte a encore plus d’importance que dans tout autre opéra. Il faut pouvoir goûter dans Werther le texte, le chant, la musique et bien évidemment l’environnement.
Pour la scénographie, il faut faire abstraction dans cette production des décors intrusifs qui siéraient tout autant à un ces innombrables villages de Noël ou une de ces incalculables fêtes de la bière qui peuplent nos animations folkloriques. C’est la patte de Nicolas Joël de vouloir absolument coller à l’époque mais il y a quelque chose de trop monumental qui ne colle pas avec l’ensemble. Pour ces sentiments qui guident ce long cheminement vers la mélancolie, le désespoir et la mort, il eut mieux valu un écrin plus aérien, moins « Kolossal ». Le coup de feu annonçant la fin de Werther sur l'interlude symphonique derrière le rideau fermé est plus inspiré, plus dans l’esprit de l’œuvre.
L'orchestre dirigé par Jean-François Verdier accompagne et accentue parfaitement les sentiments des protagonistes en général et de Werther en particulier mais pourquoi ces tempi lents de temps à autres notamment dans le célébrissime Pourquoi me réveiller ? au point de mettre en situation délicate le ténor Jean-François Borras ? Compliments en revanche aux enfants de la maîtrise du Capitole qui sont excellents de bout en bout. Leur innocence, la récurrence des Noël, Noël, Noël ! leur jeu d’acteur, tout contribue au succès de l’œuvre.
Francis Dudziak (Johann) et Luca Lombardo (Schmidt) sont aussi enjoués que leur Vivat Bacchus, semper vivat. Leur présence scénique apporte un contrepoint joyeux au drame qui se noue. Après avoir chanté souvent Werther sur les scènes lyriques, Luca Lombardo met désormais son talent avec brio dans d'autres rôles. Le Baryton André Heyboer (Albert) se montre parfait dans son rôle, il est un roc de certitude. Si Florie Valiquette dans le personnage de Sophie n’arrive pas à détourner Werther de sa mélancolie, elle parvient en revanche après sa brillante prestation à Montpellier à convaincre le public de son immense talent. Karine Deshayes est impériale en Charlotte. Son jeu d’actrice montre toutes les facettes du personnage et sa voix claire, bien timbrée fait entendre le texte à la perfection. Quant à Jean-François Boras, que dire de plus que ce qu’a dit un jour un critique ? Jean-François Borras est Werther. Sa voix, son phrasé, son élégance vocale et sa compréhension de la psychologie du personnage font qu’il habite le personnage au point de na faire plus qu’un. Les autres candidats au rôle de Werther n’ont qu’à bien ce tenir, le Werther de ce soir sera difficilement détrônable.
Théâtre du Capitole de Toulouse : le site officiel - Théâtre du Capitole
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