Blog de mes curiosités
26 Décembre 2018
Monaco - Opéra de Monte-Carlo - "Samson et Dalila" de Camille Saint-Saëns ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Comme nul n’est prophète en son pays pourquoi s’étonner que Samson et Dalila rarement donné sur les scènes françaises soit inscrit dans la saison de l’Opéra de Monte-Carlo pour la fête du Prince de surcroît. Grand oublié des scènes, Camille Saint-Saëns a composé treize œuvres lyriques qui restent pour la plupart très rarement jouées quand elles ne sont pas complètement oubliées. N’est-il pas symptomatique d’ailleurs que Samson et Dalila (livret de Ferdinand Lemaire) ait été créé en allemand au Théâtre de la Cour grand-ducale de Weimar, le 2 décembre 1877 sous la direction d'Eduard Lassen avec la complicité de Franz Liszt.
Fondé sur l'épisode biblique de la séduction de Samson par Dalila, l’œuvre répond aux standards orientalistes de l’époque de sa création et la mise ne scène reprendra les codes de cet orient fantasmé, digne d’une création hollywoodienne, au point que les costumes des danseurs chinois se fondront dans la masse. La toile peinte projetée sur le rideau de scène renforce cette impression. Ce spectacle aux dimensions hollywoodiennes, avec un chœur doublé et l’intervention des ballets de Shanghai, trouve parfaitement sa place dans cet immense Grimaldi Forum qui accueille traditionnellement la fête du prince et dont les dimensions représentent un des critères du choix de l’œuvre.
La scénographie d’ensemble est confiée à Agostino Arrivabene. La structure assez lourde qui enveloppe l’espace semble uniquement créée pour l’écroulement final. Le spectateur qui le comprend dès l’ouverture du rideau perdra finalement du plaisir à voir cet écroulement final, pourtant réussi, par effets spéciaux de lumières. La scénographie sera complétée par une construction molle en voiles, la danse des sept voiles n’étant jamais très loin avec l’orient fantasmé, pour symboliser l’antre de Dalila au deuxième acte et l’anti-buste gigantesque de l’idole Dagon au dernier acte. Agrémenté des lumières de Laurent Castaingt, l’ensemble tient. Les costumes sont nombreux et variés notamment pour les Philistins, ils tranchent avec le rigorisme vestimentaire hébraïque.
Par chance, Jean-Louis Grinda nous dispense d’une mise en scène avec transposition hasardeuse. La mise en scène est efficace, la direction d’acteurs tient, le gigantisme du plateau parfaitement orchestré fonctionne. Si la mise en scène est classique, Jean-Louis Grinda ajoute un personnage muet, un ange blond, sorte d’ange gardien et de Jiminy Cricket qui, régulièrement, vient susurrer de précieux conseils à Samson. Compte tenu des tourments qui affectent Samson de sa force et de sa faiblesse, le pari est tenu.
L’Orchestre et le chœur dirigés par Kazuki Yamada passent par toutes les tonalités qu’exige l’œuvre : du murmure à l’explosion musicale et vocale. S’il faut souligner une fois encore le travail de Stefano Visconti que l’effectif semble avoir davantage galvanisé que gêné, il faut également souligner le talent de Kazuki Yamada pour l’interprétation de la musique française qui se ressent sans conteste dans cette exécution. Pour une première direction dans le cadre de la fête du Prince, l’essai est transformé.
Il ne faudrait pas oublier une troisième direction ingrédient indispensable à cette alchimie, la direction des ballets de Shanghai par Eugénie Andrin. Talentueuse pour les chorégraphies de groupes, l’effectif semble l’avoir aussi galvanisée. Les ensembles sont parfaits, la précision du geste dansé impressionnante. Elle semble avoir aussi réussi à calmer les ardeurs inhérentes à ce corps de ballet toujours proche de la performance circassienne. Tout est suggéré et sa bacchanale est d’autant plus voluptueuse qu’elle évoque sans montrer dans une confusion des corps tout en poésie. Elle confirme ainsi l’impression laissée par son précédent spectacle (http://un-culte-d-art.overblog.com/2018/12/danse-theatre-princesse-grace-monaco-eugenie-andrin-quelle-issue.html).
Sur le plateau, pour incarner les forces en présence, chacun joue parfaitement sa partition qu’il soit philistin (Frédéric Diquero, Marc Larcher et Frédéric Caton), vieillard hébreu (Nicolas Courjal… quel luxe !), satrape (Julien Véronèse) ou Grand prêtre de Dagon (André Heyboer). Leur interprétation contribue à la réussite d’ensemble. Il n’en est pas de même pour Aleksandrs Antonenko, Samson en petite forme dont les « Je t’aime » s’écrasent en résonnant comme un « tue l’amour ». Méforme passagère ou rôle trop écrasant, il n’arrive absolument pas à convaincre et chose exceptionnelle à Monaco : les sifflets l’accueillent au moment des saluts. Evidemment, par contraste, Anita Rachvelishvili est une Dalila qui musicalement comme scéniquement incarne parfaitement la séductrice. Elle est la Dalila rêvée pour un metteur en scène, la femme fourbe et séductrice, comme dans tout orient fantasmé.
Monaco - Opéra de Monte-Carlo - "Samson et Dalila" de Camille Saint-Saëns ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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