Blog de mes curiosités
20 Juillet 2019
Monaco - Auditorium Rainier III - Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo - Poèmes ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Le rituel est immuable dans une salle de concert : les spectateurs s’installent, applaudissent après chaque œuvre, attendent que les lumières reviennent, vont deviser ou boire un verre ou les deux durant l’entracte, reviennent dans la salle, écoutent la seconde partie, applaudissent après chaque œuvre, applaudissent après le bis s’il y en a un puis sortent, la lumière revenue, avant d’aller diner ou dormir, c’est selon. Mais il arrive également que cet agencement bien établi ne soit quelque peu troublé de temps à autre.
Pour son concert intitulé Poèmes, la direction de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo a invité le chef d'orchestre américain Leonard Slatkin, directeur honoraire mais toujours aux commandes de l’Orchestre National de Lyon en attendant l’arrivée de Nikolaj Szeps-Znaider, qui prendra ses fonctions en septembre 2020. Mais le plus attendu est évidemment le pianiste coréen Seong-Jin Cho, jeune Premier Prix du Concours Chopin 2015, qui vient tout juste de passer la barre des 25 ans et à qui toutes les critiques promettent un avenir des plus brillants.
C’est l’Adagio pour cordes et orchestre de Cindy Mc Tee qui ouvre le concert en présence de la compositrice. C’est une première exécution à Monte-Carlo et les cyniques sont même allés jusqu’à dire que ce serait la dernière ! Œuvre sans grande consistance, marquée par l’ennui du convenu, elle ne doit sans doute son exécution ce soir qu’à la présence du chef d’orchestre lui-même qui n’est autre que le mari de Cindy Mc Tee.
Seong-Jin Cho interprète, quant à lui, le Concerto n°2 pour piano et orchestre en sol mineur opus 16 de Sergueï Prokofiev, concerto en quatre mouvements avec un bref deuxième mouvement, composé en 1912-1913 et réécrit en 1923. Réécrit car la partition, en ces temps troublés de Révolution russe, disparut. C’est à partir d’une réduction pour piano seul que Sergueï Prokofiev pendant un séjour en Allemagne en fit une nouvelle version en 1923. Bizarrerie de l’histoire musicale, le deuxième concerto deviendra ainsi celui qui a été réécrit après le troisième.
Seong-Jin Cho a été comparé à Maurizio Pollini, Martha Argerich et Krystian Zimerman, pas moins que cela et ce n’est franchement pas usurpé. Non seulement Seong-Jin Cho possède une technique imparable qui semble pouvoir se jouer de tous les pièges de n’importe quelle partition mais il possède une valeur et une qualité peu communes : un sens de l’expression, un sens de l’interprétation qui prouvent qu’il a réfléchi à l’œuvre, à son contexte et à son sens. Seong-Jin Cho est véritablement une des révélations de ces dernières années comme en témoigne l’ovation qu’il a reçue.
Après un tel choc, peut-on raisonnablement écouter la Symphonie n°4 opus 98 de Johannes Brahms même jouée à la perfection par l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, dirigé de main de maître par Leonard Slatkin ? Si la réponse est positive pour une grande partie du public, il est également compréhensible de voir une partie du public quitter la salle afin de garder pour quelques temps encore l’interprétation magique et magistrale qui vient de leur être donnée.