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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Antiquité, #Epoque contemporaine, #Amour, #Jalousie, #Violence, #mort
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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Lorsque le rideau s’est ouvert à l’opéra de Nice, un murmure a secoué la salle : ceux qui étaient venus pour les colonnes antiques, les toges et les frises des palais de Corinthe en ont été pour leurs frais. Pendant la très longue ouverture de Medea de Luigi Cherubini, un jeune couple amoureux visite un loft dans une ville qui ressemble à une ville d’affaire. Par les fenêtres, des gratte-ciel barrent l’horizon tandis qu’à l’intérieur, dans l’appartement vide sur deux étages, les deux amoureux s’enlacent. Puis au deuxième lever de rideau, le loft est transformé en un lieu financier mondial : bourse, banque, centre d’affaires, grande entreprise, qu’importe.

Le metteur en scène Guy Montavon qui avait déjà mis en scène Stiffelio de Giuseppe Verdi et Le Téléphone de Gian Carlo Menotti en 2013 à l’Opéra de Monte-Carlo, semble avoir opté pour l’interprétation au premier degré de la Toison d’or : l’argent et l’appât du gain. Encore fallait-il que son postulat de départ résistât au texte afin de rendre la transposition de temps et de lieu en une interprétation chargée de sens et non en simple gadget que certains nous resservent régulièrement. Or malgré quelques termes antiques (Jupiter, les dieux, etc.) qui peuvent en outre passer au sens figuré, le texte résiste assez bien dans l’ensemble à la version résolument contemporaine de Guy Montavon.

En effet, dans ce monde de travail, de finances, d’argent facile, de pouvoir et de chausse-trappes, les alliés d’hier sont les ennemis de demain, la femme d’hier est l’ex, forcément furieuse de demain. Qu’une femme comme Médée qui a sacrifié à son amant jusqu’à son propre frère, qui a trahi jusqu’à son propre père exacerbe sa pulsion destructrice n’a rien de surprenant que l’enjeu du pouvoir soit politique comme dans le mythe antique ou financier comme dans cette version contemporaine. Quel que soit l’environnement et le temps, les mères infanticides sont toujours mues par les mêmes pulsions, généralement pour les mêmes raisons, le sentiment d’un extrême abandon et d’une extrême injustice.

Medea est une œuvre qui se joue avec les nerfs, avec les tripes et le chef d’orchestre George Petrou imprime ce rythme à l’orchestre bien relayé par des chœurs omniprésents dans cette salle de travail utilisant habilement l’espace et la colonnade du premier étage. Le Roi Creonte est brillamment chanté par Bernard Imbert mais il est dommage que les récitatifs-parlés en italien (rétablis dans cette version) ne soient pas à la hauteur. Daniela Pini n’a évidemment pas ce problème en Néris que Guy Montavon transforme en ombre de Médée. Hélène Le Corre campe une Glauce très crédible dans son rôle mais pourquoi diable le metteur en scène la fait-il se suicider au pistolet ? Outre que le suicide au pistolet dans les milieux financier relève du poncif, cette péripétie n’apporte rien de plus au sens général. Gabriele Mangione est parfait en Giasone, la voix n’est pas très belle mais elle est très puissante ce qui convient à merveille pour ce rôle d’autant qu’il a face à lui Nicola Beller-Carbone. Excellente Médea, partagée entre ses amours et son désir de vengeance, alliant froideur extrême et violentes crises, Nicola Beller-Carbone susurre puis explose vocalement, elle évolue dans cet environnement très contemporain avec aisance.

Dans cette salle clairsemée de l’Opéra de Nice, le public n’a pas boudé son plaisir en rendant à l’ensemble du plateau et de la fosse une ovation méritée pour cette Medea et sa nouvelle toison d’or qui nous parle ici comme avant de jalousie, de trahison, de vengeance, autant de sujets éternels.

Opéra de Nice - Medea de Luigi Cherubini - Nicola Beller-Carbone, Gabriele Mangione, George Petrou, Hélène Le Corre, Bernard Imbert et Daniela Pini ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOpéra de Nice - Medea de Luigi Cherubini - Nicola Beller-Carbone, Gabriele Mangione, George Petrou, Hélène Le Corre, Bernard Imbert et Daniela Pini ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOpéra de Nice - Medea de Luigi Cherubini - Nicola Beller-Carbone, Gabriele Mangione, George Petrou, Hélène Le Corre, Bernard Imbert et Daniela Pini ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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