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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Patrimoine, #Violence, #Bad boys
[Patrimoine – archives départementales de Meurthe et  Moselle -  Nancy] Drame conjugal au XIXème siècle

Les recherches généalogiques peuvent réserver de temps à autre des surprises. Lors de mes dernières recherches sur une des miennes quadrisaïeules, je me suis attelé à lui adjoindre frères, sœurs, force neveux et nièces dans un souci de voir appliquer à mon arbre le biblique Croissez et multipliez vous !

Dans les recherches généalogiques, histoire de faire durer le suspens, afin de n’oublier personne, je commence par repérer les naissances, trouver les mariages, repérer les rejetons éventuels puis de manière ante-chronologique repérer les morts sachant que la mortalité fauche toujours facilement en ces temps de début d’industrialisation.

En procédant ainsi Désiré-Claude Toussaint, fils ainé de Joseph-Sérapion Toussaint, fut le premier des deux frères à convoler en justes noces avec Joséphine Pinglé et à légitimer la petite Denise-Adrienne arrivée plus vite que prévu. Le frère cadet présent au mariage du plus grand se maria à son tour … en l’absence de son frère ainé. « Pas très sympathique » pensai-je immédiatement. C’est en retournant en sens inverse surpris de l’unicité de l’enfant trop tôt arrivé que je suis tombé sur l’acte de décès de ladite Joséphine Pinglé, décès constaté par son père et son frère à défaut encore du mari.

« Trouvé morte sur la lisière du bois de la Garenne au lieu dit la Beuvelotte » disait l’acte de décès. Ma curiosité titillée par tant de mystère me transforma en Hercule Poirot dans Cinq petits Cochons tentant de résoudre une énigme des années plus tard. Las ! Un rapide tour sur le matricule militaire de Désiré-Claude Toussaint me prit de court, les gendarmes de l’époque ayant été plus prompts.

« Condamné par arrêt définitif de la cour d'assises de Meurthe et Moselle en date du 6 août 1896 à la peine de travaux forcé à perpétuité et déchéance de la puissance paternelle pour assassinat » dixit le matricule militaire. « Exclu de l’armée en vertu de l’article 4 de la loi du 15 juillet 1889 » et « décédé à Saint-Laurent du Maroni (Guyane) le 25 septembre 1907 » précise en outre ledit matricule.

Entre le 12 juin 1896 date de l’assassinat et la condamnation définitive du 6 août 1896, il se sera donc écoulé moins de deux mois pour mener l’enquête, confondre le suspect, réunir la cour d’assises et trancher (symboliquement s’entend !) pour décider de l’envoyer au bagne … expéditif ! Il se trouva donc au bagne la même année qu’un autre condamné célèbre innocenté depuis : Alfred Dreyfus. Il me faut désormais consulter les minutes du procès afin de savoir comment il a pu échapper à la peine capitale.

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Extrême orient, #Violence, #Amour
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Elles sont comme les nains, les jours de la semaine, les péchés capitaux ou les mercenaires au nombre de sept, sept femmes qui se réunissent chez l’une d’elle à Goa. Elles représentent toues les facettes de la nouvelle société indienne : elles sont chanteuse, actrice, chef d’entreprise, militante syndicale ou sans profession. Elles sont issues des classes moyennes indiennes, ont fréquenté la même université, travaillent dans différentes parties de l’Inde. Elles sont donc a priori éloignées du cliché de la femme indienne traditionnelle.

A priori seulement car la construction du film se charge de les accumuler à mesure qu’il se déroule. Tout d’abord, dans les premières minutes du film, Pan Nalin, nous dresse le portrait successif des sept protagonistes. Chaque portrait semble être l’occasion de dénoncer un dysfonctionnement du pays : croissance asymétrique, pollution, place de la femme, problème de caste, corruption, l’homosexualité absente du tableau de départ finira par surgir. Dans ces retrouvailles, les protagonistes de cette joyeuse communauté se confient, s’épanchent, discutent, rient, crient, parlent fort… une sorte de « soirée pyjama dans une volière à perruches ». Quand les réalisateurs masculins filmeront-ils donc des réunions féminines de manière plus apaisée ?

Enfin les sept femmes en colère finissent par se comparer à Kali, la plus terrifiante déesse du Panthéon indien. Chaque protagoniste imitera la déesse souvent représentée avec plusieurs bras les yeux et la langue rouges. Le film aux deux-tiers ne convainc guère. Le point de rupture du film est un vrai point de rupture. La narration change de registre, de rythme, d’atmosphère. Le réalisateur questionne alors la société bien mieux qu’il ne l’a fait jusqu’ici avant de retomber dans une chute terrifiante où il est permis de se demander ce que finalement le film défend.

S’il voulait être un miroir de la société indienne, Déesses indiennes en colère accumule trop de clichés et de réquisitoires pour atteindre ses objectifs ... dommage !

« Déesses indienne en colère » - Comédie dramatique de Pan Nalin avec Amrit Maghera, Rajshri Deshpande, Pavleen Gujral – Inde, Allemagne - Date de sortie : 27 juillet 2016 - Durée : 1h 43’

Cinéma Rialto - Nice - Déesses indienne en colère de Pan Nalin ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comCinéma Rialto - Nice - Déesses indienne en colère de Pan Nalin ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comCinéma Rialto - Nice - Déesses indienne en colère de Pan Nalin ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Cinéma Rialto - Nice - Déesses indienne en colère de Pan Nalin ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Epoque moderne, #Epoque contemporaine, #Extrême orient, #Amour, #fantastique
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Petit, tandis que je découvrais les premiers dessins animés japonais dont le mythique Roi Léo dont le scénariste n’était autre qu’Eiichi Yamamoto, j’étais loin de m’imaginer qu’il réalisait parallèlement Belladonna ou la Belladone de la Tristesse. Film d’animation librement inspiré de la Sorcière de Jules Michelet, Belladonna est l’un des trois films érotiques de la collection Animerama des studios Mushi Production avant sa faillite dans les années 70.

Grand succès critique et festivalier, Belladonna ne connut pas en revanche à l’époque de succès public. Après 43 ans, le chef d'œuvre de l'animation japonaise revient (enfin) sur grand écran en version restaurée. L’histoire est simple : Jean aime Jeanne, Jeanne aime Jean mais le seigneur de son village exerce son droit de cuissage, ruinant son innocence et son avenir. Elle pactise alors avec le Diable pour obtenir vengeance.

Le film est tout d’abord une œuvre expérimentale et poétique qui n’a rien perdu de sa force d’attraction. L’animation fait alterner images fixes et séquences animées, convoque différents styles artistiques en mêlant images de tarot, images de mangas, tableaux célèbres et s’inspire outrageusement des peintres symbolistes comme Odilon Redon, Egon Schiele ou Félicien Rops Alphonse Mucha (notamment dans la mise en croix) ou des peintres de l’Art nouveau comme Alfons Mucha. Il serait intéressant d’ailleurs de reprendre le film pour le décortiquer et en analyser toutes les influences.

L’œuvre est évidemment très marquée par son époque. Belladonna est d’abord et avant tout une ode à la liberté des femmes et au féminisme. Quel que soit le pacte qui la lie au Diable, Jeanne est une femme qui a conquis sa liberté et sa liberté vaut bien le don de son âme au Diable. Le film fleure bon l’érotisme des années 70, la libération sexuelle, le film ne fait pas mystère des plaisirs. Le Diable se confond souvent avec le serpent, devient champignon, tube, colonne, verge… en un mot comme en cent, le Diable est un gland. L’univers est sensuel, érotique, les corps s’enroulent, s’emmêlent dans une extase orgiaque, les scènes de libation deviennent petit à petit plus explicites. Enfin, les images stroboscopiques et la musique à la fois classique, concrète ou psychédélique qui construisent le film nous font remonter par analogie à la Messe pour le temps présent composée par Pierre Henry et Michel Colombier.

Même s’il est marqué par une époque, que son contexte ne saurait mentir, Belladona n’est cependant pas un film daté ; il est toujours cet objet mystérieux, cet Obscur Objet du désir pour filer la paraphrase, qui se goûte encore avec un plaisir évident.

« Belladonna » – Film d’animation érotique d’Eiichi Yamamoto - Japon - Version restaurée - Date de reprise 15 juin 2016 - 1h 33’

Belladonna d’Eiichi Yamamoto - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comBelladonna d’Eiichi Yamamoto - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comBelladonna d’Eiichi Yamamoto - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Belladonna d’Eiichi Yamamoto - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Europe, #Opéra
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Parvis comble à la chapelle Saint-Hospice de Saint-Jean-Cap-Ferrat pour le concert du pianiste François-René Duchâble et de la mezzo-soprano Sandrine Sutter. Si le plein air n’offre pas les vertus nécessaires pour me faire venir à un concert, François-René Duchâble et Sandrine Sutter les ont en revanche pour me faire venir prestement. Le premier se fait rare dans les salles de concert et la seconde m’a fait découvrir le Roi d’Ys d’Édouard Lalo : deux bonnes excuses donc pour une entorse à ses principes.

Pour animer cette soirée, François-René Duchâble passe en revue ses impressions, ses souvenirs, ses bobos, ses joies et ses peines, présente les œuvres, fait excellemment le pitre, etc. préparez votre temps, pour nous il a tout le sien et c’est finalement fort agréable. La soirée est conçue avec une alternance de pièces pour piano seul et de mélodies ou d’extraits d’opéras de Jean-Sébastien Bach à Camille Saint-Saëns. Point d’œuvres du XXème siècle, dommage mais le cadre ne s’y prêtait sans doute pas.

François-René Duchâble en verve est également en grande forme : si son interprétation pour piano de la Deuxième Ballade opus 38 de Frédéric Chopin est un peu en retrait, le final de la Sonate opus 31 n°2 La Tempête de Ludwig Van Beethoven ou l’Étude opus 11 n°1 en sol dièse mineur de Camille Saint-Saëns sont remarquables. Quant à sa Paraphrase de concert sur Il Trovatore, S.434 de Franz Liszt, elle est tout bonnement exceptionnelle.

Sandrine Sutter s’intercale à merveille dans cet engouement pianistique avec des extraits d’Orphée de Christoph Willibald Gluck, ou de Werther de Jules Massenet mais c’est dans les mélodies qu’elle excelle notamment dans les mélodies extraites de Nuits d’été d’Hector Berlioz ou dans les mélodies d’Henri Duparc (Le Manoir de Rosemonde et la célébrissime Invitation au Voyage). Sandrine Sutter qui a suivi quelques master-classes avec Régine Crespin en a retenu l’essentiel : une diction parfaite au service d’une grande musicalité. Plus la soirée avance plus elle gagne en grâce.

Pour terminer la soirée de manière plus ludique, François-René Duchâble et Sandrine Sutter se lancent à l’assaut de Jacques Offenbach. Pour la Barcarolle extraite des Contes d’Hoffmann, Sandrine Sutter descend de l’estrade et invite Amy Blake dans le public pour un duo surprenant au milieu du public. Enfin, après Dis-moi Vénus extrait de La Belle Hélène, Sandrine Sutter montre ses talents de comédienne en exécutant un époustouflant numéro extrait de La grande Duchesse de Gerolstein qui est tout un programme en soi Ah ! Que j’aime les militaires. Il se murmure d’ailleurs qu’elle pourrait reprendre prochainement le rôle de la Grande Duchesse qu’elle a tenu à Monaco il y a quelques années lors des soirées lyriques de Crescendo.

En ces temps troublés, un concert de cette qualité jointe à cette grande proximité avec les artistes nous rappelle que le bonheur est aussi au coin du parvis.

Les Soirées Classiques de Juillet Saint-Jean-Cap-Ferrat - François-René Duchâble et Sandrine Sutter©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com Les Soirées Classiques de Juillet Saint-Jean-Cap-Ferrat - François-René Duchâble et Sandrine Sutter©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com Les Soirées Classiques de Juillet Saint-Jean-Cap-Ferrat - François-René Duchâble et Sandrine Sutter©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Danse, #fantastique, #Musique, #Enfance, #Adolescence
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Les deux pièces au programme de L’été danse proposé par les Ballets de Monte-Carlo quoique créées par deux chorégraphes différents ont les souvenirs, l’imaginaire et le fantastique en commun.

Voir la chorégraphie de l’Enfant et les Sortilèges dans le lieu même où l’œuvre de Colette mise en musique par Maurice Ravel fut créée le 21 mars 1925 ajoutait encore un peu d’émotion à la soirée. Dans la salle qui respire encore la présence de l’incontournable directeur d’alors, Raoul Gunsbourg, c’est une nouvelle interprétation de l’Enfant et les Sortilèges que nous livre Jeroen Verbruggen. Cet enfant n’est plus tout à fait un enfant ou plutôt, il voudrait sortir de l’enfance mais ne le souhaite pas vraiment. Il n’est pas l’Enfant mais celui que nous fûmes. L’excellent Daniele Delvecchio interprète à merveille ce souvenir d’enfance, cet Enfant révolté et ses gestes saccadés du début du spectacle, cet Enfant tendant le cou vers sa mère transformée en gigantesque anti-buste, cet Enfant créant son propre imaginaire, à partir de ses expériences, cet Enfant dont la gestuelle décrit parfaitement les angoisses, cet Enfant fantasmant sur des chats plutôt érotiques. L’Enfant interprété par Daniele Delvecchio est bousculé par toutes ses apparitions sorties de son imaginaire. Pour bien marquer ce passage et cette chaotique métamorphose vers l’âge adulte, Jeroen Verbruggen prolonge la musique de Maurice Ravel par un extrait de Didon et Enée d’Henry Purcell dans une version contemporaine de Ludovico Monk : Remember me, but ah! Forget my fate, Souviens-toi de moi ! Mais, ah ! Oublie mon destin. Tout est dit !

Pour la Le Baiser de la Fée, Vladimir Varnava a décidé de dépoussiérer considérablement l’œuvre. Les amoureux de Piotr Ilitch Tchaïkovski à qui Igor Stravinski rendait hommage en lui empruntant des thèmes en auront été pour leurs frais… tout comme les partisans du conte d'Andersen La Reine des neiges auquel le ballet faisait référence. Vladimir Varnava a choisi de réinterpréter musique et histoire du Baiser de la Fée. Le public était dès lors assez divisé entre partisans des réécritures et des réinterprétations et partisans du respect de l’œuvre dans son contexte d’origine. Quelle que soit la chapelle, l’ensemble s’est révélé assez déroutant. La création musicale d’Aleksandr Karpov, dédiée à Igor Stravinsky, s’éloigne de l’hommage à Piotr Ilitch Tchaïkovski et le parti pris fantastique, tire ses références de Métropolis, de l’univers des Marvel comics ou des mangas japonais. La scénographie et les costumes de Galya Solodovnikova répondent à ce parti pris et, reprenant l’exemple du Cendrillon de Maguy Marin, les danseurs hormis les deux principaux protagonistes sont rendus totalement anonymes par leur costume. Le parti pris bouscule, l’interprétation surprend mais l’ensemble est moins aseptisé, moins factice que ce que pourrait laisser une première impression.

Ballets de Monte-Carlo - L'été danse - L’Enfant et les Sortilèges - Jeroen Verbruggen - Le Baiser de la Fée - Vladimir Varnava ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comBallets de Monte-Carlo - L'été danse - L’Enfant et les Sortilèges - Jeroen Verbruggen - Le Baiser de la Fée - Vladimir Varnava ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comBallets de Monte-Carlo - L'été danse - L’Enfant et les Sortilèges - Jeroen Verbruggen - Le Baiser de la Fée - Vladimir Varnava ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié dans : #Cinéma, #Amérique latine, #Adolescence
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Partant de faits réels, le film de la Brésilienne Anna Muylaert D’une Famille à l’autre aborde la question de l’identité ou plutôt des identités. Non seulement le film questionne la parentalité, les enfants élevés par une mère aimante et plutôt permissive se révèlent être des enfants enlevés à la naissance, mais questionne également la question de l’identité sexuelle avec Felipe ou Pierre, adolescent qui se cherche.

Ce qui pourrait devenir du sur-ajout, du surabondant devient sous la patte d’Anna Muylaert une allégorie : elle ose mettre en parallèle la question du choix : choix des parents qui se pose à cet âge après 17 ans de vie commune avec ce que Felipe/Pierre a toujours cru être sa mère, choix d’un mode de vie intime, social, sexuel, vestimentaire qui appartient à tout un chacun mais qui se forge à l’adolescence.

La grande intelligence du film réside dans ces gestes provocateurs de la part de Felipe/Pierre qui décide de revêtir des robes dans sa nouvelle famille plutôt intrusive. Le rôle des deux mères tenu par la même actrice ajoute une dimension à cette allégorie. Ce que les parents prennent pour de la rébellion d’adolescence et des défis à leur égard est interprété différemment par le spectateur qui lui a vu Felipe/Pierre alterner partenaires masculins et féminins, sait quels sous-vêtements il aime porter, etc.

D’une Famille à l’autre est suffisamment court pour se révéler percutant, traite avec légèreté ce qui pourrait apparaître comme autant de lourdeurs et Anna Muylaert se sort donc avec les honneurs d’un pari à haut risque qu’elle s’était elle-même lancé.

« D’une Famille à l’autre » - Comédie dramatique d’Anna Muylaert avec Naomi Nero, Dani Nefussi, Matheus Nachtergaele – Brésil - Date de sortie : 20 juillet 2016 – Durée : 1h 22’

« D’une Famille à l’autre » d’Anna Muylaert - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com« D’une Famille à l’autre » d’Anna Muylaert - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

« D’une Famille à l’autre » d’Anna Muylaert - Cinéma Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Epoque moderne
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Le troisième concert de l’association Ars Viva est dédié à la musique ancienne et notamment au groupe Le Miroir de la Musique, spécialisé dans la musique de la fin du Moyen-âge et de la Renaissance. Le nom même du groupe, issu pour la plupart de ses membres de la célèbre Schola Cantorum Basiliensis, est un emprunt à Jacques de Liège (vers 1260 - après 1330) et à son traité Speculum musicae (Miroir de la musique). En hommage à Orphée, le spectacle Sulla lira ou l’Arte della Recitazione regroupe trois musiciens Brigitte Gasser à la viole de Gambe, Baptiste Romain au violon renaissance et Julian Behr au chitarrone et au théorbe et deux chanteurs : le ténor Giovanni Cantarini et la soprano Maria Cristina Kiehr.

Est-ce l’absence momentanée d’Annick Fiaschi-Dubois, musicologie passionnée et passionnante, dont l’art de vous expliquer simplement des choses ardues est devenu légendaire ? Mais la présentation des artistes et du concert a été pour le moins surprenante. Je ne sais comment Maria Cristina Kiehr a ressenti ce qui se voulait un compliment repris par la présidente dans l’article de Nice Matin du jour mais la « Callas du baroque » est au mieux une approximation de mauvais aloi au pire une hérésie musicale. Mieux eut-il valu la présenter pour ce qu’elle est : une des actuelles références mondiales en matière de chant baroque et non un succédané d’une autre. Quant à Giovanni Cantarini… il n’a fort heureusement pas eu l’honneur d’être le « Caruso du baroque » de service. Cependant, le meilleur des médiateurs étant l’artiste lui-même, Baptiste Romain profitant d’une cérémonie d’accord des instruments, a rapidement mais efficacement replacé les instruments dans un contexte plus général.

Sulla Lira est divisé de fait en deux parties. La première partie reprenant des œuvres de la première moitié du XVIème siècle avec, entre autres, Vidi, hor cogliendo rose d’Alessandro Demofonte, O Stella Matutina d’Innocentius Dammonis ou encore Vengo a te, madre Maria de Giacomo Fogliano témoignent du passage de la musique savante latine à la musique en langue italienne mais également de la récitation de textes épiques ou poétiques sous la forme d’une musique monodique. Dans la seconde partie de la soirée, les œuvres de la fin du XVIème siècle et du début du XVIIème qu’elles soient Com’è Soave cosa de Sigismondo d’India, Udite o Ninfe de Claudio Saracini ou Funeste Piaggie de Giulio Caccini forment le prélude de ce qui deviendra l’opéra : le chant semble se libérer, devient plus autonome, alterne récitatifs et chants.

Pour prouver l’universalité de la musique, Le Miroir de la Musique a terminé avec u bis issu du répertoire français Laisser la verde Couleur de Jacques Arcadelt, idéalement placé au beau milieu du XVIème comme une transition.

La qualité exceptionnelle des trois instrumentistes qui ont réussi à dompter des instruments anciens toujours un peu rebelles ont illustré à merveille cette pré-naissance de l’opéra. Giovanni Cantarini est immergé dans son chant qu’il vit à l’évidence comme une passion ; il fait partie de ces artistes qu’il faut non seulement écouter mais voir chanter tellement la musique envahit son être. Le chant est beau, alterne subtilement les tonalités, les phrases susurrées, le chant à pleine voix. Maria Cristina Kiehr est l’âme baroque par excellence. Avec une aisance et une facilité apparentes, elle emplit de sa voix l’ensemble de l’église Saint-Michel, se hisse dans les aigus. Elle confirme avec Giovanni Cantarini l’adage de Théodore W Adorno Tout opéra est un Orphée.

Le Miroir de la Musique - Sulla Lira - Eglise Saint Michel - La Turbie ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comLe Miroir de la Musique - Sulla Lira - Eglise Saint Michel - La Turbie ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comLe Miroir de la Musique - Sulla Lira - Eglise Saint Michel - La Turbie ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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Quand j’étais de quelques années plus jeune, une opération cinématographique niçoise dénommée Les Inaperçus reprenait les films pas ou peu distribués sur la ville de Nice… et il y avait du travail. Le cinéma Le Mercury semble désormais s’atteler à la tâche et nous propose, cinq mois après sa sortie nationale, le dernier film de Hong Sang-Soo Un jour avec, un jour sans que je pestais de n’avoir pu voir.

Je ne me lasserai jamais de répéter l’adage de Jean-Baptiste Morain des Inrocks : «Hong Sang-Soo c'est toujours la même chose en différent». Ici, un couple, une histoire d’amour, un bar, un restaurant, un intérieur, de copieuses engueulades dues à quelques beuveries : le décor, l’atmosphère et le contexte sont effectivement toujours les mêmes. Le traitement est lui encore une fois différent comme une déclinaison formelle autour du fait amoureux.

Un jour avec, un jour sans est un film coupé en deux ou plutôt, un film qui raconte la même histoire mais avec deux réactions différentes qui en changent l’histoire, l’agencement des personnages, leurs relations. Ce n’est pas aussi touffu que Smoking, No smoking d’Alain Resnais ; les conséquences bouleversent les relations à très court terme mais pas les vies à très long terme. En revanche, le film pose la question essentielle du point de vue, du point de rupture, de la narration qui prend tel ou tel tour en fonction des éléments et des événements instillés dans le film.

Le spectateur qui connaît forcément le déroulé de l’histoire retombe en enfance et se pique aux jeux des différences : le porte verte devient bleue, l’artiste peintre n’exécute plus la même toile, les personnages visibles à l’écran dans la première partie deviennent de simples évocations dans la seconde mais notre mémoire restitue parfaitement les traits de l’homme que l’on ne voit plus.

Hong Sang-Soo réussit encore une fois à nous captiver avec la narration d’une rencontre qui n’aboutit ni dans une histoire ni dans l’autre ; quoi que les personnages fassent, disent, ils sont prisonniers d’un destin qui est déjà écrit, ils ne peuvent s’y permettre que quelques digressions. En fait Hong Sang-Soo filme toujours les amours impossibles, les rencontres irréalistes… thèse, antithèse, synthèse.

« Un Jour avec, un jour sans » - Drame de Hong Sang-soo avec Jae-yeong Jeong, Kim Min-Hee, Yeo-jeong Yoon – Corée du Sud - Date de sortie : 17 février 2016 - 2h 01’

« Un Jour avec, un jour sans » de Hong Sang-soo - Cinéma Mercury - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com« Un Jour avec, un jour sans » de Hong Sang-soo - Cinéma Mercury - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com« Un Jour avec, un jour sans » de Hong Sang-soo - Cinéma Mercury - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Public très clairsemé pour la sortie de Sparrows de l’Islandais Rúnar Rúnarsson. Il n’y a visiblement pas d’effet islandais de l’Euro de football sur les salles de cinéma. Si le titre rappelle le film de Johnnie To (Sparrow), les deux films n’ont strictement rien en commun : le film hongkongais prenait Sparrow dans son sens local figuré (pickpocket), celui de Rúnar Rúnarsson dans sa première acception (moineaux). Le film invite donc à découvrir la jeunesse islandaise (les moineaux) dans un fjord isolé de l’Islande pendant l’été.

Tournée avec une alternance de plans larges et de plan rapprochés, le film suit le parcours d’Ari, adolescent de Reykjavik, qui retourne vivre temporairement auprès de son père. Si la manière de filmer me rappelait effectivement quelque chose, c’est la bande son, qui a fini par mettre mes sens en éveil. Le film a pris un tour inopiné en faisant entendre une mélodie que ma mémoire pour je ne sais quelle raison avait enregistrée sans doute en raison de sa grande simplicité… La madeleine de Proust version musicale.

Affolé je me suis demandé si je n’avais pas déjà vu ce film : bande son identique, manière de filmer familière, mais non ! À l’évidence le scénario m’était étranger. Mais les images, finalement, petit à petit se sont fait jour et ce n’est plus la jeunesse qu’elles convoquaient mais la vieillesse. J’avais en fait déjà croisé la route de Rúnar Rúnarsson sans faire le rapprochement. En 2011, le film Volcano (Eldfjall) était présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes où il s’était taillé un certain succès. Le film abordait un an avant Amour de Michael Haneke, le problème de la maladie et de la fin de vie.

Il est regrettable que le film Volcano ne soit jamais sorti en France car il est un bon pendant au film Sparrows. Film après film, Rúnar Rúnarsson ausculte la société islandaise dans ses rapports à la vie, à la mort, à l’adolescence, à la paternité, à la famille. Sparrows semble être l’aboutissement de deux courts métrages Anna (présenté également à la Quinzaine des Réalisateurs en 2009) et Two Birds sortis respectivement en 2008 et 2009. Avec ses créations musicales, Kartan Sveinsson l’accompagne visiblement dans tous ses projets, l’un comme l’autre sont à découvrir. Si vous souffrez de la canicule allez donc vous rafraichir en Islande à deux pas de chez vous.

Sparrows - Drame de Rúnar Rúnarsson avec Atli Oskar Fjalarsson, Ingvar Eggert Sigurðsson, Nanna Kristín Magnúsdóttir – Islande, Danemark, Croate - Date de sortie 13 juillet 2016 - 1h 39’

Nice Rialto - Sparrows de Rúnar Rúnarsson ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comNice Rialto - Sparrows de Rúnar Rúnarsson ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comNice Rialto - Sparrows de Rúnar Rúnarsson ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Nice Rialto - Sparrows de Rúnar Rúnarsson ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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S’il fallait chercher une transition entre le concert Méditations françaises donné par l’association Ars Viva la semaine dernière en l’église Saint-Michel de La Turbie avec Lisa Kerob et l‘Orchestre de Poche et Encuentro par le Quinteto Respiro cette semaine, ce serait indéniablement Carlos Gardel, tanguero d’origine française (N’en déplaise à certains Argentins !) le plus important de la première moitié du XXe siècle.

Menacée d’être privée de parole par la conception même du spectacle qui prévoyait une présentation des œuvres par les musiciens eux-mêmes, Annick Fiaschi-Dubois a tout de même réussi à se frayer une petite place en début de spectacle pour nous rappeler que le tango englobe trois formes musicales : tangos, milongas et valses. Dressant une rapide histoire du tango, Annick Fiaschi-Dubois a par ailleurs expliqué que, si une partie du tango était issue de l'esclavage (le tango désignant l’endroit où le négrier parquait les esclaves avant l'embarquement), il s’était clairement développé dans les bas-fonds de Buenos-Aires et en particulier, dans les lupanars, les claques, les boxons et autres bordels.

Composés majoritairement d'Instruments à cordes auquel s’adjoint l'instrument phare du tango le bandonéon d’origine allemande, les orchestres de tangos se sont au fil des ans développés, transformés, enrichis avec, entre autres, piano et clarinettes comme ce soir. Déjà international à peine créé, le tango devenait alors une musique facilement exportable, vivante, s’enrichissant aux contacts des nouvelles formes, des nouvelles modes, des nouveaux sons.

Le Quinteto Respiro est composé de cinq musiciens dont trois ont grandi et appris la musique ensemble et qui sont entrés dans l'univers du Tango après la rencontre de Gustavo Beytelmann à qui le titre du programme Encuentro est d’ailleurs autant un emprunt qu’un hommage. Composé de Sabrina Condello au violon, d’Emilie Aridon-Kociolek au piano, de Fabio Lo Curto aux clarinettes, de Dorian Marcel à la contrebasse, il est complété au bandonéon et à la présentation des œuvres par Sebastien Innocenti.

Reprenant toutes les facettes musicales du tango, le Quinteto Respiro a non seulement retracé une histoire du tango à sa façon mais effectiveemtn montré, prouvé que le tango n’est pas une forme musicale, morte, inerte, marmoréenne ou « mausolesque » mais bien une musique vivante, syncrétique, évolutive qui s’est adaptée, s’adapte et s’adaptera encore. Même si, évidemment, l’ombre d’Astor Piazzolla, comme dans toute soirée consacrée à ce genre musical, planait sur le trophée. Mais qui s’en plaindrait ?

"Encuentro" par le Quinteto Respiro - Musicales du Trophée 2016 - La Turbie"Encuentro" par le Quinteto Respiro - Musicales du Trophée 2016 - La Turbie"Encuentro" par le Quinteto Respiro - Musicales du Trophée 2016 - La Turbie
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