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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Amérique latine, #Enfance, #Vieillesse, #environnement
[Cinéma – Le Mercury - Nice]  La Terre et l'ombre de César Augusto Acevedo : « souviens toi que tu es poussière… »

Lors de l’édition du Festival 2016, Cesar Augusto Acevedo recevait la caméra d’or récompensant un premier film toutes sélections confondues. Retour sur une récompense amplement méritée.

Le premier plan du film, long et fixe, pose d’entrée les enjeux : au milieu de deux lignes de fuite bordées par des champs de canne à sucre barrées au loin par un camion, un homme seul, valise à la main, remonte une route poussiéreuse. Le camion qui finit par le doubler, le fait disparaître dans la poussière. L’homme est de face : ce n’est donc pas un départ mais une arrivée.

Pour son premier film, le Colombien César Augusto Acevedo choisit de distiller l’information et la narration dans un tempo très lent, le tempo de l’agonie. L’agonie est réelle, l’homme revient en fait au sein de sa famille, tenir une maison qu’il a abandonnée, et veiller son fils dont la fin semble inéluctable. L’agonie de la famille est latente, la sécheresse des dialogues en témoigne.

L’agonie se fait ici allégorique passant constamment de l’agonie du fils à l’agonie d’un monde paysan traditionnel pratiquant la culture vivrière face à l’agrobusiness de la canne à sucre florissant mais destructeur. Le film décline d’ailleurs l’allégorie tout au long de sa trame : le splendide arbre jouxtant la masure familiale sous lequel le fils vient se ressourcer, sous lequel le grand-père transmet l’essentiel à son petit-fils, joue le rôle de la permanence, de la résistance face à un monde qui change. De la même manière, le rêve avec un cheval fougueux enfermé dans une pièce qui finit par s’échapper, témoigne de l’impatience et la fougue de la jeunesse, l’impatience et la fougue qui a fait fuir le grand-père jadis ?

Car le film joue aussi sur les non-dits, sur les ellipses, sur les silences : du départ, le film n’en donnera jamais les raisons. De religion, il ne sera jamais question dans ce milieu rural d’Amérique latine. Il faut dire qu’à l’extrait de la Genèse : « Puis Dieu dit: Que la terre produise de la verdure, de l'herbe portant de la semence, des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur espèce et ayant en eux leur semence sur la terre. Et cela fut ainsi..», le film sonne plutôt comme une liturgie catholique d’avant carême « Souviens toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ».

Comme le clame Job dans la Bible, au plus profond de la détresse : « Me voilà devenu poussière et cendre. Je hurle vers toi, et tu ne réponds pas ». Autre allégorie de l’impuissance des hommes face à la mondialisation invisible et invincible. Belle démonstration.

« La Terre et l’ombre » de César Acevedo - Film colombien avec Haimer Leal, Hilda Ruiz, Edison Raigosa – Drame - 1h 37min – Sortie 3 février 2016

La Terre et l'ombre - Cesar Augusto Acevedo - Semaine d ela Critique 2015 ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comLa Terre et l'ombre - Cesar Augusto Acevedo - Semaine d ela Critique 2015 ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comLa Terre et l'ombre - Cesar Augusto Acevedo - Semaine d ela Critique 2015 ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

La Terre et l'ombre - Cesar Augusto Acevedo - Semaine d ela Critique 2015 ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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