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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Enfance, #Europe
[Cinéma – Le Rialto – Nice] Moi Daniel Blake : too much ?

Tout peur être reproché à Ken Loach sauf sa constante indignation face à la pauvreté, la précarité, la misère et les méfaits de l’ultralibéralisme au Royaume-Uni. De ce point de vue, non seulement Moi, Daniel Blake entre dans la lignée des My Name is Joe ou Looking for Eric mais le ton se fait encore plus dramatique.

Contrairement à certains autres films de Ken Loach, le seul tort du héros Daniel Blake est d’avoir été victime d’un infarctus, lui qui avait toujours travaillé jusqu’alors. Rien de grave dans un welfare state, beaucoup plus dans un pays qui a privatisé à tour de bras. Dans un pays où la privatisation du service public est reine, dans un pays qui a tellement segmenté les services à coup de vente par lots à des boîtes d’audit soucieuses de rentabilité, l’affaire prend des allures kafkaïennes.

Daniel Blake  veut bien travailler mais son médecin le lui interdit, Daniel Blake veut bien profiter d’une allocation temporaire de handicap mais l’agence le lui refuse l’estimant apte au travail, Daniel Blake veut bien s’inscrire au pôle emploi local mais lorsqu’il réussit à trouver un emploi, il est obligé d’y renoncer parce que son médecin le lui interdit et là commence la judiciarisation  de l’affaire qui ne forme que des perdants.

Ajoutez à cela l’interminable attente téléphonique en surtaxé avec  les sempiternelles Quatre Saisons de Vivaldi ou plutôt devrions-nous dire le sempiternel extrait du Printemps que Ken Loach décline dans une version in et dans une version out pour indiquer la longueur de l’attente. Pour ne rien épargner, "cherry on the cake", le réalisateur filme avec justesse la fracture numérique avec un Daniel Blake en perdition face à des formulaires en ligne rebelles.

Non ! Décidément, Ken Loach n’a rien perdu de son énergie à combattre l’inhumanité anglaise mais là où l’énergie de Joe faisait merveille, là où le fantôme d’Eric Cantona galvanisait les troupes, rien ici ne laisse place à l’espoir comme si la situation s’était encore davantage dégradée comme si la dernière solidarité, la seule qui maintenait encore un espoir ténu avait définitivement volé en éclat.

Entre too bad et too much, le spectateur se complait à penser que le réalisateur a voulu en faire un peu trop, que le trait est forcé, qu’il a gommé un à un tous les espoirs pour mieux alerter et pourtant, en reprenant les discours politiques en ces temps de présidentielles et de privatisation forcenée assumée, le grand frisson de la  descente aux enfers nous affecte, a fortiori si vous pensez que l’art n’est qu’une conception esthétique inspirée par le réel.  

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