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un-culte-d-art.overblog.com

Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Europe, #Epoque contemporaine, #Amour, #Violence, #Politique, #Musique, #Opéra
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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Coïncidence de l’Histoire, la mort de la « prima ballerina assoluta » du Bolchoï, Maïa Mikhaïlovna Plissetskaïa, dont le père a été fusillé par Staline lors des grandes purges de 1938, télescope la première à l’opéra de Monte-Carlo du Lady Macbeth de Mtsensk de Dimitri Chostakovitch, opéra voué aux mêmes gémonies.

Créé le 22 janvier 1934 à Leningrad et deux jours plus tard à Moscou sous le titre de Katerina Ismaïlova , Lady Macbeth de Mtsensk dresse le portrait d'une jeune femme esseulée dans la Russie profonde qui tombe amoureuse d'un employé de son mari, marchand aisé avant d’être finalement poussée au meurtre et au suicide. Joué une centaine de fois en Union soviétique, l’ouvrage ne survit pas à la publication dans la Pravda du 28 janvier 1936 d’un article intitulé « Le Chaos remplace la musique », qui attaque violemment le compositeur et son ouvrage : Staline vient de passer par les armes l’opéra de Dimitri Chostakovitch.

Avec ses panneaux de bois coulissant permettant de passer du logis à la boucherie et l’abattoir à la chambre avant de se retrouver sur le chemin d’un obscur goulag sibérien, la scénographie permet également de projeter à chaque intermède la une de la fameuse Pravda assassine ou de titres en cyrillique dont on devine qu’ils ont trait à la boucherie ou à l’abattoir. La scénographie est composée de décors ternes qui finissent pas devenir gris symbolisant à la fois l’ennui profond de l’héroïne et sa descente aux enfers.

Dans la fosse, Jacques Lacombe se déchaine et l’orchestre aussi : la musique sonne, tinte, se fait cinématographique, décrit, souligne voire surligne l’action jusqu’à devenir, sous l’intonation des cuivres, orgasmique lors des ébats passionnés de la belle Katerina et de son amant Sergueï.

La mise en scène de Marcelo Lombardero ne laisse rien au hasard. Sans temps mort, elle offre à la fois un visuel de tous les instants, tire parti de tous les espaces, guide les déplacements de chaque chanteur de manière très précise et, surtout, ne lésine pas avec un certain réalisme érotique qui contribue à rendre très crédible cette passion destructrice.

Si l’ensemble du plateau est vocalement et scéniquement impérial ou plutôt soviétiquement impérial pour rester dans le ton, Nicola Beller Carbone campe une Katerina Lvovna Ismaïlova dont la fougue vocale rivalise avec la farouche volonté du personnage qu’elle arrive à exprimer sur scène. Son beau-père (la basse russe Alexeï Tikhomirov) en impose. En un mot comme en cent, par sa voix grave et par sa stature, il fait peur, il effraie. Le ténor russe Micha Didyk ne pouvait être que l'amant idéal. Sa voix puissante, son physique d’athlète, combinés à des costumes qui le démarquent des autres, en font le point central. Nicola Beller Carbone et Micha Didyk sont non seulement des chanteurs d’exception mais également des comédiens hors-pair sachant prendre des risques et se mettre en danger ; le résultat est fantastique.

« La laideur gauchiste » et « la course à l'innovation petite-bourgeoise » décriée par Staline auront eu temporairement raison de l’œuvre mais pas de Dimitri Chostakovitch. Quarante ans après la mort de Dimitri Chostakovitch, soixante-deux ans après la mort du fossoyeur de son ouvrage et soixante dix-neuf ans après son interdiction, l’opéra Lady Macbeth de Mtsensk a retenti pour la première fois salle Garnier à Monaco et pour un coup d’essai ce fut un coup de maître.

©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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