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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Proche orient, #Amour
L'enlèvement au Sérail - Opéra de Toulon -Provence-Méditerranée ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

L'enlèvement au Sérail - Opéra de Toulon -Provence-Méditerranée ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

correspondent sous les plumes d’Uzbek et Rica dans les Lettres persanes de Montesquieu ou qu’ils apparaissent derrière le célèbre Que diable allait-il faire dans cette galère? dans Les Fourberies de Scapin de Molière, les orientaux fascinent l’Europe de l’époque moderne qui ne s’est pas encore débarrassée de ses envies de croisades, les Turcs étant encore largement présents dans les Balkans. C’est dans ce contexte que Wolfgang Amadeus Mozart crée Die Entführung aus dem Serail (L’enlèvement au Sérail), Singspiel en trois actes sur un livret de Goettlieb Stephanie le  16 juillet 1782 à Vienne au Burgtheater.  Le droit des femmes, la liberté d’aimer, la captivité et les mirages orientaux, contribuent au succès immédiat de l’œuvre qui cherche par ailleurs  à fonder un modèle d’opéra allemand.

Outre sa spécificité, son texte parlé et ses multiples défis vocaux, Die Entführung aus dem Serail pose le problème de sa mise en scène qui doit jouer de tous les registres et gérer les différents espaces du drame.  Le metteur en scène se fait également comédien dans la mesure où il se réserve traditionnellement le rôle du Pacha Sélim. Une sorte de mise en abyme car le Pacha Selim qui détient les clés du palais, du sérail et du drame tient également les clés de la mise en scène.   

Pour gérer l’ensemble, le metteur en scène Tom Ryser ne s’est pas encombré d’une scénographie embarrassante qui pourrait devenir envahissante et empêcher les changements de lieux rapides. Il a préféré la proposition de David Belugou : une division du plateau en deux. L’avant-scène est le lieu du réel, le lieu permettant au drame de se nouer ou de se dénouer, l’arrière scène devient alors l’autre lieu qu’il soit le dehors par opposition au-dedans ou le dedans par rapport au dehors, le lieu fantasmé, le lieu du rêve, de l’inconscient du subconscient. Des tentures orientales, sortes de tapis verticaux, permettront ou empêcheront le passage à la fois à la manière d’Ali Baba avec un code mais aussi à la manière d’un jeu contemporain avec un code couleur et un bip sonore. Cette « verticalisation » d’objet horizontaux se retrouvera dans la scène du sérail avec des lits verticaux, signes que les codes sociaux sont chamboulés.  Les lumières de Marc Delamézière soulignent tout à tour les espaces et les costumes de Jean-Michel Angays et Stéphane Laverne complètent le dispositif.

La direction d’acteurs est judicieusement pensée. Le chant comme le texte comporte de nombreuses répétitions. A ces répétitions vocales, le metteur en scène répond par un comique de répétition qui fonctionne : chaque apparition des hommes dans le sérail sera ponctuée par un cri d’effroi des choristes que ne renierait pas le cinéma. Les classes sociales sont particulièrement marquées. Si les retrouvailles de Konstanze et Belmonte se font au ralenti, dans la plus grande pudeur, ne se touchant que modérément, celles de Blonde et Pedrillo se font plus sonores, plus tactiles, plus enjouées. La dualité des personnages, des couples, renforce la dualité de l’espace scénique. Enfin cerise sur le gâteau, Blonde est … brune mais porte le nom de la couleur de la chevelure de sa maîtresse.

Dans la fosse, Jurjen Hempel tire le meilleur du petit effectif de l’orchestre de Toulon et dirige parfaitement musiciens chanteurs et choristes que la mise en scène de Tom Ryser a su utiliser avec intelligence. Aleksandra Kubas-Kruk en blonde Konstanze et Jeanette Vecchione en brune Blonde campent les deux rôles féminins complémentaires avec conviction et relèvent chacune pour sa partie les défis vocaux de l’œuvre.  Oleksiy Palchykov (Belmonte) et Keith Bernard Stonum (Pedrillo) leurs pendants masculins sont au diapason et ne se livrent pas à une guerre de ténors. Ils ont la grande intelligence comme le yin et le yang de former un tout en étant eux-mêmes, Oleksiy Palchykov (Belmonte) en retenue nobiliaire et Keith Bernard Stonum (Pedrillo) en serviteur-bouffon. Toute la salle attendait Taras Konoshchenko en Osmin dans Wie will ich triumphieren : allait-il descendre deux fois jusqu'au ré grave ? S’il y arrive à sa deuxième tentative, son ré grave manque de puissance mais cela n’aura en rien gâché la réussite de cet enlèvement, vraiment superbement enlevé.

L'enlèvement au Sérail - Opéra de Toulon -Provence-Méditerranée Aleksandra Kubas-Kruk, Oleksiy Palchykov, Keith Bernard Stonum, Tom Ryser, Taras Konoshchenko, Jeanette Vecchione ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comL'enlèvement au Sérail - Opéra de Toulon -Provence-Méditerranée Aleksandra Kubas-Kruk, Oleksiy Palchykov, Keith Bernard Stonum, Tom Ryser, Taras Konoshchenko, Jeanette Vecchione ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
L'enlèvement au Sérail - Opéra de Toulon -Provence-Méditerranée Aleksandra Kubas-Kruk, Oleksiy Palchykov, Keith Bernard Stonum, Tom Ryser, Taras Konoshchenko, Jeanette Vecchione ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comL'enlèvement au Sérail - Opéra de Toulon -Provence-Méditerranée Aleksandra Kubas-Kruk, Oleksiy Palchykov, Keith Bernard Stonum, Tom Ryser, Taras Konoshchenko, Jeanette Vecchione ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

L'enlèvement au Sérail - Opéra de Toulon -Provence-Méditerranée Aleksandra Kubas-Kruk, Oleksiy Palchykov, Keith Bernard Stonum, Tom Ryser, Taras Konoshchenko, Jeanette Vecchione ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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