Blog de mes curiosités
30 Décembre 2017
Nice - Cinéma – Le Rialto « Detroit » - Kathryn Bigelow ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Le public, en s’installant dans son fauteuil, se doutait bien qu’il n’allait pas franchement assister à une partie de plaisir mais sans doute n’était-il pas préparé à une réalité aussi crue au point de s’interroger sur le sens et surtout la fragilité de notre État de droit. Si l’intention de Kathryn Bigelow était de nous mettre face à nos responsabilités de citoyen, son pari est réussi.
Composé de trois parties qui pourraient s’intituler Espoir, Huis-clos et Rancœur, Detroit retrace les vagues d’émeutes qui ont secoué la ville éponyme du film à l’été 1967 dans une atmosphère quasi-insurrectionnelle. La première partie du film suit une bande de cinq chanteurs noirs sur le point de participer au concours de leur vie, la seconde, filmée en huis clos, narre l’investissement de l’Algiers Motel par des forces de l’ordre dans lequel trois hommes, non armés, seront abattus à bout portant, et plusieurs autres blessés et la troisième partie suit les procès des policiers blancs quelques années plus tard.
La structuration se veut didactique, il y a un avant et un après mais le film trouve sa vraie force dans le huis-clos de l’hôtel au point de rendre les deux autres parties beaucoup moins convaincantes voire superflues. De plus, Will Poulter dans le rôle de Krauss possède trop le physique de l’emploi dans son rôle de fumier patenté.
L’autre petit grain de sable du film intervient sur le générique de fin : Kathryn Bigelow indique à l’extrême fin de son film que le film est une fiction reposant sur des faits réels et qu’elle vient de proposer sa version des faits. Proposé en début comme un avertissement, il eut paru moins manipulateur que cette annonce finale. Mieux, elle aurait pu éviter tout bonnement l’annonce car placé en fin de film, il met le spectateur mal à l’aise, il sonne et il passe mal.
Cependant, le film conserve sa nécessaire force de frappe, ce nécessaire appel au réveil, rappelle combien nos démocraties sont fragiles, combien notre état de doit peut se révéler illusoire, nous sort de notre confort, de nos certitudes, de notre léthargie. A l’aune des ères trumpienne, poutinienne, polono-conservatrice ou Ergoganienne, il était plus que salutaire de nous rappeler comme Marcellus que Something is rotten in the state of Denmark - quelque chose est pourri dans l'État de Danemark (William Shakespeare, Hamlet, acte I, scène 4).
« Detroit » - Drame de Kathryn Bigelow avec John Boyega, Will Poulter, Algee Smith – États-Unis - Date de sortie : 11 octobre 2017 – Durée : 2h 14min