Blog de mes curiosités
23 Mars 2017
"Elektra" de Richard Stauss - Festival mémoires - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Ailleurs tous vos regards, ailleurs toutes vos larmes, Aimez ce que jamais on ne verra deux fois. L’opéra de Lyon aurait-il voulu défier la Maison du Berger d’Alfred de Vigny ? Si l’opéra est un genre éphémère, si deux représentations deux soirs de suite peuvent se révéler différentes, si les mises en scène différent, il s’en trouvera toujours quelques unes qui auront marqué les esprits, leur époque, leur public. Chacun de nous a sa mise en scène d’exception dont il ne tarit pas d’éloge.
Si certaines mises en scène sont devenues mythique, l’Opéra de Lyon prend l‘énorme risque avec son festival Mémoires, de faire revivre trois œuvres créées par trois créateurs de l’école théâtrale allemande de la fin du XXème siècle aujourd’hui disparus : Elektra, mise en scène par Ruth Berghaus en 1986, Tristan et Isolde par Heiner Müller en 1983, Le Couronnement de Poppée par Klaus Michael Grüber en 1999. Proposition audacieuse qui questionne l’essence même du spectacle vivant.
Resté trente-trois ans au répertoire depuis sa création à Dresde en 1986, l’Elektra de Ruth Berghaus place les instrumentistes qui ne rentraient pas dans la petite fosse de l’Opéra de Dresde sur scène, sous la structure où évoluent les chanteurs, faisant ainsi de l’orchestre un élément du drame. La structure est une sorte de maison contemporaine à trois niveaux avec terrasses, balcons en avancée et plongeoir, qui permettent cette attente quasi messianique de celui qui résoudra le drame : Oreste. Les trois niveaux de la structure peuvent faire penser aux trois mondes de la cosmogonie grecque, à la recomposition familiale, consécutive aux drames, aux trois enfants ou encore aux différents lieux public, privé et symbolique.
La mise en scène de Ruth Burghaus de cette œuvre expressionniste renforce la dimension symbolique : Clytemnestre apparaît en rouge sang, Chrysothémis arbore une robe dorée et Elektra porte les vêtements blafards de sa profonde mélancolie. Sa camisole se termine par un lien qui l’arrime au premier étage mais ce lien qui l’arrime fait également penser aux fileuses de destin que sont les Moires. Elektra, victime ou manipulatrice ? La mise en scène ne tranche pas mais questionne le spectateur.
La présence de l’orchestre sur scène effraie dans un premier temps ; l’orchestre couvrira-t-il les voix ? C’est évidemment mal connaître Hartmut Haenchen à la direction à la fois vigoureuse et retenue. Les cent musiciens et leur chef finissent par se fondre dans le décor et la question du sens des musiciens sur scène finit par s’estomper pour revenir pus tard. Les écrans disséminés permettent aux chanteurs de ne pas perdre des yeux le chef et le chœur invisible chante depuis les coulisses.
Chrysothémis interprétée par Katrin Kapplusch possède la froideur, la rigidité qui sied au personnage des débuts de l’œuvre avant de se rallier. Clytemnestre (Lioba Braun) et Egisthe (Thomas Piffka) sont solides et le traitement des personnages traversés alternativement par la morgue, le doute et la peur rejaillit dans leur interprétation. Oreste sans Pylade (Christof Fischesser) incarne à merveille l’héroïsme de son personnage. Enfin, Elena Pankratova est une Elektra qui trouble le spectateur incarnant toutes les facettes de ce personnage ambivalent dont nul ne sait s’il est victime ou déclencheur de l’histoire.
A la question de savoir si des mises en scènes mythiques peuvent être recréées la réponse est donc positive. Si elles sont forcément datées, forcément témoins d’une époque, elles possèdent ce côté intemporel qui leur permettent de revivre. L’intemporalité de la mise en scène de Ruth Berghaus tient sans aucun doute dans ce questionnement du spectateur qui longtemps après se demande encore si…
"Elektra" de Richard Stauss - Festival mémoires - Opéra de Lyon ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Opéra de Lyon - Site officiel