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[Musique – Opéra de Toulon-Provence -Méditerranée – Toulon] Pelléas, Mélisande et Serge Baudo en dehors du temps

©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Pelléas et Mélisande, opéra de Claude Debussy d’après la pièce de Maurice Maeterlinck mis en scène par René Koering déjà été présentée à Nice il y a deux ans est à l’affiche de l’opéra de Toulon. La pièce de Maurice Maeterlinck, Pelléas et Mélisande, créée en 1892, est considérée comme un des sommets du symbolisme au théâtre. A l’époque du symbolisme, le théâtre se caractérise par des pièces, dont le rythme est lent, parfois onirique ou poétique, chargées de symboles et de signes évocateurs. Dans sa mise en scène René Koering a joué avec ces codes.

Les personnages sont enfermés dans cette pièce sans lendemains qui chantent, ouverte seulement sur l’extérieur par deux portes fenêtres. Ici, point de cheveux longs, point de murailles à escalader, ni d’eau sur scène, mais un châle bleu qui prolonge les cheveux, un jeu de lumière sur le mur et une vidéo qui reprend les éléments. La vidéo n’est pas factice ; elle est un véritable élément au service de l’enjeu dramatique et apporte les éléments de contexte : l’eau, l’étang, le ciel en furie, le jour, la nuit.

La grande intelligence de la mise en scène de René Koering est l’atemporalité du propos : ici mise en scène contemporaine ne rime pas avec translation spatio-temporelle mais avec « longue durée ». Les querelles de famille, les tensions, les jalousies entre frères, les amours contrariées sont le lot de toutes les familles à travers l’histoire et c’est bien ainsi que le metteur en scène nous les montre. De la même manière, Pelléas et Mélisande s’aiment : ils parcourent ensemble la campagne à vélo comme ils le feraient à d’autres époques à pied, à cheval ou en voiture. L’image du petit Yniold dans ce spectacle nous renvoie inconsciemment à Poil de Carotte mais en même temps, le jeu auquel il joue (une voiture téléguidée) est de notre temps ; lui aussi devient intemporel.

Dans ce décor savamment orchestré, évoluent les personnages de l’intrigue. Le plateau est quasiment entièrement renouvelé depuis la production de Nice en 2013, seul Thomas Dear en docteur retrouve son rôle. Si Cornelia Oncioiu peu audible dans Geneviève, ne nous laissera pas un souvenir impérissable, l’ensemble du plateau est homogène. Chloé Briot a troqué son costume de Rosée du soir dans Le Roi Carotte de Jacques Offenbach à Lyon pour le costume d’Yniold. Si l’interprétation est excellente, Yniold semble cependant un peu grand de taille. La basse Nicolas Cavallier avait pour lourde charge de succéder à Willard White en Arkel, défi qu’il a parfaitement relevé sous son imposante toison qui semblait faite pour le rôle. Sophie Marin-Degor ne démérite pas en Mélisande mais l’interprétation de Sandrine Piau à Nice côtoyait tellement l’exceptionnel qu’elle a forcément laissé une empreinte. Guillaume Andrieux en Pelléas lui donne la réplique et c’est un jeune baryton qu’il va falloir surveiller de près. Grande aisance, belle présence scénique, le couple qu’il forme avec Sophie Marin-Degor fonctionne. La voix est belle et il possède la candeur du rôle. En Golaud, Laurent Alvaro n’incarne pas seulement le rôle, il le vit. La jalousie, la colère marquent son visage. Son amour trahi envahit l’espace. Il est aussi tonitruant dans sa colère que charmeur dans la mélodie. Il est présent physiquement, émotionnellement et vocalement, belle performance. S’il fallait un hommage à Franck Ferrari qui avait tenu le rôle dans la production lyrique niçoise, Laurent Alvaro lui a rendu le plus beau et le plus musical des hommages.

A la baguette : Serge Baudo né à Marseille le … 16 juillet 1927. Non ! Non ! Il n’y a pas de faute de frappe. Serge Baudo dont il se dit en coulisse qu’il a dirigé dimanche son dernier opéra est bien au pupitre à 88 ans. Un seul mot vient après une telle performance : époustouflant. Epoustouflant de rigueur, d’énergie, de dynamisme, il mène l’orchestre de Toulon au plus haut.

En 1962, Herbert von Karajan l’avait invité à diriger Pelléas et Mélisande à la Scala de Milan. Ils ne pouvaient pas s’imaginer tous les deux que, cinquante-quatre ans après, le public prendrait un tel plaisir à le réentendre diriger cet opéra.

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Opéra de Toulon - Pelléas et Mélisandre - Direction musicale : Serge Baudo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOpéra de Toulon - Pelléas et Mélisandre - Direction musicale : Serge Baudo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Opéra de Toulon - Pelléas et Mélisandre - Direction musicale : Serge Baudo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOpéra de Toulon - Pelléas et Mélisandre - Direction musicale : Serge Baudo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Opéra de Toulon - Pelléas et Mélisandre - Direction musicale : Serge Baudo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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