Blog de mes curiosités
14 Avril 2016
« Et je m’éclipse ». Ainsi prend fin le film testament de Manoel de Oliveira La Visite ou Mémoires et confessions. Dédié à sa femme, Maria Isabel, le film articulé autour d’un texte d’Agustina Bessa-Luis, a été tourné à Porto dans la maison familiale au début des années 80. Conservé par la cinémathèque de Porto, il ne devait être dévoilé qu’après la mort du réalisateur survenue le 2 avril 2015 à 106 ans et quelques mois. Projeté pour la première fois en public le 4 mai 2015 à Porto, sa ville natale, et le lendemain à la Cinémathèque de Lisbonne, avant d’être montré à Cannes, jeudi 21 mai dans le cadre de Cannes Classic, il est aujourd’hui proposé sur les écrans au grand public.
S’éclipser lui aura pris malgré tout quelques trente-quatre ans et vingt-six long-métrages entrecoupés par plusieurs hommages dont une Palme d'or pour l'ensemble de son œuvre à Cannes pour ses cent ans en 2008 pour laquelle il déclarera : « J'apprécie énormément de la recevoir de cette façon-là parce que je n'aime pas trop la compétition, c'est-à-dire gagner contre mes collègues ; c'est une belle façon de recevoir un prix ».
Le film de Manoel de Oliveira accompagné en off par le texte d’Agustina Bessa-Luis et le Concerto pour piano n° 4 de Beethoven commence par un cheminement dans les jardins et les pièces d’une propriété vide. Les personnages qui s’expriment en voix off semblent être des esprits revenus dans leur maison. Dans cette maison, beaucoup d’objets qui laissent peu de doute sur le propriétaire des lieux : machine à écrire, reproductions de tableaux, collection de maquettes et d’objets rappelant la tradition navigatrice des Portugais et collections d’images et de symboles pieux rappelant leur ferveur catholique.
Soudain, de manière récurrente, semblant surgir de nulle part Manoel de Oliveira apparait devant sa machine à écrire et se livre à quelques confessions : sa passion dévorante pour le cinéma qui finira par dévorer la maison familiale. Sa passion pour sa femme et ses enfants qui apparaissent à travers les photographies- portraits de famille. Son attachement à la terre portugaise et à celle de Porto et de sa campagne en particulier et enfin sa foi, qu’il interroge sans détour. Il retrace enfin son histoire, les usines familiales, leur faillite, ses débuts en cinéma, sa confrontation avec la dictature de Salazar, sa reconnaissance… en France et non au Portugal.
Hormis lui, seule sa femme Maria Isabel apparaitra à l’écran. Filmée dans un jardin de fleurs, elle témoigne de son amour et de son sacrifice pour le cinéma de son mari. « Je trouve le cinéma merveilleux en ce qu’il me fait sortir de ma routine. Je m’occupe de tous les problèmes pour qu’il puisse faire du cinéma » répondant ainsi à cette confession de son mari : « Le cinéma est ma passion. J’ai tout sacrifié à la possibilité de faire des films. »
Le spectateur regarde ce film testament en connaissant, lui, parfaitement l’ensemble de l’œuvre de Manoel de Oliveira et notamment ses vingt-six long-métrages dont trois tournés après ses cent ans. Il en connait donc en découvrant le film plus que le réalisateur lui-même qui parle de ses souvenirs. Étrange sensation mais le cinéma n’est-il pas aussi l’art de s’affranchir des humaines questions du temps ?
La Visite ou Mémoires et confessions de Manoel de Oliveira - Cinéa Rialto - Nice ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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