Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
un-culte-d-art.overblog.com

Blog de mes curiosités

Publicité

[Danse- Musique Théâtre national de Nice] En avant marche : Alan Platel casse la baraque… à frites

©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Cela démarre comme une gigantesque plaisanterie belge, variation d’un gag déjà vu mais qui fonctionne toujours. Sur une symphonie enregistrée un homme plus très jeune attend instrument à la main le moment où il doit placer son coup de cymbales. En 1992 déjà, dans le court métrage Le Batteur du Boléro, Patrice Leconte suivait le long moment de solitude de Jacques Villeret attendant son heure d’entrer en scène dans le Boléro de Maurice Ravel. De la même manière, dans Sound of Noise des Suédois Ola Simonsson et Johannes Stjarne Nilsson, le batteur scrutait sa partition désespérément vide de la Symphonie n° 94 la Surprise de Joseph Haydn, attendant le coup de timbale fatidique.

La nouveauté ici réside dans la manière dont le personnage se joue du temps qui passe. Il avance la symphonie, rate l’entrée, revient en arrière puis le moment venu, corps tendu, il exécute LE coup précis. La précision et le temps qui passe seront effectivement deux des moteurs du spectacle. Le personnage essaiera pendant toute la durée du spectacle de mettre la mort à distance, de retenir le temps, de reculer le moment du passage de témoin car chacun l’aura compris, l’argument du spectacle est ténu : dans une fanfare municipale un vieux musicien malade passe le relai à son successeur désigné.

Petit à petit, la scène s’anime : entrent tout d’abord quatre comédiens puis sept musiciens issus d’une célèbre fanfare flamande bientôt accompagné d’autres musiciens dont il apparait, à mesure que le spectacle avance, qu’ils forment la pièce rapportée. Ce sont en effet des musiciens locaux, grands amateurs qui ont rejoint la petite troupe. La scène se fait alors salle de répétition, salle de rencontres, salle de réunion et le spectacle diffère donc d’une ville à l’autre en fonction des musiciens rapportés.

Cuivre, bois et percussions de cette fanfare rappellent bien évidemment les fanfares des désormais Hauts de France ou de Belgique. Le spectacle démarre comme le film Le Grand'Tour de Jérôme le Maire (sous-titré un very belge trip), lorgne du côté de P’tit Quinquin de Bruno Dumont dans ses parties déjantées avant d’en revenir au bout d’une heure à ses fondamentaux chorégraphiques lors d’un Jouez, sinon on est perdus lancé par le plus vieux des musiciens qui nous ramène immédiatement au Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus de Pina Bausch.

Et la danse au final servira de transmission entre la jeune génération et la nouvelle. Les amateurs de ballets qui s’estimaient jusque là floués deviennent comme au moment d’un décollage écrasés dans leur fauteuil : Wim Opbrouck et Hendrik Lebon exécutent dans la dernière partie de l’œuvre un monumental numéro de transmission chorégraphique à couper le souffle rattrapant en moins d’une demi-heure de portée, de tensions, de mouvements, de poids du corps, de glissements, tout ce que le spectacle n’avait chorégraphiquement pas dit jusqu’alors.

Ce spectacle des ballets C de la B accompagné musicalement par le KMV De Leiezonen monte en tension minute par minute. Outre la performance chorégraphique finale, le spectacle est également une performance musicale de premier plan : jouer des extraits de Traviata de Giuseppe Verdi, des extraits de symphonies de Gustav Mahler ou pianistes tiré du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns en mode fanfare relève également du tour de force.

En avant, marche ! mis en scène par Frank Van Laecke et Alain Platel sous la direction musicale de Steven Prengels impressionne car, sous son air débonnaire et déconstruit, la pièce est une fantastique allégorie de la vie, de ses joies, se ses frustrations, de ses rencontres, de ses ruptures, de ses tensions (magnifique et émouvant triangle amoureux entre Wim Opbrouck et Hendrik Lebon et la comédienne Chris Thys, époustouflante en majorette rescapée d’une troupe qui ne semble plus exister). En avant marche ! explore le temps qui passe, interroge le moment où il faut passer la main, questionne l’être et le paraître.

Un seul conseil : grande déprime ou pas, foncez voir ce bijou chorégraphico-musico-théâtral à la première occasion et retournez le voir, encore et encore.

Publicité
Théâtre national de Nice - En avant marche ! de Frank Van Laecke, Alain Platel et Steven Prengels ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comThéâtre national de Nice - En avant marche ! de Frank Van Laecke, Alain Platel et Steven Prengels ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comThéâtre national de Nice - En avant marche ! de Frank Van Laecke, Alain Platel et Steven Prengels ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Théâtre national de Nice - En avant marche ! de Frank Van Laecke, Alain Platel et Steven Prengels ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article