Blog de mes curiosités
19 Février 2016
Le nouveau film de Naomi Kasawe AN présenté au dernier Festival de Cannes dans la catégorie Un Certain Regard est rebaptisé Les Délices de Tokyo pour sa sortie en salle. Si AN est un des ingrédients qui sert à réaliser les dorayakis, les Délices de Tokyo en sont manifestement le résultat. Le titre japonais prend donc le parti de l’ingrédient, le titre français le résultat ; Naomi Kasawe est à la confection, le spectateur à la délectation.
Les Délices de Tokyo, s’il repend partie de la fabrication des Dorayaki n’est pas un film culinaire ; il fait plutôt partie de ces films qui prenant prétexte de la cuisine explorent une société comme le film indien The Lunchbox de Ritesh Batra en 2013. Les Délices de Tokyo durent plus qu’un dorayaki en bouche mais n’excèdent pas une saison, le film débute à la floraison des cerisiers, à la renaissance, il se terminera au seuil de l’hiver.
Les Délices de Tokyo c’est d’abord l’histoire de la rencontre de trois solitudes : celle de Sentaro (Masatoshi Nagase) qui cuisine en sauvage ses dorayakis, celle de Wakana (Kyara Uchida), collégienne isolée et celle de Tokue (Kirin Kiki) grand-mère sortie de nulle part. Chacun a sa part d’ombre, chacun a son secret que le film va révéler petit à petit, chacun épaule l’autre pour que de trois solitudes naisse non une méga-dépression mais une solidarité, une amitié.
Le film est témoin de la société japonaise actuelle et passée. Il met en scène trois générations : celle de l’immédiat après-guerre et ses éternels affres, celle des années 80 et l’actuelle : la grand-mère, le fils et la petite fille dans l’idéal car Tokue n’a pas de descendance, Wakana, guère d’ascendance et Sentaro, ni l’un ni l’autre. Le film fonctionne également avec le principe chinois du yin et du yang : douleurs et joie font partie d’une même histoire, il suffit de les équilibrer.
Le film présente régulièrement la dualité de la société japonaise, sa tradition et sa modernité notamment par l’allégorie de la fabrication des dorayakis : pâte industrielle pour les haricots rouges confits ou fabrication artisanale ? Mais il présente également sans misérabilisme les travers de cette société notamment les exclusions qu’elles soient le fruit de l’inadéquation au système scolaire, l’inadéquation au productivisme ou l’inadéquation à l’asepsie extrême.
Le film exploite finement la grande différence entre l’efficacité et le productivisme : dans leur boutique, le duo est efficace mais sans envie de passer au productivisme. Le film avance d’ailleurs avec lenteur, comme la cuisine bien faite, pour mieux nous faire savourer tous les moments de la vie, il est une ode au ravissement, un appel à la délectation, une recette pour éviter de perdre sa vie à la gagner.
Rependrez-vous un petit dorayaki ?
Le Rialto - Nice - Site officiel