Blog de mes curiosités
6 Janvier 2019
Lyon - Cinémas Lumière-Bellecour - "Grass"de Hong Sans-soo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Depuis Le Jour où le cochon est tombé dans le puits, Hong Sang-soo tourne à une vitesse vertigineuse des films qui, selon le célèbre adage de Jean-Baptiste Morain des Inrocks, filme toujours la même chose en différent. Des histoires d'amours malheureuses, l'ivresse, comme échappatoire au réel et révélateur des tensions, des bars, des histoires simultanées vécues par les différents protagonistes, des points de vue de différents personnages sur la même histoire, tous les ingrédients sont présents. Si le spectateur sait que trouver dans le film de Hong Sang-soo, il en ignore complètement l’agencement, la recette.
Grass met en scène huit couples qui se retrouvent dans le même quartier et dans le même bar à différents temps de la journée. Quel point commun relie tous ces protagonistes ? A priori ils ont tous un rapport avec la culture au sens large ou l’art en particulier : certains sont écrivains ou s’en défendent, d’autres sont comédiens, le dernier travaille à la télévision ; certains ont même une certaine notoriété. L’une des protagonistes semble laisser trainer son oreille pour recueillir les propos de la clientèle. Serait-ce elle qui raconte ses histoires de bar ? Le film nous montrera qu’il n’en est rien puisqu’elle devient elle-même protagoniste de l’histoire.
Le deuxième point entre tous ces protagonistes est l’accident de vie : certains ont été confrontés au suicide, d’autres au licenciement, d’autres encore à l’exclusion. Il est d’ailleurs symptomatique que les conversations des uns et des autres reprennent parfois mot pour mot une réplique déjà prononcée par un autre couple. Certes les conversations de bistrots sont toujours les mêmes en général mais là c’est souvent à la virgule près que les tirades reviennent mais dans un autre contexte.
Les protagonistes sont d’accord sur un point : le patron du bistrot est une personne formidable. Il sert à boire mais nul ne le voit, il accepte que les consommateurs viennent avec leur bouteille. Le fond musical qu’il propose est très particulier : Lohengrin et Tannhäuser de Richard Wagner ou Orphée aux Enfers de Jacques Offenbach ; les spectateurs passent ainsi du drame à la comédie avec une facilité déconcertante à partir de ces trois histoires d'amours contrariées. Mais quand enfin la caméra se retourne sur le bar, nul patron à l’horizon.
Et Grass dans tout ceci ? Pas de verte Erin à l’horizon mais quelques plantes en pots que des comédiens viennent toucher de temps à autre sur la terrasse du bar. Mais en anglais Grass peut également désigner un bruit de fond voire un mouchard.
En résumé, les protagonistes du bar racontent la même chose en différent, selon différents points de vue, l’alcool est omniprésent, le titre du film peut désigner des bruits de fond ou un mouchard, le patron du bar verse dans la culture lyrique européenne, tout le monde l’aime, lui seul est en capacité d’entendre toutes ses histoires mais il demeure invisible ; il est vrai que celui qui filme se montre rarement.
Lyon - Cinémas Lumière-Bellecour - "Grass"de Hong Sans-soo ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Cinémas Lumière - Lyon - Site officiel