Blog de mes curiosités
16 Juin 2018
Il est des soirées où les plaisanteries risquent de tomber à plat. Inutile d’essayer avec un public wagnérien de leur dire « Vous aussi vous êtes venu écouter Charlie Chaplin ? ». Même s’ils savent que Charlie Chaplin a repris l’ouverture de Lohengrin dans The Great Dictator, ils risquent de ne pas goûter le sel de la plaisanterie. A public particulier, atmosphère particulière : ce soir, point de téléphone, ni d’écran, ni de chuchotement, l’heure est à la communion wagnérienne et c’est une ambiance idéale pour écouter une œuvre.
Avec Lohengrin ce sont les racines mêmes de l’Allemagne que Richard Wagner évoque et notamment celles de Henri Ier l’Oiseleur, fondateur au Xème siècle de la dynastie des Ottoniens, créatrice du Saint-Empire Romain Germanique. Mais la mystique médiévale ne s’arrête pas à l’événementiel. Accusée du meurtre de son frère, la jeune princesse Elsa est secourue par un noble chevalier qui s’offre de subir le jugement de Dieu à sa place pour démonter son innocence. Le système des ordalies au Moyen-âge était un moyen fort expéditif de trouver la Vérité : l’accusateur et l’accusé se battaient en duel, Dieu se chargeant de protéger l’innocent. Dans Lohengrin Le noble chevalier défait l’accusateur Telramund. Mais la mystique médiévale s’impose également par la métamorphose et la sorcellerie indissociables de l’imaginaire d’un Moyen-âge fantasmé : le frère d’Elsa n’est pas mort, un sortilège d’Ortrud, épouse de Teralmund, l’a simplement transformé en cygne.
Si l’opéra de Richard Wagner tendait à magnifier les origines de l’Allemagne ne la rattachant au mythe du Graal, la mise ne scène de Louis Désiré semble en décalage. Le metteur en scène Louis Désiré a choisi de dévoiler une partie du secret dès l’ouverture en montrant les faits antérieurs au début de l’action. Mais dans son souci de dire, sans dire, tout en disant, il aboutit à une proposition peu lisible et donc peu utile. Par ailleurs, la société hyper-hiérarchique de l’époque apparait peu. L’ensemble de la mise en scène manque d’ailleurs de relief, d’un solide parti pris. La direction de Paolo Arrivabeni dans la fosse confirme la qualité de l’orchestre de l’opéra. Jointe à la direction des chœurs sans faille, elle donne au spectacle toute sa force et fait oublier l’atonie de la mise en scène.
Le plateau enfin ne souffre d’aucune erreur : Barbara Haveman (Elsa de Brabant), Petra Lang (Ortrude) chez les femmes et Norbert Ernst (Lohengrin) et Thomas Gazheli (Frédéric de Telramund) chez les hommes par leur présence scénique et vocale contribuent largement à élever l’œuvre avec une mention spéciale pour Petra Lang et Norbert Ernst dont le jeu d’acteur confine à l’exceptionnel.
Opéra de Marseille - Site officiel