Blog de mes curiosités
14 Juin 2018
Si Saint-Victor de Marseille n'est pas la plus ancienne trace monastique en France, elle conserve cependant des traces notamment dans sa crypte de l’Église des premiers temps. Son fondateur Jean Cassien, sans doute ramené de ses errements anachorètes en Egypte par Lazare, évêque d'Aix en 416, n’est par conséquent pas le premier créateur des monastères en Gaule, puisqu'Honorat d'Arles avait déjà sévi à Lérins vers 410. Mais il est le premier à avoir fondé une abbaye en milieu urbain. L’abbaye fondée à proximité des tombes de martyrs de Marseille, sera dédiée à l’un d’entre eux : Saint Victor de Marseille. Paradoxalement aussi célèbre que mal connu, Saint-Victor serait un officier chrétien mis à mort vers 290 sur ordre de l'empereur Maximien.
L’abbaye connut des hauts, elle connut aussi des bas mais elle prit une importance considérable au tournant du premier millénaire par son rayonnement dans toute la Provence et ce n’est qu’à partir du XVème siècle que l'abbaye entama un déclin irrémédiable. Déambuler dans Saint-Victor revient donc à pérégriner dans toute l’histoire monastique et politique du Moyen-âge dans ses variantes architecturales et c’est sans doute cela qui impressionne le plus.
Au premier abord, c’est l’aspect fortifié du monastère qui apparaît rappelant la grande période d’instabilité de la région aux débuts du Moyen-âge : les guerres, les incursions sarrasines, l’instabilité politique, la proximité du port et du littoral confortèrent la communauté dans la construction d’un monastère sécurisé, défensif. A l’intérieur, les éléments architecturaux permettent de dater les différentes extensions : voûte en berceau avec arcs doubleaux dans la crypte, arcs doubleaux brisé dans la nef et construction ogivale dans le chœur.
Sans doute le maire de Marseille Gaston Defferre avait-il compris la qualité du site, lui qui fit replacer en 1968 dans les cryptes de l’abbaye la riche collection de sarcophages de la fin du IVème siècle à la première moitié du Vème siècle que contenait l’église jusqu’alors exposés au musée du château Borély. L’abbaye de Saint-Victor devenait ainsi le musée d'art chrétien du premier millénaire le plus important en Provence après celui d’Arles.
Dans la crypte, il ne faut pas hésiter à fureter un peu partout pour découvrir, outre les sarcophages omniprésents, une tête sculptée dans la roche, des épitaphes que le peu de latin qu’il vous reste vous aide à comprendre ou encore un reste de peinture murale sur un arc-doubleau. Si d’aventure, vous êtes atteint de claustrophobie, la crypte est ajourée et si vous souffrez de cryptophobie, les niveaux supérieurs de l’abbatiale renferment suffisamment de merveilles pour retenir votre attention.