Blog de mes curiosités
23 Février 2016
Pablo Larrain pour le Chili, Benjamin Avila, Lucia Puenzo, Diego Lerman ou encore Pablo Trapero pour l’Argentine ont plusieurs points communs : ils sont cinéastes, Sud-Américains, nés dans la décennie 70 et se sont confrontés, à une ou plusieurs reprises et à leur manière, au passé de leur pays et notamment aux dictatures.
Pablo Trapero avec El Clan fait revivre à l’écran une saga familiale qui a défrayé la chronique argentine post-dictatoriale : la famille Puccio. Famille de sept membres composée des parents de trois garçons et de deux filles, la famille est sous la tutelle d’Arquímedes Puccio, patriarche omniprésent, omnipotent dont l’influence poursuit les siens constamment sauf à disparaître sans laisser d’adresse … et encore.
La famille Puccio s’accommode fort bien de la dictature, rendant au régime, par le biais de son patriarche, de précieux services de renseignements sur les opposants ou suspects de tout poil. En échange de ce précieux travail, la famille Puccio n’a pas à craindre l’avenir : formation et travail assurés, autorisations facilement obtenues et surtout assurance d’être toujours couverts face à la loi.
Le retour à la démocratie en 1983 représenté à l’écran par des images d’archives désormais célèbres du président Raúl Ricardo Alfonsín ne semble pas troubler outre mesure Arquímedes Puccio. Il continue de fréquenter les lieux de pouvoir, semble conserver son aura, poursuit ses juteuses affaires criminelles d’enlèvement, séquestration et exécution sommaire d’otages. Et pourtant…
Filmer la délinquance en dictature n’est pas une nouveauté. Pablo Larrain dans son emblématique Tony Maneiro en 2009 suivait le parcours criminel de Raùl Peralta, psychopathe prêt à tout pour atteindre sa minable et illusoire célébrité d’un instant. Dans son film, véritable jeu de massacre à la mise en scène soignée jusque dans le traitement de la pellicule, Pablo Larrain mettait ainsi à distance le Chili de Pinochet pour mieux le décrire et mieux le dénoncer.
Dans El Clan, curieusement, Pablo Trapero filme sans distance. Il semble faire complètement corps avec son sujet au risque de produire un film sans relief. Le jeune Alejandro Puccio, rugbyman de talent, évolue en réalité au sein de la mythique équipe nationale, Los Pumas. Son traitement dans le film le fait davantage passer pour un rugbyman amateur. La caméra produit quelquefois son effet mais semble hésiter dans son parti pris, comme si le patriarche, de l’au-delà, maintient encore la pression.
El Clan – Film de Pablo Trapero avec Guillermo Francella, Peter Lanzani, Lili Popovich - Thriller, Drame - Argentine, Espagne - 1h 49 - Date de sortie 10 février 2016