Blog de mes curiosités
24 Octobre 2015
Certains pensaient assister aux Précieuses ridicules, d’autres venaient pour de beaux costumes d’époque et de non moins beaux décors de la même période, d’autres enfin étaient présents pour entendre sonner les alexandrins, seuls les troisièmes obtinrent ce qu’ils étaient venus chercher.
Pour le reste du public et notamment les très nombreux scolaires présents à cette séance en soirée, jour de vacances, les deux heures dix de spectacle n’ont pas eu l’air de prendre des allures de supplice au vu du calme régnant dans la salle Pierre Brasseur du Théâtre National de Nice.
Pourtant ces Femmes savantes, si elles se piquent toujours autant de philosophie, ont élu domicile dans les années 70 et la maison bourgeoise qui les abrite est un modèle de capharnaüm. Le maître de maison dépassé par le féminisme ardent de sa femme qui s’entête à décider l’inverse de ce qu’il souhaite, se venge dès qu’il le peut sur sa sœur moins revêche. Ajoutez à cela des domestiques qui ont compris depuis longtemps que baragouiner quelques syllabes de grec les dispense grandement de tâches domestiques et un ballet de désirs amoureux qui s’entremêlent, s’entrechoquent, s’entre-disent et se contredisent et vous aurez une véritable pétaudière post soixanthuitarde.
Dans cette scénographie où tous les gadgets ont été pensés pour surligner le kitsch, les alexandrins de Molière loin de détonner renforce cette impression d’élévation pseudo-intellectuelle surannée qui hante les groupies de Monsieur Trissotin. Cette atmosphère années 70 est renforcée par la patte comique « made in Deschiens » de la metteure en scène Macha Makeïeff, désormais directrice de la Criée à Marseille : explosions de laboratoires comme au bon vieux temps des Muppet’s, couples déjantés comme nos bons Docteur Cinoque et Madame Foldingue.
L’ensemble surprend mais fait sens ; il est animé incontestablement par un vrai parti pris de mise en scène auquel Macha Makeïeff n’a surtout pas, et c’eut été une erreur, sacrifié la diction et la clarté du propos. Cependant, certains aspects du parti pris de mise en scène semblent sans doute trop appuyés. Si le choix du ténor Thomas Morris en Bélise donne au personnage cet air masculin que les femmes veulent prendre et cet à-propos quand il chante les vers qu’il devrait dire, sa réplique à savoir Trissotin, sacrifié à la mode du temps en apparaissant en une espèce de Conchita Würst n’apporte pas grand-chose au personnage. En revanche, le personnage de Chrysale dépassé et désespéré ou, plus encore, le personnage d’Armande, traité en vieille fille avant l’âge à l’affût de tout sont particulièrement bien traités.
Le parti pris réel, la direction d’acteur parfaite et la diction merveilleuse des acteurs font de ce spectacle une grande réussite d’ailleurs parfaitement goûtée par le public et notamment les plus jeunes que quelques sur-lignages forcés auraient tendance à rendre moins dynamiques. Spectacle marqué par des sortes de références-réflexes, il apparaît daté au regard des jeunes directeurs de Centres dramatiques nationaux et aurait gagné peut-être à un peu plus de finesse. Cupidon est malade, rêverie autour du Songe d'une nuit d'été mis en scène par Jean Bellorini, directeur du centre dramatique national Gérard Philipe de Saint-Denis, programmé en janvier nous donnera peut-être un élément de réponse.