Blog de mes curiosités
26 Juillet 2013
« Ils vous ont enterrés comme des Grecs pour me faire offense » déclare Médée face à la sépulture de ses enfants dans Médée Kali, pièce que Laurent Gaudé a écrite en 2003. Si Laurent Gaudé imagine Médée revenant chercher les corps de ses enfants pour les emmener en orient, Sarkis Tcheumlekdjian dans la Passion Médée questionne les lointains échos du mythe et louche plutôt du côté de Nikos Kazantzaki. Dans Le Christ recrucifié, Nikos Kazantzaki retrace l’histoire de ce village qui fait revivre régulièrement la passion du Christ durant la semaine sainte à une douzaine de villageois. Dans La Passion Médée, Sarkis Tcheumlekdjian imagine une peuplade qui fait subir régulièrement à une femme coupable d’avoir fauté avec un homme étranger à l’Ethnie, un rituel païen qui rappelle le destin de Médée.
Deux femmes sur scène, la coupable et la purificatrice vont s’affronter, l’une souhaitant que l’autre expie sa faute dans la tradition, l’autre ruant, regimbant, faisant valoir sa liberté de femme.
Le tapis étendu aux pieds des deux comédiennes évoque tantôt le sable de la plage, tantôt les flots. Des petits personnages semblables à des poupées vaudou symbolisent Créon, Créus, Jason et les Corinthiens et rendent à Médée sa dimension de magicienne. Un landau évoque Merméros et Phérès, les enfants de Médée. Du landau sortira un long tissu rouge-sang au moment du sacrifice.
La musique, répétitive, rythme le spectacle alternant des sonorités qui évoquent le glas quand le drame se noue ou les battements de cœur lorsque Médée approche des enfants jusqu'à devenir assourdissante au moment du drame.
En fait, en revenant à la faute originelle de Médée : aimer un homme étranger à son peuple, Sarkis Tcheumlekdjian fait plus globalement référence à la condition féminine et dénonce très clairement les violences faites aux femmes qui ne peuvent agir librement. L’auto-empaquetage des deux comédiennes dans le drap rouge-sang à la fin de la pièce ne laisse aucun doute sur ce sujet.
Sarkis Tcheumlekdjian nous présente une belle variation tout en symboles autour du mythe de Médée habilement mise en scène avec deux comédiennes (Catherine Vial et Anne Comte) percutantes.