Blog de mes curiosités
24 Juillet 2013
Heureux habitants de Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Montpellier, Rouen, Tours ! Vous n’imaginez pas la chance que vous avez de pouvoir visionner le film Ini Avan, Celui qui revient … ou de n’en rien faire. Mais au moins, vous aurez eu le choix. Nous, nous devons nous contenter de l’ignorer, faute de diffuseurs.
Que dire d’Ini Avan, Celui qui revient si ce n’est qu’en France, on adore les cinéastes et qu'on se méfie de son banquier tandis qu’au Sri Lanka, le gouvernement se méfie bien davantage du cinéaste Asoka Handagama que du directeur de la communication de la Banque centrale Asoka Handagama.
Si nul n’est Prophète en son pays, Asoka Handagama est un prophète révélé par l’ACID (association du cinéma indépendant pour sa diffusion) à Cannes l’an dernier pour son septième long métrage. Je ne remercierai jamais assez l’ACID pour ce qu’elle permet de découvrir.
Pour raconter l’histoire de son pays coupé en deux par trente ans de guerre civile entre les Cinghalais et les séparatistes tamouls, Asoka Handagama joue à tous les niveaux sur les paradoxes et les oppositions.
L’histoire traite du difficile retour à la vie quotidienne d'un soldat tamoul (un tigre tamoul) à l'issue d’une guerre civile meurtrière qui a laissé l’économie de la région exsangue. Subtilité qui nous échappe, le film est réalisé par un cinghalais, tourné en cinghalais mais traduit en tamoul. Un indice à la fin du film nous confirme les oppositions linguistiques : à une question d’un routier cinghalais qui leur propose de l’aide, le héros répond en tamoul des propos que sa compagne d’infortune traduit en anglais.
Mais les paradoxes se traduisent aussi à l’image par l’opposition entre ces corps emprisonnés par des sur-cadrages (renforcés par des plans où les femmes sont très souvent filmées derrières des grilles, des barreaux) et les longs plans d’ensemble très esthétiques de rizières à la couleur reposante.
Le réalisateur joue également de l’opposition entre longs plans fixes sur ses personnages et les travellings. Mais quelle que soit la technique, la caméra finit toujours par isoler les personnages dans leur solitude.
"Nous avons survécu à la guerre, alors profitons de la vie" dit une des femmes à la fin du film. Ce pourrait être le sous-titre de ce film paradoxalement plein d’espoir et d’humanité.
Ne boudez pas votre plaisir de découvrir ! Allez voir Ini Avan, Celui qui revient si d’aventure il est permis de le visionner dans une relative proximité.
« Ini Avan, Celui qui revient » - Film d’ Asoka Handagama – Sri Lanka – 1 h 44