Blog de mes curiosités
19 Juillet 2013
Le cinquième long métrage de Mahamat-Saleh Haroun, présenté en compétition officielle au dernier festival de Cannes, avait encore une fois le redoutable honneur de représenter l’Afrique subsaharienne. S’il est reparti bredouille du dernier festival, souhaitons à Mahamat-Saleh Haroun que son dernier film Grigris connaisse le même succès auprès des dispositifs d’éducation à l’image français que deux de ses précédents films : Abouna présenté dans le cadre de collège au cinéma et Daratt, présenté dans le cadre de Lycéens et apprentis au cinéma.
Grigris est une affaire de corps qui souffrent. Suleiman alias Grigris, malgré l’atrophie de sa jambe gauche, suscite l’émeute dans les boîtes de nuit quand il danse. Quand il ne danse pas, Grigris travaille avec son beau-père, couturier et photographe, puis entre dans un trafic d’essence quand le beau-père tombe malade. Mimi est belle mais elle est métisse. Pour se fondre dans la masse, elle porte une perruque afro. Mimi se rêve mannequin. Quand elle ne rêve pas, Mimi couche pour quelques billets avec les européens de passage.
Grigris est également un film formellement pensé. Chaque plan est travaillé. Les plans panoramiques permettent aux corps de mieux évoluer, les plans américains centrent l’action sur un humanisme sans compassion, les jeux sur les couleurs chaudes et froides, déjà présentes dans Abouna et Daratt, présentent une Afrique non stéréotypée.
Grigris est également une réconciliation avec l’humanité. Si le jeu des acteurs peut se révéler élastique, si la scène des femmes au village avait été plus fermement dirigée, si l’action elle-même avait été plus tendue, le film en serait sorti grandi. Mais Grigris est sans conteste un film qui redonne le moral à ceux qui l’avaient perdu et qui embellit la journée de ceux qui l’avaient conservé.
A voir, et à faire voir donc, de toute urgence pour échapper, au moins fugacement, à toutes les horreurs télévisuelles. A travailler, sur le fond et sur la forme, avec les jeunes générations.
Grigris - Film de Mahamat-Saleh Haroun – France/Tchad - 1 h 41