Blog de mes curiosités
11 Mai 2018
Toulon - Opéra - L'Italienne à Alger de Gioachino Rossini ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Après l’Enlèvement au Sérail de Wolfgang Amadeus Mozart la saison dernière, l’Opéra de Toulon-Provence –Méditerranée propose cette année L’Italienne à Alger, Dramma giocoso en deux actes de Gioachino Rossini sur un livret d’Angelo Anelli. Si l’œuvre correspond à l’orientalisme ambiant de ces années, il est à l’instar de certains romans du Moyen-âge comme Aucassin et Nicolette un manifeste féministe avant l’heure. Peut-être peut-on aussi y lire un vibrant appel nationaliste à la libération (symbolisée par la libération des prisonniers italiens), à l’unité italienne devant un ennemi commun.
L’unité italienne est dans l’équipe : Nicola Berloffa, habitué de la scène de Toulon où il a signé entre autres de brillants Contes d’Hoffmann il y a quelques années, est à la mise en scène et aux costumes, Marco Giusti aux Lumières et Francesco Cilluffo assure la direction musicale. Pour souligner le manifeste féministe, Nicola Berloffa force le trait et c’est dans un costume féminin que Joé Bertili (Haly) assurera toute la représentation. Mieux les choristes hommes jouent des rôles de femmes. Les éléments féminins sont donc omniprésents. Enfin l’orientalisme se retrouve dans la scénographie de Rifail Ajdarpasic. Montés sur une tournette en trois parties, les décors nous font passer tour à tour de l’entrée dans les salons ou dans la cuisine du palais avec arc outrepassés, arabesques et autres moucharabieh.
Pour renforcer l’effet visuel, les références cinématographiques sont nombreuses. Les mouvements saccadés d’Andrea Matroni (Mustafà) semblent sortis tout droit du Cirque de Charlie Chaplin, Haly (Joé Bertili) évoque Mama d’Autant en emporte le Vent et ne reconnaît-on pas dans le numéro de charme et de jambe d’Isabella, celui de Cyd Charis dans Chantons sous la pluie de Stanley Donen ? Si la mise en scène opte clairement pour l’option burlesque, elle exigeait une direction d’acteurs parfaitement maîtrisée. Nicola Berloffa montre ici son talent dans ce domaine. Si la précision de la direction d’acteurs assure le succès du plateau, la précision et le pétillement de la direction d’orchestre assure le succès de la fosse. Francesco Cilluffo est donc l'homme de la situation.
Le plateau est exceptionnel : les chanteurs s’amusent et nous aussi. Joé Bertili (Haly) joue son rôle à contre-emploi à fond tandis que Raffaele Raffio (Taddeo) se sent de plus en plus à l’aise dans son costume hallucinant de kaimakan. Laura Verrecchia (Isabella) a-t-elle la puissance vocale qui sied pour incarner Isabella ? Elle compense astucieusement cette interrogation par une présence scénique et un tempérament de virago qui laisse pantois. Alasdair Kent est un pur Lindoro alliant à la fois assurance et fragilité. Sa voix est claire et bien timbrée, son aisance scénique est évidente, c’est la révélation de ce spectacle. Enfin, Andrea Mastroni semble se délecter de son rôle de Bey explorant toutes les facettes de ce personnage benêt et autoritaire. Moins à l’aise dans l’aigu, il compense allègrement en se rajoutant quelques notes dans les graves. Le tandem qu’il forme avec Alasdair Kent contribuent très largement au succès de cette production.
Toulon - Opéra - L'Italienne à Alger de Gioachino Rossini ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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