Blog de mes curiosités
10 Mai 2018
Récital Natalie Dessay et Philippe Cassard (affiche de l'Opéra de Toulon) ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Il n’est donc pas qu’une voix ? Philippe Cassard qui brosse tous les samedis matin le portrait d'un musicien dans Portraits de famille sur France Musique est donc visible ? Il accompagne d’ailleurs une Soprano colorature qu’il est inutile de présenter : Natalie Dessay, première artiste lyrique française à avoir été nommée Kammersängerin par le Wiener Staatsoper. Les deux artistes collaborent depuis 2011 et, après avoir enregistré deux albums de mélodies françaises (Erato) et un programme de Lieder de Schubert (Sony, 2017), c’est fort naturellement qu’ils les proposent en récital. Natalie Dessay présente les œuvres, les aficionados de Portraits de famille regrettant évidemment que Philippe Cassard n’intervienne pas davantage.
La complicité se dégage dès les premières mesures : elle entre mais lui est en train de jouer un mouvement d’un concerto de Wolfgang Amadeus Mozart, jouant sa partition seul devant une Natalie Desay prenant l’air courroucé… avant d’enchainer sur le Récitatif et l’air de Suzanne de l’acte IV des Noces de Figaro puis quelques temps plus loin Ach, ich fühl’s, Air de Pamina à l’acte 2 de la Flûte enchantée. Si Wolfgang Amadeus Mozart ouvre le récital, Charles Gounod le clôt avec le célébrissime Air des bijoux de l’Acte III du Faust popularisé par la Castafiore d’Hergé. Le duo laisse une place en solo à Philippe Cassard pour une merveilleuse interprétation de Deux préludes pour piano, La Fille aux cheveux de lin et Ondine de Claude Debussy.
Le reste du programme pourrait s’intituler poésies en musique car à chaque grand compositeur est rattaché un non moins grand poète. Les Lieder de Franz Schubert ont été composés sur des poèmes de Johann Wolfgang Von Goethe (Die Junge Nonne D.828 ou Gretchen am Spinnrade D.118 par exemple). C’est sur un poème de Charles Cros qu’Ernest Chausson a composé sa Chanson Perpétuelle, op.posth, 37 ou sur un poème de Victor Hugo que Georges Bizet dans sa période orientalisante a composé Adieux de l’hôtesse arabe. Quant à Claude Debussy c’est Paul Bourget ou Théophile Gautier (Regrets) entre autres qui l’ont inspiré.
Même le compositeur allemand Hans Pfitzner (1869-1949) est à l’honneur pour des Lieder sur des poèmes de Gottfried Keller. Hans Pfitzner apparaît sur la Sonderliste de la Gottbegnadeten-Liste en 1944. Cette liste établie par le ministère du Reich à l'Éducation du peuple et à la Propagande exemptait les artistes cités de l'obligation de mobilisation ; ils devaient être protégés pour pouvoir contribuer à l'effort de guerre. S’il ne semble humainement pas très recommandable, ses lieder sur les poèmes de Gottfried Keller méritent une écoute attentive. Pourrait-on se passer littérairement de Louis Ferdinand Céline même si l’homme est peu recommandable ?
Die Junge Nonne, Gretchen am Spinnrade, Pamina, Adieux de l’hôtesse arabe, La Fille aux cheveux de lin, Ondine, Marguerite et son Ah, je ris de me voir si belle, ce sont autant de portraits de femmes, tout en finesse, tout en nuance, à travers la mélodie, le Lied ou l’opéra, que les deux complices nous ont dessinés ce soir.
Mougins - Scène 55 - Récital Natalie Dessay et Philippe Cassard ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
/http%3A%2F%2Fscene55.fr%2Fwp-content%2Fuploads%2F2017%2F06%2Fnoir-blanc-logo-scene55.png)
Scène 55 | Salle de spectacle de la ville de Mougins
Scène 55, c'est 3 057 m2 dédiés à la culture avec un théâtre, une école de musique, des ateliers artistiques et un lieu dédié à la marionnette sur Mougins.
Scène 55 - Mougins - Site officiel