Blog de mes curiosités
23 Février 2019
Genève - Grand Théâtre - Der Ring des Nibelungen / L'Anneau du Nibelung de Richard Wagner – Das Rheingold / L’Or du Rhin ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
Autant tuer le suspens immédiatement ! Le prologue Das Rheingold / L’Or du Rhin est le maillon faible de cette production du Ring dont les journées vont aller Crescendo pour se terminer… en apothéose ce qui dans une histoire de dieux ne surprendra personne. Autant le préciser tout de suite, Das Rheingold, qui ne manque pas de qualités, ne supportera pas la comparaison avec les trois journées suivantes. Est-ce son statut de prologue qui rend l’œuvre si compliquée à monter ou comme dans les grandes recettes, l’ensemble ne s’amalgame pas comme il faudrait ?
Rheingold présente l’équilibre cosmique des quatre mondes : celui des dieux, celui des filles du Rhin, celui des Géants et le monde souterrain des nains du Nibelung. Mais, tout équilibre étant pensé pour être déstabilisé par un grain de sable ou le battement d’aile d’un papillon, chacun se doute qu’il ne sera pas éternel. Les Géants travaillent pour les dieux à la construction du Walhalla, travail pour lequel ils convoitent la déesse Freia. Mais Freia, qui approvisionne les dieux en pommes d’or, leur assure l’immortalité. Qu’importe ! Les Géants seront rémunérés avec l’or du Rhin. Pas de chance, les ondines du Rhin viennent de se faire voler l’or du Rhin par le chef des Nibelungen : le nain Alberich qui l’a transformé en anneau. Certes Wotan réussira à rependre l’anneau mais avec la malédiction qu’Alberich lui a prodiguée. L’harmonie semble rétablie… que nenni ! Cruelle erreur : la fin est désormais programmée !
La direction musicale de Georg Fritzsch, placé à la tête de l’Orchestre de la Suisse Romande, comme la mise en scène de Dieter Dorn, ne cherche pas à innover pour innover. Chacun livre une lecture respectueuse du texte et de la partition au plus proche des intentions originelles de l’œuvre. Et, contrairement aux idées reçues, cela est infiniment plus compliqué qu’une transposition hasardeuse ou une relecture aléatoire dont l’unique objectif est finalement de faire scandale pour attirer les projecteurs. Certes un défilé d’images cent fois vues dans les mises en scène contemporaines censées montrer notre monde en déliquescence laisse craindre le pire mais les images-choc disparaissent très rapidement.
Sur le plateau, l’équilibre est globalement assuré. Dans le monde des dieux, le baryton-basse Tómas Tómasson en Wotan s’impose rapidement emplit très rapidement le plateau de sa présence physique et vocale. La même aisance scénique et la voix claire de Stephan Rügamer en font un Loge dynamique et inquiétant. Ruxandra Donose (Fricka) et, dans une moindre mesure, Stefan Genz (Donner) et Christoph Strehl (Froh) complètent ce monde divin. Dans le monde des Nibelungen, le baryton Tom Fox est le personnage scénique idéal devant lequel son frère Mime (belle prestation vocale et scénique du ténor finlandais Dan Karlström) plie… sans rompre. Quant au monde des Géants, les deux frères se complètent et s’affrontent déjà : la basse russe Alexey Tikhomirov (Fasolt) en pince pour la fragile déesse Freia (Agneta Eichenholz). Plus sombre, son frère Fafner (Taras Shtonda) semble avoir déjà pris le dessus. Restent les filles du Rhin qui évoluent avec une insouciance bien marquée dans leur accumulation de cartons.
La mise en scène fourmille d’idée intéressantes : le passage récurrent des Nornes poussant leur pelote de fil d’or souligne le rôle essentiel de ce destin forcément déjà écrit. L’utilisation intelligente de la scène qui joue avec les différents niveaux révèle par soulèvement le monde souterrain et terrifiant des Niebelungen. De la même manière, les disparitions successives d’Alberich de la scène dans ses métamorphoses en serpent monstrueux et en crapaud témoignent d’une recherche et d’une inventivité qui non seulement collent au texte mais apportent une vraie surprise visuelle. Il faut donc souligner le travail méticuleux de Jürgen Rose pour la scénographie.
D’où vient alors ce sentiment étrange de légère insatisfaction qui se manifeste à la sortie du théâtre ? Sans doute à une dramaturgie et à une mise en scène qui semblent se chercher. Si Dieter Dorn et Jürgen Rose cherchent à coller au texte, ils semblent souvent hésiter entre le réalisme et le symbolique alors que les deux peuvent parfaitement cohabiter. Cette hésitation amène parfois à des instants peu heureux. Le palais du Walhalla peut être symbolique mais doit-il ressembler à cet habitat informel type bidonville ? De la même manière, est-il nécessaire que les dieux voyagent dans cette Montgolfière tel Gambetta quittant Paris en ballon. Stephan Rügamer est très talentueux mais Loge doit-il ressembler à Mephisto et est-il nécessaire de le faire tourner sur lui même comme Zébulon ?
La proposition Dieter Dorn semble avoir également hésité dans son parti pris de mise en scène : les images du départ, l’habitat des filles du Rhin constitué de cartons et de boîtes, la chute intempestive d’un carton dans le Rhin semblaient augurer de la présentation d’un monde ante-apocalyptique trop humain pour le propos. L’idée se délite heureusement à mesure que l’intrigue avance et c’est peut-être cela qui n’a pas permis à l’Or du Rhin de briller entièrement.
Genève - Grand Théâtre - Der Ring des Nibelungen / L'Anneau du Nibelung de Richard Wagner – Rheingold / L’Or du Rhin ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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