Blog de mes curiosités
3 Janvier 2019
Impossible de le rater, il trône majestueusement au bord du Rhône sur la presqu’île dans le quartier Bellecour et pourtant, il a failli disparaître à de nombreuses reprises. L’Hôtel Dieu de Lyon est le lointain descendant des premiers bâtiments de l’hôpital attestés en 1184 qui furent construits sur un terrain appartenant à l'archevêque de Lyon sous l'invocation de Beatae Mariae. Avec l’essor démographique de la fin du Moyen-âge, la municipalité rachète l'édifice en 1478 et l’agrandit : le bâtiment principal fait soixante-cinq mètres de long et peut accueillir jusqu'à deux cents malades hommes ou femmes. De ce premier hôtel-Dieu, il ne reste rien aujourd'hui.
Au XVIème siècle, l’ensemble s’avère à nouveau trop étroit et les échevins de Lyon construisent un nouvel hôpital : l'Hôpital de Notre-Dame de la Pitié du Pont-du-Rhône ou Grand Hôtel-Dieu. En 1532, François Rabelais est nommé médecin de l'hôpital, poste qu’il quittera subitement en 1535. Mais l’ensemble s’avère encore trop exigu et au XVIIème, les locaux sont à nouveau détruits et remplacés par un ensemble de constructions en forme de croix, groupées autour d'un dôme central : les salles des Quatre-Rangs. Le concepteur y adjoint une nouvelle église. Durant le XVIIIème siècle, les sinistres se succèdent, en 1718, 1737, 1742 et 1772. Le dernier sinistre entraîne la destruction d’une grande partie des bâtiments.
Après les péripéties révolutionnaires qui ne laissent à Lyon qu’un champ de ruine, l'hôpital est encore agrandi et abrite désormais près d'un millier de malades, dont cent vingt-cinq militaires mais il perd peu à peu son autonomie au profit de l'hôpital de la Charité. Pour financer son projet de grand équipement hospitalier au tout début du XXème siècle, la direction en liaison avec la municipalité supprime la fonction hospitalière de l'Hôtel-Dieu et un projet immobilier prévoit d’en détruire une grande partie ; l'État sauve in extremis l'Hôtel-Dieu en le classant partiellement au titre des monuments historiques. Ce que les gestionnaires de l’hôpital n’avaient pu faire, la guerre le fit : le 4 septembre 1944, le grand dôme prend feu après avoir reçu des tirs ; il est totalement détruit par l'incendie. En 2007 enfin, il est décidé de transférer ses services dans d'autres établissements afin de pouvoir vendre le site, classé monument historique par arrêté le 21 novembre 2011.
Après un appel à projet, l'Hôtel-Dieu est reconverti partiellement en hôtel de luxe dont l’entrée se fait par le dôme central. Les rez-de-chaussée sont destinés aux activités commerciales, ce que prévoyait, ironie de l’histoire, son architecte Jacques-Germain Soufflot au XVIIIème siècle et le reste du site est occupé par des activités tertiaires et un centre de conventions. L’espace n’en est pas moins rendu au public qui peut désormais déambuler librement dans le grand cloître et les différentes cours intérieures. Selon une estimation, près de sept millions de visiteurs pourraient chaque année envahir les lieux… il reste à espérer que le Phoenix patrimonial résiste sur-tourisme.