Blog de mes curiosités
4 Janvier 2019
Les sportifs y vont pour soutenir la légendaire équipe de Basket-ball, les gens de culture s’y déplacent pour assister à des représentations au Théâtre National Populaire dont la direction première en 1972 a été confiée à Roger Planchon mais qui s’y déplace pour y observer le patrimoine architectural du XXème siècle que représente le quartier Gratte-ciel ?
Avec l’avènement de l’âge industriel, la population de Villeurbanne décuple passant d’environ 5000 habitants en 1850 à 50 000 à la fin de la Première Guerre Mondiale. Le logement devient donc un des enjeux majeurs de la municipalité. Mais la croissance anarchique de la ville pose également problème : le noyau de la population autour de la mairie, maison bourgeoise qui devient de plus en plus exigüe à mesure que les services s’étoffent, est excentré au sud. Le futur quartier Gratte-ciel se présente comme dans toutes les villes industrielles à leur origine par un agglomérat de cités ouvrières plus ou moins sauvages autour d’usines modernes construites sous formes d’îlots sur les terrains agricoles. Ces îlots sont reliés par des chemins et non des rues ; signe des temps, Villeurbanne compte 6 km de voies pavées en 1925 puis 66 km de voies goudronnées en 1933.
Devant l’accroissement de l’ogre lyonnais voisin qui a déjà absorbé plusieurs communes avoisinantes, Villeurbanne décide de construire un nouveau centre-ville ex-nihilo ou presque, centre-ville qui doit symboliquement affirmer l’identité de Villeurbanne par rapport à celle de Lyon. Politiquement, Lyon a un maire radical-socialiste, Villeurbanne un maire SFIO (section Françoise de l’Internationale Ouvrière, ancêtre du Parti socialiste), la bagarre a aussi un arrière goût de lutte politique.
Lazare Goujon, le maire de Villeurbanne, est médecin et progressiste. Il a contribué à la construction de la Maison du Peuple, il rêve désormais de bâtir un centre moderne et hygiénique. En 1925 un an après son élection, Lazare Goujon, obtient le don d’environ 20 000 m2 de terrains puis en acquiert 30 000 autres, dans des conditions avantageuses. La Société Villeurbannaise d’Urbanisme, société d’économie mixte, peut s’atteler à la tâche. L’architecte choisi pour définir le nouveau centre est également un choix symbolique : Môrice Leroux est autodidacte et son architecture est d’avant-garde. L’architecte Robert Giroud, prix de Rome 1922, disciple de Tony Garnier, sera lui choisi pour bâtir l’hôtel de ville entre 1930 et 1934.
L’ensemble est construit entre 1927 et 1934, en pleine dépression économique pour la seconde partie de la réalisation. Villeurbanne se construit donc un centre autonome avec un hôtel de ville et un palais du Travail (le futur T.N.P.) modernes et monumentaux entourés par la nouvelle cité ouvrière pour les familles répondant aux besoins de la ville et améliorant considérablement les conditions de vie. Les gratte-ciel à gradins, modernistes (1 700 logements) sont les premiers gratte-ciel construits en France si bien que le quartier conservera ce nom.
L’inauguration du centre-ville de Villeurbanne juin 1934 se fait en présence du maire de Lyon Édouard Herriot, signe que le pari de la municipalité de Villeurbanne était gagné : Villeurbanne échappe à sa tentaculaire voisine… avant de se faire absorber par la Métropole de Lyon en 2015. Nul n’échappe à son destin.