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[Musique – Opéra de Monte-Carlo – Monaco] « Cenerentola » : comment Angelina se fit piquer la vedette

Opéra de Monte-Carlo - Cenerentola de Gioachino Rossini ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Opéra de Monte-Carlo - Cenerentola de Gioachino Rossini ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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Cela ressemble fort étrangement à une mode ou alors c’est une pratique qui s’installe dans les arts du spectacle vivant : la recréation de mises en scène mythiques. Après la recréation des mises en scène de Tristan et Isolde par Heiner Müller (1983) et d’Elektra par Ruth Berghaus (1986), la saison dernière au Festival Mémoires de l’Opéra de Lyon, c’est la mise en scène de Cenerentola de Gioachino Rossini par Jean-Pierre Ponelle de 1973 que nous propose de redécouvrir l’Opéra de Monte-Carlo. Si les décors, les costumes et la mise en scène sont signés  Jean-Pierre Ponelle disparu en 1988, c’est la patte de Grischa Asagaroff, son ancien assistant qui est derrière cette recréation heureusement captée en 1981.

Ironie de l’histoire, c’est également une recréation de la Cenerentola proposée par Cecilia Bartoli et les Musiciens du Prince en février 2017 dans une version mise en espace. Le public retrouve ainsi certains des protagonistes comme Gianluca Capuano à la baguette des Musiciens du Prince dans la fosse, Cecilia Bartoli en Angelina, Carlos Chausson dans le rôle de Don Magnifico et Edgardo Rocha en Prince. Et comme il convenait de fêter dignement les 200 ans de Cenerentola, les hommages  se sont multipliés comme par encyclie.

Les décors de toiles peintes imaginés par Jean-Pierre Ponnelle sont tout en légèreté comme l’œuvre elle-même car, si vous l’ignorez encore, tout est bien qui finit bien. Les toiles peintes définissent l’espace, permettent de passer d’une espace à l’autre en un clin d’œil et évoquent à la fois les mises en scène baroques et les gravures du livre de contes. Ils tranchent heureusement avec les costumes tour à tour défraichis, ridicules, somptueux selon les personnages qui les portent quand les accessoires ne parachèvent pas le tableau comme les paniers des robes dans lesquels les deux sœurs évoluent lors de la première partie.

L’œuvre trouve toute sa place dans l’écrin de la salle Garnier et les Musiciens du Prince dirigés par Gianluca Capuano doivent se sentir beaucoup plus à l’aise que dans l’immensité de la salle des Princes du Grimaldi Forum où la première Cenerentola avait eu lieu. Cecilia Bartoli dont le rondo final clôt l’opéra fait évidemment un triomphe d’autant que ses fidèles sont encore très nombreux et très sonores dans la salle mais est-elle réellement la vedette du spectacle ?

Face à elle les deux sœurs font des ravages : Rebeca Olvera (Clorinda) que le public n’avait pu entendre dans Norma pour cause d’aphonie prolongée démontre tout son talent de chanteuse et de comédienne. Avec son double Rosa Bove (Tisbe) elles déroulent le grand jeu, occupent l’espace deviennent les véritables points de mire du conte.  Elles en feraient presque passer Angelina pour un parfait bonnet de nuit.

Carlos Chausson qui conserve le rôle de Don Magnifico le maîtrise toujours aussi parfaitement avec un goût prononcé pour… le mauvais goût et la forfanterie.   Vincenzo Nizzardo est exceptionnel de métamorphose en Alidoro qui, par rapport à la proposition précédente, a heureusement laissé tomber ses ailes. Nicola Alaimo très en voix remplace avantageusement Alessandro Corbelli  en Dandini, il joue de sa corpulence avec bonheur et fait un  excellent alter-ego avec Edgardo Rocha en Prince qui confirme l’excellente impression qu’il avait faite dans la première mouture.

Si vous rajoutez à une soirée déjà parfaitement huilée le chœur d’hommes de l’Opéra de Monte-Carlo qui envahit régulièrement le plateau en domesticité prête à toutes les facéties, vous obtenez une recréation réussie qui si elle est datée n’a finalement pas pris une ride.  

Opéra de Monte-Carlo - Cenerentola de Gioachino Rossini ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comOpéra de Monte-Carlo - Cenerentola de Gioachino Rossini ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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