Blog de mes curiosités
29 Juillet 2016
Petit, tandis que je découvrais les premiers dessins animés japonais dont le mythique Roi Léo dont le scénariste n’était autre qu’Eiichi Yamamoto, j’étais loin de m’imaginer qu’il réalisait parallèlement Belladonna ou la Belladone de la Tristesse. Film d’animation librement inspiré de la Sorcière de Jules Michelet, Belladonna est l’un des trois films érotiques de la collection Animerama des studios Mushi Production avant sa faillite dans les années 70.
Grand succès critique et festivalier, Belladonna ne connut pas en revanche à l’époque de succès public. Après 43 ans, le chef d'œuvre de l'animation japonaise revient (enfin) sur grand écran en version restaurée. L’histoire est simple : Jean aime Jeanne, Jeanne aime Jean mais le seigneur de son village exerce son droit de cuissage, ruinant son innocence et son avenir. Elle pactise alors avec le Diable pour obtenir vengeance.
Le film est tout d’abord une œuvre expérimentale et poétique qui n’a rien perdu de sa force d’attraction. L’animation fait alterner images fixes et séquences animées, convoque différents styles artistiques en mêlant images de tarot, images de mangas, tableaux célèbres et s’inspire outrageusement des peintres symbolistes comme Odilon Redon, Egon Schiele ou Félicien Rops Alphonse Mucha (notamment dans la mise en croix) ou des peintres de l’Art nouveau comme Alfons Mucha. Il serait intéressant d’ailleurs de reprendre le film pour le décortiquer et en analyser toutes les influences.
L’œuvre est évidemment très marquée par son époque. Belladonna est d’abord et avant tout une ode à la liberté des femmes et au féminisme. Quel que soit le pacte qui la lie au Diable, Jeanne est une femme qui a conquis sa liberté et sa liberté vaut bien le don de son âme au Diable. Le film fleure bon l’érotisme des années 70, la libération sexuelle, le film ne fait pas mystère des plaisirs. Le Diable se confond souvent avec le serpent, devient champignon, tube, colonne, verge… en un mot comme en cent, le Diable est un gland. L’univers est sensuel, érotique, les corps s’enroulent, s’emmêlent dans une extase orgiaque, les scènes de libation deviennent petit à petit plus explicites. Enfin, les images stroboscopiques et la musique à la fois classique, concrète ou psychédélique qui construisent le film nous font remonter par analogie à la Messe pour le temps présent composée par Pierre Henry et Michel Colombier.
Même s’il est marqué par une époque, que son contexte ne saurait mentir, Belladona n’est cependant pas un film daté ; il est toujours cet objet mystérieux, cet Obscur Objet du désir pour filer la paraphrase, qui se goûte encore avec un plaisir évident.
« Belladonna » – Film d’animation érotique d’Eiichi Yamamoto - Japon - Version restaurée - Date de reprise 15 juin 2016 - 1h 33’