Blog de mes curiosités
8 Mars 2016
Rarement donné en région, L’Opéra de quat’sous, pièce avec musique en huit tableaux et prologue de Kurt Weill sur un livret de Bertolt Brecht, créé en 1928 à Berlin, est en soi un événement attendu. Forme mélangeant texte parlé et texte chanté, il est donné pour la première fois à Toulon en français avec l’intégralité du texte parlé moins connu que les passages musicaux que chacun a en tête sans savoir exactement de quelle œuvre ils sont tirés.
Si Kurt Weil et Bertolt Brecht ont conçu ce spectacle comme un regard ironique et insolent sur la société bourgeoise et corrompue de l’Angleterre victorienne faisant écho à celle de la République de Weimar, ils ont très bien rendu cette atmosphère de bas-fonds. Visiblement, ce n’est pas ce qu’en a retenu le metteur en scène Bernard Pisani.
La scénographie tout d’abord, composée d’une coursive et d’un escalier descendant sur le centre de la scène offre deux ouvertures qui serviront à symboliser les extérieurs : prison, chambre ou magasin. Extrêmement géométrique, elle détonne par son aspect hyperfonctionnel avec la rue décrite dans le texte. Les costumes en forme de sur-ajout tirent le spectacle vers la mascarade et les cartons, brandis par les comédiens, annonçant chacun des chants, viennent alourdir une mise en scène déjà fort peu fine.
Ensuite, le hiatus est grand entre quatre des chanteurs et le reste du plateau. Sophie Haudebourg en Polly Peachum, Isabelle Vernet en Madame Peachum ou Sébastien Lemoine en Macheath sont en parfaite symbiose avec leur texte et leur voix donne toute la puissance et toute la réalité de leur personnage. Frédéric Longbois en Jonathan Peachum ne démérite pas mais son jeu ne varie guère d’une production à l’autre. Quant aux autres premiers plans, ils sont à peine audible ce qui est fort gênant avec autant de texte parlé et ils ne dépassent vocalement pas la fosse si d’aventure les cuivres se mettent de la partie.
Les déplacements n’aident pas davantage à la concentration par leur effet répétitif : les comédiens entrent à jardin, traversent la coursive, s’arrêtent, descendent les escaliers, exécutent leur intervention, remontent les escaliers et sortent à cour. Le comble demeurant cependant le messager de la Reine à la fin du spectacle qui, voulant sans doute imiter Charlot, nous esquisse un pitoyable numéro d’automate mal préparé, mal calibré, mal inspiré, en un mot ridicule.
Tout ceci ne serait rien encore si la mise en scène n’avait pas opté pour la gaudriole sur scène alors que tout dans le texte traduit le sordide. Le texte nous annonce la cour des miracles, les bas-fonds, la scène nous donne à voir une joyeuse farce, une farandole, une revue parisienne.
Fort heureusement, l’orchestre de Toulon même réduit sous la conduite de Nicolas Krüger donne de l’oxygène à la salle à chacune de ses (trop rares) interventions, même quand il couvre les chanteurs et surtout quand il fait corps avec Sophie Haudebourg, Isabelle Vernet ou Sébastien Lemoine que l’on espère revoir dans une production plus inspirée parce que là, franchement, même pour quatre sous, c’est cher payé !
Opéra de Toulon - L’Opéra de quat’sous - Kurt Weill - Mise en scène Bernard Pisani - Sébastien Lemoine - Isabelle Vernet ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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