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[Théâtre – C.N.C.D.C. Châteauvallon – Ollioules] Une année sans été pour une jeunesse fauchée

Une Année sans été
Une Année sans été

Dans le film Kim Ki-duk, Printemps, été, automne, hiver … et printemps, le drame est omniprésent à toutes les saisons mais ce qui donne espoir c’est le renouvellent des générations qui, même si elles semblent commettre à nouveau les mêmes erreurs, se passent le flambeau, renouvellent l’espèce. C’est rassurant. Une Année sans été de Catherine Anne nous arrête brusquement dans notre humanité. Non il n’y aura pas d’été ni d’autres saisons d’ailleurs. On se demande même si c’est une histoire de vie ou de mort tant la (seule ?) survivante de la tragédie martèle en boucle ses souvenirs comme on égrène un chapelet, comme si elle été restée bloquée dans ses traumatismes, incapable d’avancer désormais.

Pas d’été car les cinq jeunes gens, dans leur insouciance, leurs désirs, leur envie de rupture, leur attirance et leur répulsion seront pris dans le grand tourbillon de 1914 : pas d’été. L’un (Dupré) veut être écrivain, et veut rompre avec l’usine paternelle pour écrire, l’autre (Anna) est allemande et à déjà rompu avec son passé pour travailler dans ladite usine paternelle, la troisième (Louisette) est à Paris loue avec sa mère des chambres et se rêve une autre vie …avec Dupré. Deux personnages vont compléter le tableau, Gérard, ludion, écrivain raté, qui se noie dans la fête et ne souhaite pas changer de vie et Mademoiselle Point, la seule qui n’a pas de prénom, prédestinée à devenir sténodactylo qui travaille sans se plaindre dans l’usine provinciale : entre mariage et fêtes deux choix de vie, deux personnages qui n’entendent pas en changer.

Le dispositif de mise en scène du metteur en scène Joël Pommerat (qui, pour une fois, ne met pas en scène ses propres écrits) est extrêmement travaillé. Une succession de scènes sur des fondus au noir permettent le changement rapide d’une scénographie pauvre mais redoutablement efficace qui nous transporte de Paris en Province. La pénombre générale des lieux seulement ouverts en fond de scène par deux petites fenêtres ou sur les côtés par des portes enferme les personnages dans leur questionnement et nous plonge dans ses temps qui s’assombrissent. Le travail du son nous présente des voix pas tout à fait humaines comme venues d’ailleurs, des lointains souvenirs des survivants.

Et évidemment, il y a le plateau composé de jeunes comédiens dirigés au millimètre et tout en retenue, rassemblant Rodolphe Martin (Dupré), Carole Labouze (Mademoiselle Point), Laure Lefort (Louisette) et Franck Laisné (Gérard). Mais la performance exceptionnelle revient à Garance Rivoual (Anna) que j’ai cru à son exceptionnel vrai-faux accent parfaitement allemande et qui se révèle être une comédienne française… au talent fou. Illusion, tout n’est qu’illusion ! En espérant que, contrairement à nos cinq jeunes, elles ne soient pas perdues.

Une année sans été, de Catherine Anne. Mise en scène : Joël Pommerat.

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