Blog de mes curiosités
8 Avril 2018
Opéra de Monte-Carlo - Peter Grimes de Benjamin Britten ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
L’événement attendu à Monaco était bien évidemment la mise en scène de Peter Grimes, opéra de Benjamin Britten par Jose Cura. Double défi pour le chanteur d’abord parce que sa dernière mise en espace à Monaco n’avait pas forcément convaincu, loin s’en faut. Ensuite parce que les deux dernières mises en scène de Peter Grimes de Yosshi Oïda et de Marc Adam respectivement à Lyon et à Nice font désormais partie de ces références qu’il semble difficile d’égaler. La mise en scène de Yoshi Oïda à Lyon prenait appui sur le langage cinématographique avec un gigantesque flash-back pour armature, celle de Marc Adam, plus monumentale, faisait grand place aux éléments naturels : les falaises et l’eau.
Est-ce pour mettre toutes les chances de son côté que Jose Cura conserve la haute main à la fois sur la mise en scène, la scénographie, les costumes, une partie des lumières (partagées avec Benoît Vigan) et le rôle titre ? Fort heureusement, les contraintes techniques l’empêchent de s’octroyer la direction d’orchestre confiée au britannique Jan Latham-Koenig mais peut-être y a-t-il pensé. Jan Latham-Koenig joue avec toutes les nuances de l’œuvre, est d’une extrême précision, devient brutal lorsqu’il le faut notamment avec les cuivres qui doivent rendre copte de la tempête, élément vital de toute l’histoire.
Pour passer aisément d’un lieu à l’autre, de la place du village au tribunal, du tribunal à l’église, de l’église à la maison de Peter Grimes et de la maison de Peter Grimes à la mer, Jose Cura a imaginé un dispositif scénique ingénieux qui non seulement tourne mais se module à vue comme les jeux de construction de notre enfance. L’église par exemple pivote, s’ouvre, se transforme -que le ciel nous pardonne ! - en cabaret de mauvaise fréquentation ou encore un escalier en colimaçon permettra de figurer les verticalités essentielles à l’œuvre. Cela permet en même temps de jouer fort habilement avec les points de vue forts présents dans l’œuvre également.
En se jouant des espaces séparés, Jose Cura casse aussi la séparation fosse-scène en plaçant les deux clarinettistes Véronique Audard et Carlos Brito-Ferreira, brièvement échappés de la fosse, dans le kiosque à musique de la place du village, jouant avec les autres. Cela amène une certaine fluidité et comme les chanteurs comme le chœur sont fort bien dirigés, l’impression d’ensemble témoigne d’une grande maîtrise.
Sur le plateau, Jose Cura est habité par le rôle que son aspect vieux loup de mer rend encore plus crédible. Il est de plus vocalement très en forme et assume à la perfection son rôle central comme son ambivalence. Il est à la fois touchant dans sa quête d’amour et violent dans ses rapports avec l’enfant bref, il est Peter Grimes. Face à lui, Ellen Orford devait avoir les capacités vocales et scéniques pour résister. Ellen Orford est incarnée par Ann Petersen, très applaudie cette saison à Lyon dans le rôle d’Isolde. Dire qu’Ann Petersen est très en voix confine au pléonasme mais elle très exactement celle qu’il fallait dans le rôle alliant sa fragilité de femme attirée par le mauvais garçon et son rôle de maîtresse femme qui ne s’en laisse pas compter.
Toujours en empathie avec Peter Grimes, Peter Sidhom rend parfaitement les ambivalences du Capitaine Balstrode à la fois soutien et bourreau de Peter Grimes. Carole Wilson (Tantine) et ses deux nièces (Micaela Oeste et Tineke van Ingelgem) apporte la petite touche polissonne présente dans l’œuvre. Quant à Christine Solhosse, véritable fil rouge de la scène monégasque cette saison, elle pousse le personnage épieur de la veuve Sedley jusqu’à l’extrême, sorte de Miss Marple au service des ragots.
L’ensemble est bien mené, bien tenu, bien dirigé. Le succès est manifestement au rendez-vous. Si l’ensemble est maîtrisé, le spectacle a peut-être le défaut de ses qualités, il n’est pas servi par un parti pris esthétique fort, par une prise de risque plus grande comme les deux précédemment cités mais il tient en étant très fidèle à l’esprit de l’œuvre et c’est bien là l’essentiel.