Blog de mes curiosités
10 Juin 2015
« Veuillez nous excuser pour cette interruption intempestive du programme » affichait la télévision de la préhistoire audiovisuelle sur fond de mire O.R.T.F. Au logoscope, la grande classe consiste à vous remplacer le programme « patrimonial » initialement prévu (la soirée vidéographique historique) par un salutaire coup de balai « place aux jeunes ». Agnès Roux (croisée dans l’anonymat le plus absolu dans les escaliers du théâtre ) rappelle d’ailleurs qu’une des missions du Logoscope est d’offrir la possibilité à de jeunes créateurs d’expérimenter leurs acquis et leurs recherches dans le monde professionnel.
Obsolescere du Collectif Exceedance plante le décor et commence par une promenade chorégraphique filmée dans le patrimoine bâti et l'urbanisme contemporain de Nice. Dans ce monde où tout s’accélère, le cadre posé nous interroge sur le temps qui passe, la durée de vie, la préservation, le renouveau. Les images se superposent, se surimposent, disparaissent. Puis les corps surgissent sur scène. Les corps comme les objets subissent cette lente détérioration, cette usure délétère du temps, recourent à la prévention, à la reconstitution. Comme les objets, les corps sont aussi l'objet de dépréciation, de commercialisation, de marchandisation, de réévaluation.
Comme les corps mais sur un rythme plus lent, l'œuvre d'art n'échappe pas à la règle commune et les chorégraphes se chargent de nous le rappeler. Cézanne en son pays aixois, Van Gogh en Provence, Monet séduit par Bordighera, Renoir s'installant à Cagnes-sur-Mer, Bonnard élisant domicile au Cannet et Matisse à Nice, tout sur la Côte d'azur nous suggère l'appel de la lumière du Midi. Dansant avec la lumière, sculptant les corps et l'espace grâce à elle, Sophie Boursier et Charlotte Lafaye sur un dispositif vidéo d'Emma Terno et un dispositif sonore de Yoan Lamidon évoquent tour à tour la recherche de Pierre Soulage sur la lumière, la Venus d'Alexandrie d'Yves Klein ou les anti-bustes de Monique Thibaudin, autant de corps exposés, scrutés, observés, travaillés, découpés, autant de corps qui se transforment à vue d’œil, autant de corps qui prennent, gagnent ou perdent de leur énergie. Imperceptiblement donc, le propos glisse sur l’œuvre d'art, sa pérennité, sa vision, sa possession puis sa reproduction grâce à un subtil jeu vidéo qui nous démultiplie la danse, nous évoque l'invention des multiples de l'ère Duchamp.
Comment nos corps réagissent face à cette dépréciation de l’objet avant même son usure matérielle ? Comment nos œuvres réagissent face à l'intrusion des nouvelles technologies ? Comment nos créations réagissent face à la prégnance de l’économiquement rentable ? Comment nos pensées réagissent face à ces nouveaux territoires de l'art ?
«Le Collectif nourrit les échanges pluridisciplinaires et collectifs pour développer un travail chorégraphique s’inscrivant sur le territoire des pratiques artistiques et visuelles actuelles. Le Collectif Exceedance souhaite transporter le spectateur, le déconnecter du monde environnant et lui permettre d’accéder à un imaginaire jusque là non exploré.» annonce le site du collectif… et c'est une réussite !