Blog de mes curiosités
9 Juillet 2013
Pour inaugurer la saison de six représentations en plein air du Fort Antoine dans la ville, Jo Bulitt programmateur pour la direction des affaires culturelles de Monaco a invité la compagnie du Matamore pour sa création 2013 : La Nuit des Rois ou Ce que vous voudrez de William Shakespeare.
Je n’ai pas une grande passion pour le plein air (sauf pour les arts de la rue dont les spectacles ont été écrits pour être joués en extérieur) à cause des bruits parasites : pince fesse au yacht club en contrebas du fort Antoine pour un public plus nombreux, plus onéreusement vêtu, plus bruyant que nous, mouette qui chante au dessus de nos têtes mais petit à petit le bruit ambiant nous force à la concentration et le calme revient.
Conventionnée par le Ministère de la Culture – direction régionale des affaires culturelles Ile de France, compagnie associée à la Barbacane, scène conventionnée de Beynes dans les Yvelines, la compagnie du Matamore est également partenaire des Tréteaux de France, centre dramatique national dirigé par Robin Renucci. La compagnie n’est donc pas inconnue du paysage théâtral français. La Nuit des rois créée en janvier 2013 a déjà tourné trente et une fois.
L'intrigue principale de la pièce se déroule en Illyrie : le duc Orsino se croit amoureux de la comtesse Olivia, laquelle finit par s’éprendre du page d’Orsino, Cesario, lequel se trouve être en réalité Viola, amoureuse d’Orsino et sœur jumelle rescapée de Sébastien, lequel ne sait pas plus que sa sœur que son jumeau a survécu à la tempête.
Le dispositif scénique sert d’éléments de contexte avec les restes d’un bateau échoué sur une plage dont les restes de coque ou de pont servent de portes et de lieux de passages et profitent aux différents niveaux de jeu. Pas besoin de palais ducal, de maison d’Olivia, le bateau échoué, disloqué, prétexte aux complications à venir, fait office de lieu unique.
Prenant appui sur le travestissement de Viola, le metteur en scène Serge Lipszyc prend le parti de la mise en abîme en inversant les genres et en faisant jouer les rôles d’Orsino et de Sébastien par des femmes, ceux d’Olivia et de Maria par des hommes. Le personnage de Viola-Cesario se trouve donc être tenu par un homme qui joue le rôle d’une femme qui se fait passer pour un homme.
Très irritant de prime abord parce qu’il nous déstabilise dans notre position de spectateur, ce parti pris se révèle être le curseur parfait pour représenter les mensonges, faux-semblants et les sentiments feints de la pièce de Shakespeare.
Le trio formé par Sir Tobie, Aguecheek et le bouffon Feste mène une danse et une cabale aussi effrénée qu’éthylique notamment contre le sinistre Malvolio qui se retrouve trompé, berné, ridiculisé. C’est l’intrigue secondaire de la pièce parfaitement relevée par un trio de comédiens dynamiques dont le metteur en scène lui-même. Comme le texte le stipule, l’ensemble est ponctué par les chansons du bouffon Feste.
Proposer cette comédie de Shakespeare, avec l’exigence de jeu d’une compagnie chevronnée et l’efficacité de la mise en scène, prouve qu’on peut allier exigence et divertissement. Nul besoin pour être populaire de sombrer dans le vulgaire.
La Nuit des rois – Pièce de William Shakespeare – Compagnie du Matamore - Mise en scène Serge Lipszyc – 1 h 50
Le Fort Antoine dans la ville cherche à développer un théâtre vivant et éclectique, tout en étant à l'écoute de la création contemporaine. Il se veut un lieu de rencontre, de convivialité...